Le futur président du Tribunal de 1ère Instance de Namur-Dinant est l'actuel Procureur général de Liège, rompu aux dossiers politico-financiers retentissants. Un tournant de sa carrière qui étonne.
Christian De Valkeneer, on vous a connu comme chef du Parquet à Charleroi et à Liège; pourquoi ce tournant de carrière comme président du tribunal à Namur?
J'ai déjà été juge, pendant huit ans, au tribunal de 1ère Instance de Bruxelles puis comme conseiller à la Cour d'Appel de Bruxelles, j'ai donc fait un passage assez long comme magistrat de siège. C'est une juridiction qui concentre beaucoup de problèmes centraux dans notre société, le droit pénal évidemment, mais aussi le droit de la famille, la protection de la jeunesse, c'est le civil... On est au cœur de grandes problématiques sociétales et je trouvais cela intéressant de retourner sur le terrain dans des matières prenantes. C'est à la fois la possibilité de faire du management car j'ai déjà une longue expérience de management judiciaire mais aussi de refaire des audiences et d'être en prise directe avec le terrain judiciaire.
On vous a connu à la pointe de certains dossiers politiques retentissants; vous allez arriver dans un arrondissement judiciaire nettement plus calme...
Oui, enfin... (sourire) Il ne faut jamais se fier aux apparences, il y a des eaux dormantes plus agitées qu'il n'y paraît. Quand je suis parti à Charleroi, il avait une réputation de ne pas être l'arrondissement le plus calme, mais je n'imaginais absolument pas être confronté quelques mois plus tard à être confronté à un tsunami de dossiers politico- financiers. On ne sait jamais à quoi on peut s'attendre dans la justice, il faut être prudent et s'attendre à tout.
Ces dernières années, vous aviez un rôle de "chef des poursuites" judiciaires si je puis dire; vous allez passer à un rôle de juge, comment opère-t-on ce switch mental?
Je ne suis pas sûr qu'il y a un grand switch mental. On est avant tout des magistrats et je suis un grand partisan d'une unité de statuts au sein des magistrats pour avoir une unité de pensée. Bien sûr, quand on est magistrat, on peut avoir des places différentes, mais quand on est imprégné de la culture judiciaire, on passe facilement d'une fonction à l'autre.
Contrairement à votre prédécesseur, vous n'allez pas devoir régler des problèmes de locaux insalubres; je parle du futur palais de justice, qui est bien sur les rails. Cela va être un tout gros dossier de votre présidence.
Il y a deux gros dossiers dans la présidence: d'une part, le transfert vers le nouveau palais de justice. Ce n'est pas seulement un déménagement physique mais aussi l'implantation d'une nouvelle manière de fonctionner. C'est un grand défi. Il y a un autre grand dossier: celui de la digitalisation. Le nouveau ministre de la Justice a fixé cette digitalisation comme une de ses priorités. C'est un homme très décidé, orienté vers les nouvelles technologies. On va faire des avancées importantes sous cette législature. Ce sera quelque part une révolution. Le dossier judiciaire deviendra virtuel. Il n'aura plus cet ancrage géographique, ce qui va entraîner des changements dans la manière de travailler.
Plus anecdotique: j'ai revu un portrait de vous il y a quelques années à Charleroi où vous étiez un adepte du vélo pliant. On vous verra à Namur et Dinant à vélo?
Oui tout à fait! Petit changement: c'est désormais un vélo pliant avec assistance électrique! Je prends mon vélo en train et je me déplace ensuite à vélo, et j'ai l'intention de faire la même chose à Namur ou Dinant. J'aime beaucoup le vélo, je trouve que c'est un mode de transport agréable, et j'aime la combinaison train-vélo, car on fait un peu de sport, et on a du temps dans le train pour travailler. Je suis un grand partisan du multimodal, même si c'est moins gai en hiver!