« Coalition Calimero », « bourgmestre prisonnière » : l’opposition a la dent dure contre la majorité à Havelange. Celle-ci par contre affiche une union sereine.
Disons-le d'emblée : Havelange n'est toujours pas redevenue une commune apaisée d'un point de vue politique. La majorité évite soigneusement d'entrer en guérilla contre la minorité, mais on peut par contre être surpris de la virulence de l'opposition après trois ans de législature. L'attaque ad hominem n'est jamais loin.
>> Cet article fait partie de notre série "Un jour une commune" consacrée au bilan à la moitié de la législature communale: lire plus d'infos ici
En-dehors de ce climat peu serein mais marquant, quels sont les ressentis des uns et des autres ?
Commençons par l'échevin Ecolo Marc Libert, peu suspect d'être un « chaud bonnet ». Spontanément, il fait valoir une ambiance « très positive »… dans le Collège :
Nous formons une vraie équipe, il n'y a pas une personnalité qui écrase tout le monde, au contraire chacun a l'opportunité de s'exprimer et de mener jusqu'au bout ses actions. Notre majorité représente 80% du panel politique : toutes les affinités ne sont pas les mêmes mais il y a un grand respect et c'est un point important que je veux souligner.
Comme nous l'interpellons sur la demande des habitants de jouir d'une meilleure sécurité routière, il explique :
Avec la bourgmestre, chaque fois qu'on nous signale un problème, on fait un état des lieux et quand on compare Havelange maintenant avec 2012, on constate une nette amélioration et ce n'est pas terminé. On va faire une zone partagée de 20 km/h autour de la maison communale, il y aura une liaison piétonne entre Miécret et Havelange en passant par le Ravel, et la traversée d'Havelange elle-même sera sécurisée pour un budget prévu de 6 millions d'euros. La rue d'Andenne a été abandonnée pendant des années, c'était la dernière route provinciale, on a obtenu certains aménagements de sécurité, qui ont suscité des réactions négatives, mais 85% des riverains sont satisfaits et demandent encore plus de dispositifs ralentisseurs: il va donc encore y avoir des réaménagements à partir de fin 2022.
Grosse diminution des coûts de l'énergie
Autre objet de satisfaction de Marc Libert : l'énergie :
On a engagé une personne pour s'occuper de l'énergie à la commune et on a d'excellents résultats : en 2015, on dépensait 7,9 euros par an par habitant pour l'électricité dans les bâtiments communaux et on est à 5,8 euros aujourd'hui, alors que la moyenne dans les communes de taille comparable est de 9,8 euros. Idem pour le chauffage : entre 2013 et 2020, on passe de 14 euros par habitant à 5,2 euros.
La connectivité des citoyens, autre point noir soulevé par les internautes, est également un sujet de préoccupation de l'échevin :
C'est une réalité ! Moi-même je suis dans un village où on a installé les fibres optiques il y a 4 ans mais recevoir un appel GSM est très difficile dans mon domicile, et ailleurs c'est parfois l'inverse. Nous avons maintenu la pression sur Proximus depuis 2013 ; et nous allons faire creuser des tranchées à partir de la nationale vers Ossogne et Montegnet : nous allons prendre en charge le creusement des tranchées, et Proximus installe la fibre optique, c'est un gros investissement communal pour désenclaver ces villages.
Points forts: l'urbanisme et l'économie
La bourgmestre Nathalie Demanet a aussi d'autres motifs d'auto-satisfaction :
On a mis en place le nouveau règlement communal d'urbanisme, qui est devenu le « Guide communal d'urbanisme » pour faciliter les projets. En aménagement du territoire, on a mis sur la table un schéma directeur entre le hall omnisport et la nouvelle maison rurale polyvalente, pour définir un nouveau cœur de village. C'est pour l'instant à l'étude mais c'est très concret dans l'implication des citoyens : on a des balades citoyennes par exemple pour expliquer les choses et demander leur avis aux gens.
Autre bilan positif, selon la bourgmestre : l'économique.
Le petit marché a été relancé : depuis novembre, on a un poissonnier en plus et désormais une bonne dizaine d'exposants. Je suis aussi très contente de voir que le zoning est quasi rempli en deux ans de temps: il n'y a plus que 3 emplacements disponibles. On a eu une création nette d'entreprises depuis le confinement qui nous a agréablement surpris et qui est le fruit de notre politique pour renforcer l'attractivité.
Nathalie Demanet souligne également l'essor de la consultation populaire dans la commune:
Beaucoup de gens disent que d'une manière générale les politiques sont éloignés du citoyen : à Havelange, on est une des rares communes à avoir fait trois consultations populaires, trois enquêtes sur tout le terrioire : une sur les ainés, une sur la connectivité (avec un taux de réponse de 40% et une reconnaissance par le ministre Borsus qui nous rendu éligibles pour un appel à projet dans le cadre du plan de relance) et enfin une sur le sport. Je souligne d'ailleurs qu'en matière sportive, on a triplé notre offre d'activités et on a même un cours de fitness pour les aînés qui a beaucoup de succès.
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L'opposition dégaine
Du côté de la minorité, François Meunier dégaine rapidement quand il s'agit de faire le bilan :
Ce n'est pas un mi-mandat, cela fait 9 ans qu'ils sont au pouvoir et ce qui les caractérise c'est leur immobilisme et leur absence d'anticipation. Ils ont été pris au dépourvu par la fermeture des banques alors que je les avais interpellés au conseil trois mois auparavant. Ils ont raté leur dossier au Plan Wallonie Cyclable, au CPAS c'était la minorité qui assurait le quorum, soit le minimum pour se réunir à cause de l'absence des élus de la majorité, la bourgmestre elle-même est totalement absente de la commune, la fameuse maison rurale polyvalente a été votée il y a trois ans et n'avance pas depuis lors, ils n'ont pas fait de chèques-commerces pour les indépendants pendant le Covid, et même pour ce qui est de redresser les finances, ce qui est le leitmotiv de la bourgmestre, on a perdu 170.000 euros de subsides depuis le début de législature, et enfin le réseau des télécommunications est un dossier à l'arrêt depuis neuf ans.
François Meunier estime que le Collège n'assume pas ses responsabilités :
Et quand on leur demande des comptes, c'est toujours la faute des autres. Ce n'est pas une majorité, c'est une coalition Calimero. Je suis en désaccord avec la bourgmestre pour son manque de vision à long terme. Si je gérais mes affaires comme elle gère la commune, je serais en faillite. C'est pour cela, je pense, que j'ai été élu président de la locale MR en novembre, en battant Nathalie Demanet : les gens en ont marre.
"Gestion sans élan"
Autre figure de la minorité : Christine Botton-Mailleux, candidate bourgmestre en 2018. Moins « remontée » que son ex-colistier François Meunier, elle est néanmoins fort critique aussi sur la gestion de l'actuelle majorité, une gestion « prudente et sans élan » :
Prudente parce que leur volonté et leur seule idée est de renflouer les caisses, c'est leur obnubilation, mais ils oublient d'agir, de sécuriser, d'être dans l'action, c'est pour ça que je vous dis qu'il n'y a pas d'élan. Ce qui est frappant, c'est qu'il n'est pas facile de trouver un projet abouti : tous les projets sont toujours à l'étude et ce serait trop facile de tout remettre sur le dos de la pandémie. D'importants frais de consultance sont engagés, ils mandatent des bureaux d'étude qui coûtent très cher parce qu'ils n'osent pas prendre de décision. A côté de cela, j'ai l'impression qu'Havelange, c'est sale et c'est mort. La propreté publique et l'attractivité communale sont en berne. Les entrées de villages sont laides. Et face à cela, on a des élus qui sont très peu souvent dans leur commune.
Autre sujet de doléance : le manque d'écoute du citoyen :
C'est de la poudre aux yeux, comme sur le projet de développement de la partie Ouest d'Havelange. Il n'y a pas de débat sur les gros dossiers comme les éoliennes, un bon exemple d'attentisme de la part d'Havelange qui ne se positionne pas, alors que les communes voisines l'ont déjà fait. Ils veulent éviter la polémique et gouverner sans bruit. Ecolo n'a eu que 3 élus sur 17 et ils ont 3 échevins qui décident tout. Nathalie Demanet est prisonnière de sa majorité. Démocratiquement ce n'est pas normal et les citoyens le ressentent.