Environnement

Pollution aux microplastiques dans la Meuse : la Wallonie déconseille de consommer le poisson pêché dans le fleuve

publié le:12/11/2024 16:01:00 - mis à jour: 13/11/2024 16:02:29

Vendredi, une entreprise française a déversé accidentellement deux tonnes de latex dans la Meuse à Mouzon. La Région wallonne, avertie seulement ce mardi, conseille la prudence.

Le vendredi 8 novembre, à Mouzon, dans les Ardennes françaises, la Meuse s'est teintée d'un blanc laiteux visible sur près de 2 kilomètres. Selon le journal français l'Ardennais, l'entreprise Adler Pelzer, qui fabrique des composants pour le secteur automobile, aurait accidentellement rejeté deux tonnes de latex dans le cours d'eau suite à un dysfonctionnement mécanique. 

Suite à cette pollution, la préfecture des Ardennes a pris un arrêté pour interdire la consommation des poissons pêchés dans la Meuse entre les communes de Mouzon et Givet jusqu'au 24 novembre. De son côté, la Région wallonne conseille de ne pas consommer le poisson pêché dans la Meuse. 

L'effet "Tchernobyl"

Selon le porte-parole du Service Public de Wallonie Nicolas Yernaux, la procédure d'alerte Meuse-Escaut n'a pas été enclenchée par les autorités françaises. Cette procédure permet au pays ou à la région où la pollution est survenue d'alerter en cas de pollution transfrontalière. La Belgique a seulement reçu le communiqué officiel des autorités françaises ce mardi, c'est-à-dire le même communiqué que celui envoyé à la presse il y a quelques jours, précise Nicolas Yernaux.

On ne peut que regretter que la France n'ait pas lancé la procédure. Ce n'est pas la première fois que cela arrive. 

Une substance très mobile

La probabilité que cette pollution arrive jusqu'en Belgique est difficile à déterminer, car cela dépend de plusieurs facteurs comme le débit de la Meuse et la distance, Mouzon étant situé à 100km en amont de la frontière belge. Mais pour le toxicologue de l'UCLouvain Alfred Bernard, le latex est une substance qui se propage très facilement dans l'environnement.

Les microparticules de plastique ont cela de pervers : elles sont très mobiles. Comme elles sont plus légères que l'eau, elles vont rester en surface. Elles peuvent donc être véhiculées très loin, dans la Meuse puis dans la Mer du Nord et dans les océans. Il faut aussi garder à l'esprit que ces microparticules vont tôt ou tard se briser en nanoparticules plus fines qui peuvent percoler dans les sols, les sédiments et contaminer les eaux souterraines. Il y a donc un risque de contamination de l'eau potable sur le long terme.

Pour évaluer l'ampleur de la pollution du côté belge, la Région wallonne a prélevé ce mardi des échantillons de la Meuse dans la station automatique d'Hastière, qui vont être analysés par l'ISSEP dans les prochains jours. 

Pas de risque sanitaire

Heureusement, cette pollution n'a pas d'effet immédiat sur la santé humaine. Même en se baignant dans le cours d'eau pollué au latex, les microparticules ne vont pas pénétrer dans la peau. 

Par contre, cette substance peut être toxique pour certains poissons car elle crée une couche en se déposant à la surface de l'eau, ce qui pourrait affaiblir le processus de photosynthèse et entraîner un manque de nourriture pour les poissons, souligne Alfred Bernard. 

Il y a un impact sur l'écosystème aquatique, c'est-à-dire les poissons et les crustacés, qui va se manifester en cas d'exposition chronique. En revanche, pour les consommateurs de poissons, les pêcheurs, il ne faut rien craindre car ces microparticules vont d'abord s'accumuler dans les viscères et non la chair du poisson. En vidant les poissons, on se débarasse donc des microparticules.

Élisa Sidérius, Journaliste
elisa.siderius@matele.be

 
 
 

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