C’était il y a trente ans : un projet un peu audacieux transformait une ancienne voie de chemin de fer entre Rochefort et Villers-sur-Lesse en piste cyclable. Le tout premier tronçon du RAVeL était né.
C'était en 1996. Entre Rochefort et Villers-sur-Lesse, sur les rails rouillés d'une ancienne ligne de chemin de fer, un projet un peu fou prenait forme : créer un itinéraire… pour aller doucement. Le RAVeL – Réseau Autonome de Voies Lentes – inaugurait en terres famennoises son tout premier tronçon, validé un an plus tôt par le gouvernement wallon. Un laboratoire grandeur nature pour une nouvelle idée de la mobilité.
La Ville de Rochefort n'a pas été choisie comme tracé pionnier du RAVeL par hasard. L'endroit se prêtait parfaitement à l'expérience : une ancienne ligne de train encore exploitable et un environnement propice. François Bellot, à l'époque, portait une double casquette : bourgmestre de Rochefort et directeur du déploiement de la mobilité en Wallonie. Il se souvient :
Michel Lebrun est de l'arrondissement de Dinant-Philippeville et venait d'être ministre wallon du transport. En 1995, à l'occasion de la déclaration gouvernementale du gouvernement wallon, il avait souhaité trouver une formule pour affecter les anciennes voies de chemin de fer. En cherchant des idées, il connaissait l'existence du GLT(Guided Light Transit) qui venait d'être arrêté. Je lui ai dit : moyennant peu de frais, il y a moyen de faire la section entre Rochefort et Villers-sur-Lesse. De Jemelle à Rochefort, il suffisait de remplir la dalle de béton en surface de cinq centimètres. Et de Rochefort à Villers-sur-Lesse, de faire une nouvelle dalle de béton. C'était très simple, l'empierrement était là. Et c'est ainsi qu'est né le RAVeL en Wallonie. C'était la première étape.
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Le début d'un réseau devenu incontournable
Mais ce projet de voie lente ne séduisait pas que les élus. Certains riverains, comme Jean-Paul Cobut, ont tout de suite vu le potentiel d'un réseau qui, à l'époque, avait encore tout à prouver :
Le vélo, du moins du côté wallon… On n'était pas vraiment très à la pointe par rapport à la Flandre ou la Hollande. J'étais un peu sceptique. Puis, quand on a vu comment ça a été conçu et que c'était bien fait, les gens ont beaucoup pratiqué.
Trente ans après, le succès ne se dément pas. La ligne 150 reste un itinéraire très fréquenté au quotidien. Jean-Paul Cobut poursuit :
Il y a eu de l'engouement partout. Plusieurs villes s'y sont mises, aussi bien du côté namurois que du côté luxembourgeois. Et ça a créé une émulation. Les gens ont vu qu'il y avait de plus en plus de pistes cyclables. Et puis y a eu plus de vélos. Et puis des gens ont transformé leurs habitudes.
François Bellot abonde :
Tous les pays qui ont une politique cyclable forte, et qui aujourd'hui comptent de nombreux usagers du vélo, ont dû passer par là : des années, des dizaines d'années, pour finalement obtenir un transfert de la voiture vers le vélo.
Depuis ce premier tronçon, le RAVeL a explosé, avec plus de 1.500 kilomètres à son actif, entre rails abandonnés, chemins de halage et sentiers forestiers. Mais loin d'être terminé, le chantier continue : il reste encore des kilomètres à aménager, et la Wallonie n'a clairement pas dit son dernier mot.