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DOSSIER ELECTIONS 2024 | Pénurie de médecins généralistes : quelles sont les solutions des partis ?

publié le:30/04/2024 14:51:00 - mis à jour: 01/05/2024 22:06:55

DOSSIER ELECTIONS 2024 | Pénurie de médecins généralistes : quelles sont les solutions des partis ?

L’arrondissement de Dinant manque cruellement de médecins généralistes. Comment les partis politiques comptent-ils remédier à ce problème ? Nous avons parcouru les programmes.

« On ne prend plus de nouveaux patients ». Cette petite phrase, Angelina Sartenaer ne l'a que trop entendue. Cette septuagénaire rochefortoise ne parvient pas à trouver un médecin traitant depuis que son généraliste a pris sa retraite. Rochefort, comme bon nombre de communes de notre arrondissement, se trouve en pénurie grave de médecins généralistes. Découvrez dans la vidéo ci-dessous son témoignage. 

 

 

 

Selon les chiffres de 2023 de l'UOAD (Union des Omnipraticiens de l'Arrondissement de Dinant), seules Anhée et Yvoir ne sont pas concernées par la pénurie. En queue de peloton, on retrouve :

  • Beauraing : 8 médecins soit 6,33 praticiens pour 10.000 habitants
  • Rochefort : 8 médecins soit 6,2 praticiens pour 10.000 habitants
  • Vresse-sur-Semois : 1 médecin soit 3,6 praticiens pour 10.000 habitants

La situation n'a évidemment pas échappé aux partis qui se présentent aux élections du 9 juin prochain. Premier scrutin depuis la crise du Covid, la santé constitue d'ailleurs un enjeu important de cette campagne électorale. La question du financement du secteur des soins de santé, de la pénurie de soignants, leurs conditions de travail, la thématique noircit de nombreuses pages des programmes des différents partis.

 

Comment faire pour qu'il y ait plus de médecins généralistes ?

 

Première question posée aux 6 partis (PS, MR, Les Engagés, Ecolo, Défi et PTB) : comment faire pour qu'il y ait plus de médecins généralistes ? Les nuances entre les formations ne sont pas nécessairement très marquées, tout tourne autour des quotas INAMI.

 

Pour pouvoir exercer un métier de soins en Belgique, les médecins comme les dentistes, les kinés, doivent avoir un identifiant, qu'on appelle numéro INAMI.

 

Dans les années 80-90, sous l'impulsion de la Flandre, on a instauré une limitation via un système de quotas donc, de ces numéros INAMI. Avec cette idée que plus y a de médecins, plus on consomme en soins de santé, plus ça coûte. Les francophones les ont mis en œuvre à contre cœur, en changeant plusieurs fois de système.

 

Aujourd'hui, les propositions des partis pour enrayer la pénurie portent d'abord sur ces fameux quotas :

 

Christina Dewart pour ECOLO : On ne veut plus de goulot d'étranglement ni avant, ni après les études. On veut supprimer le concours à l'entrée des études de médecine. Pour le nombre de numéros INAMI : on a déjà obtenu des choses : les étudiants surnuméraires ont un numéro et on a obtenu une augmentation de 20% du nombre de numéros. Mais on ne veut plus de limitation des numéros INAMI pour les généralistes.

 

Amaury Alexandre pour DéFI : A terme, on ne veut plus de quota INAMI et plus d'examen d'entrée parce que tout le monde ne sort pas des études secondaires avec le même bagage.

 

Christophe Bastin pour Les Engagés : Il faut 585 médecins en plus, nous souhaitons la levée des quotas INAMI pour combler les pénuries, en priorité chez les généralistes.

 

Gaëtan De Bilderling pour le MR : Nous ne voulons pas une sortie des quotas INAMI mais des quotas plus importants basés sur un cadastre réel des médecins généralistes. Le gros problème aujourd'hui, c'est que le cadastre est mal confectionné. Il tient compte seulement du nombre de numéros INAMI et pas du nombre de contacts patients. Il prend en compte des gens qui travaillent à l'ONE, à l'OMS, des médecins qui n'exercent quasiment plus.

 

François Perl pour le PS : Nous sommes pour la suppression de l'examen d'entrée. On ne veut plus de quotas pour la médecine générale, par contre on ne souhaite pas la suppression des sous-quotas pour les spécialités.

 

Lorenz Lefebvre pour le PTB : Nous ne voulons plus d'examen d'entrée. En ce qui concerne les quotas INAMI, on veut mieux les organiser entre la médecine générale et les spécialisations parce qu'il n'y a pas des pénuries dans tous les secteurs. Il faut privilégier la médecine générale. On veut aussi créer 100 districts de santé (1 pour 100.000 habitants) qui veille à ce que toutes les disciplines de base soient représentées en nombre suffisant.

 

Les six formations semblent donc d'accord pour dire que les quotas doivent être, au minimum, augmentés. Les changements devront passer par des négociations avec les partis flamands. Les lignes pourraient bouger lors de la prochaine législature, la Flandre commence à connaître, elle aussi, des pénuries.

 

Comment faire pour que les médecins généralistes s'installent chez nous ?

 

Plus de médecins généralistes ne signifie pas forcément plus de praticiens dans notre arrondissement. Alors, comment faire pour que les médecins s'installent en zone de pénurie ?

 

Les six partis francophones veulent maintenir, parfois en les réévaluant ou en les recalibrant, les systèmes d'aide à l'installation. Ces dispositifs, appelés Impulseo, existent déjà et force est de constater qu'ils n'ont pas fondamentalement changé la donne chez nous.

 

Les partis mettent en avant d'autres idées qui globalement tournent autour de l'augmentation de la qualité de vie des médecins généralistes et de l'attractivité des zones rurales.

 

Le PTB veut la fin de la fermeture des hôpitaux locaux : les soins hospitaliers de base, tels que pour un accouchement ou une intervention de jour, doivent être accessibles à tous. 

 

Le PS propose de mieux rémunérer les médecins qui travaillent en zone de pénurie, cela implique de revoir la nomenclature des gardes ou des visites à domiciles.

 

Pour le MR, si l'octroi de ces moyens incitatifs ne venait pas à rencontrer les objectifs poursuivis, il faudrait alors se résoudre, dans certaines conditions et pour une certaine durée, à consacrer l'obligation d'installation dans les zones déficitaires.

 

Les Engagés veulent favoriser les initiatives locales comme les maisons médicales et soutenir des sensibilisations à la médecine générale en zone rurale pour les étudiants en médecine.

 

DéFI souhaite instaurer un régime légal pour les maisons médicales et travailler sur les postes médicaux de garde en les généralisant et en les organisant mieux.

 

ECOLO préconise un accompagnement des jeunes médecins pour les aider à s'installer, notamment en leur expliquant à quelles aides ils ont droit et en intervenant dans les frais de mobilité ou de logement.

 

Sur les intentions, en matière de lutte contre les pénuries, les différences ne sont pas très marquées entre les différents partis. Les nuances se remarqueront assurément plus dans la mise en œuvre, dans la priorisation des politiques de santé et dans les moyens qui leur seront accordées.

 

Pour faire un choix éclairé, n'hésitez pas à aller les lire les programmes des différents partis.

 

 

 

 

Céline Sérusiaux, Rédactrice en chef
celine.serusiaux@matele.be

 

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