Les magistrats namurois du siège comme du parquet se sont rassemblés dans la cour de palais de justice de Namur pour alerter une nouvelle fois sur la situation alarmante de la justice.
Image insolite ce matin dans la cour de l'ancien palais de justice de Namur : les magistrats du siège comme ceux du parquet ont quitté bureaux et salles d'audience pour se rassembler dehors. Il s'agit d'une action symbolique pour protester contre la situation du système judiciaire.
Le secteur dénonce le sous-financement chronique de la Justice, son organisation défaillante, mais aussi l'impact de la réforme des pensions annoncée par le gouvernement fédéral.
La manifestation était emmenée par les trois chefs de corps, le président du tribunal de première instance, le procureur du Roi et le président des justices de paix et du tribunal de police. Les trois hommes ont pris la parole avant que tout le monde ne reprenne le travail.
Chistian De Valkeneer, le Président du Tribunal de première Instance de Namur, exprime le ras-le-bol des magistrats namurois :
C'est un cri, je dirais le énième cri que l'on lance, face à vraiment une situation très difficile au sein de la justice, dans beaucoup d'endroits. Des problèmes au niveau des moyens humains, manque de personnel, le non-remplacement des personnes qui sont absentes, procédures de recrutement qui sont anormalement longues. Il y a aussi, c'est des questions aussi d'infrastructures : des bâtiments qui sont dans un état vraiment catastrophique, qui ne permettent plus d'assurer un service de la justice digne de ce nom. On a l'impression que les années passent, les décennies passent, et on n'arrête pas de crier.
Tout le secteur judiciaire réclame un refinancement urgent de la justice. Il s'agit, selon eux, d'un enjeu démocratique majeur. Au-delà de l'action symbolique, les magistrats entendent prendre une série de mesures pour faire pression sur le gouvernement :
D'une part au niveau des aspects financiers, on l'oublie trop souvent, mais la justice est un grand pourvoyeur des finances publiques. C'est des centaines de millions qui, grâce à la justice, rentrent chaque année dans les caisses de l'État. On va agir de ce point de vue-là. Et d'un autre côté, à partir d'aujourd'hui, les absences ne seront plus remplacées, parce qu'il y a trop d'absents actuellement au sein du tribunal de première instance. Donc, lorsque des nouveaux magistrats ou de nouveaux greffiers seront absents, les audiences seront suspendues et les affaires reportées à plus tard, parce qu'on ne peut plus demander un effort supplémentaire à nos équipes qui sont vraiment à bout. Et je crois que ce serait vraiment dangereux de leur demander encore plus aujourd'hui dans les conditions actuelles.
Pour rappel, ce mardi, le parquet de Namur avait annoncé prendre graduellement trois mesures qui impacteront les finances publiques : le report de la mise à exécution des peines de confiscations et des amendes pénales, la tolérance zéro sur les radars dans la province de Namur et la suspension des amendes administratives communales et régionales.
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De son côté, la cour d'appel de Liège a, elle aussi pris des mesures. En signe de protestation, les magistrats ont décidé que les dossiers ne présentant pas de caractère urgent seront désormais reportés. Le déploiement de cette action reste toutefois à l'appréciation de chaque magistrat.
A noter enfin que les barreaux de Namur et de Dinant se sont joints à la mobilisation.
Reportage : Boukè