Interview XXL

"Laissez les bourgmestres imposer le port du masque en rue"

publié le:28/05/2020 18:08:00 - mis à jour: 28/05/2020 21:03:38

Xavier Van der Brempt, allergologue de Marche-en-Famenne, est favorable à l'obligation pour tous du port du masque en rue. Et il est en colère contre l'Etat qui interdit aux bourgmestres de pouvoir l'imposer.

Vous avez enregistré une vidéo sur YouTube où vous commencez par ces mots "Je suis en colère et je vais vous dire pourquoi". Alors pourquoi êtes-vous en colère?

Je me suis rendu compte que certains bourgmestres très clairvoyants avaient décidé d'imposer le port du masque, comme à Verviers avec des rues très étroites, ou à des villes frontalières où des personnes arrivent sans trop respecter les consignes en Belgique et ces bourgmestres ont cru bien faire en imposant le port du masque au moins dans une partie de l'espace public. Et puis, ils se font remonter les bretelles par les gouverneurs provinciaux qui eux-mêmes sont pilotés par le ministre de l'Intérieur en disant qu'ils outrepassent leurs compétences et en disant qu'ils font de la désobéissance civile. Par contre j'appelle cela de l'initiative citoyenne. Je trouve ça extraordinaire qu'on empêche les bourgmestres de faire quelque chose, ce n'est pas un ministre à 100 km de là qui doit leur remonter les bretelles.

La vraie question, ce masque est-il indispensable? Le grand public entend qu'à partir d'1,5 mètre entre les individus, le masque n'est pas utile.

Le problème de la distance est complexe: l'OMS recommande un mètre, certains pays nordiques 2 mètres, la France 1 mètre et nous 1,5 mètre. Il faut savoir que cela ne repose sur rien. C'est un consensus, un avis d'experts. Mais on a démontré depuis plusieurs semaines que les particules chargées de virus émises par quelqu'un qui parle comme je suis en train de parler maintenant peuvent être émises à plus de deux mètres de distance et surtout rester en suspension dans l'air pendant 5 à 10 minutes. Et puis quasiment partout, le 1,5 mètre n'est pas respecté. Ce serait bien plus logique de demander aux gens de porter leur masque d'un magasin à l'autre, tout simplement.

Le temps d'exposition au virus est important, dit-on. Si on croise quelqu'un en rue une demi-seconde, est-ce qu'on a un risque de contamination?

Dans ce contexte précis, non. Mais quand vous circulez en rue, il est rare que vous ne vous retrouviez pas quelque part avec quelqu'un que vous connaissez et que vous engageiz la conversation et si vous avez le masque dans votre voiture ou dans votre poche, vous n'allez pas le remettre. 

Mais comment expliquez-vous alors qu'il y ait un consensus scientifique sur le fait de laisser libre le port du masque? Je lisais même l'interview d'un épidémiologue du CNS qui affirmait qu'il ne portait pas de masque dans les commerces, que ce n'était pas nécessaire.

C'est Steven De Gucht qui a dit ça. C'est comme Van Ranst photographié dans un transport public sans masque. C'est complètement criminel, condamnable, incompréhensible. Je comprends que le public ne comprenne plus rien.

Quel est l'avis des confrères à qui vous en parlez?

C'est cela qui me met en colère! Le président du Collège de médecine générale dit exactement la même chose que moi. Le président de l'Absym dit la même chose. L'Académie de Médecine: idem. Nous sommes extrêmement nombreux à dire la même chose, à savoir que le virus se propage beaucoup plus par les gouttelettes que par les mains comme on le croyait au début. Le principal responsable de ce discours au départ, c'est l'OMS qui a fait un copier-coller du dispositif du virus H1N1 de 2009. Mais l'OMS dit aussi qu'on doit laisser chaque Etat a le droit de proposer des règles plus contraignantes. C'est là que je dis qu'on doit laisser nos bourgmestres prendre des règles si les pouvoirs centraux ne le font pas.

Mais quel serait l'intérêt pour le gouvernement fédéral de ne pas imposer le masque si c'était si évident?

Début mars, nous n'étions pas prêts à porter des masques. Nous n'avions pas cette culture. Et si j'avais porté un masque en rue, on aurait rigolé de moi. Deuxième aspect, quand on a compris que la pandémie était vraiment dangereuse, les masques en tissu n'étaient pas du tout disponibles. La crainte des pouvoirs publics était que le public se rue sur les masques chirurgicaux très faciles à se procurer sur Internet à l'époque et ne mette nos hôpitaux dans d'énormes difficultés. Alors il a fallu justifier ça, et on a dit que les personnes en bonne santé ne transmettaient pas le virus, mais on ne savait pas à l'époque que 1 à 3 jours avant les symptomes, une personne contaminée émet de grandes quantités de virus. Mais le discours n'a pas changé depuis. Alors que porter un masque est toujours mieux que ne pas en porter. Il faut qu'il couvre le nez et la bouche, mais si on le touche, c'est toujours moins grave que ce qu'on nous raconte. Si je touche mon masque, je ne sais pas toucher ma bouche puisque j'ai un masque.

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