En Wallonie, certains acteurs du bio dénoncent une cotisation imposée par l’Apaq-W, l’agence chargée de la promotion du secteur. Ils estiment qu'elle est injustifiée et s'engagent à ne pas la payer.
Gauthier Nyssen est artisan boulanger à Havelange. Son atelier est labellisé bio. Il verse, comme d'autres, une cotisation à l'Apaq-W, l'agence wallonne chargée de promouvoir le secteur. Mais en 2023, l'organisme a décidé d'imposer une cotisation supplémentaire à tous les acteurs de la filière. Une décision que Gauthier Nyssen a refusé de suivre.
C'est une cotisation de trop et surtout qui n'a pas de sens, qui est incohérente. C'est quand même un montant élevé. C'est de nouveau des producteurs ou, dans mon cas, des transformateurs bio, qui devront payer cette cotisation. Et donc il y a un moment où je dis non.
Après plusieurs rappels, le montant réclamé s'élève aujourd'hui à environ 200 euros.
Une mesure jugée injuste
Gauthier n'est pas seul à protester. Plusieurs collectifs et la FUGEA, un syndicat agricole, dénoncent une mesure injuste et incohérente. Pour eux, le bio relève de l'intérêt public : il n'est donc pas normal que les producteurs engagés dans une démarche durable soient ceux qui doivent financer sa promotion, comme l'explique Magali Guyaut, coordinatrice du Collectif 5C.
De plus, cette cotisation doit être payée à chaque étape des filières à la production, à la transformation et à la distribution. Donc un même produit est taxé plusieurs fois pour le bio, sachant que les acteurs aux différents niveaux des filières payent aussi déjà une autre cotisation à l'Apaq-W.
Une incohérence face à la diversification
Elle ajoute :
C'est complètement incohérent par rapport à la situation actuelle. Aujourd'hui, il est nécessaire que l'agriculture se diversifie. On doit sortir du paradigme de la monoculture. C'est donc normal que des fermes et des producteurs s'inscrivent dans une pluralité de cultures et d'élevage, du cochon, du fromage, des légumes, des céréales. Or, ils doivent payer pour chacune de ces filières à l'Apaq-W, pour qu'elle s'empare de la communication sur leurs propres produits.
Des campagnes "trop lisses"
Claire Vanhoomissen, de la FUGEA, ajoute que certains acteurs du bio estiment les campagnes de communication de l'Apaq-W trop lisses et édulcorées, par peur de froisser le secteur conventionnel.
La promotion n'est pas libre. On ne peut pas dire ce qu'on veut pour promouvoir le bio, parce qu'il y a d'autres acteurs qui pourraient se sentir impactés par cette promotion et donc se sentir lésés.
L'Apaq-W se justifie
Face à ces critiques, l'Apaq-W se défend. Le directeur général de l'agence, Philippe Mattart, rappelle qu'une enveloppe publique de 324 000 euros est déjà dédiée à la promotion du bio. Cela représente 60 % du budget opérationnel.
Mais pour répondre plus largement aux demandes du secteur, il fallait compléter cette enveloppe : c'est dans ce contexte qu'a été créée la cotisation.
Le secteur lui-même était demandeur de cette cotisation. En tout cas, il leur paraissait normal que cette cotisation soit mise en œuvre. Je suis tout à fait transparent en disant qu'un syndicat agricole était contre la cotisation, mais néanmoins il y a eu des concertations successives. Donc voilà, nous, nous estimons que cette cotisation est équitable.
Il complète :
Rappelons quand même que la cotisation d'un producteur ou d'un point de vente, c'est aujourd'hui 38 euros par an et par acteur. À savoir aussi que d'autres payent un peu plus, parce que leur cotisation est située dans une fourchette liée à la hauteur du chiffre d'affaires.
Le directeur précise que les grandes surfaces sont elles aussi soumises à cette cotisation.
À la suite des contestations, l'Apaq-W s'engage à rencontrer prochainement les collectifs et syndicats afin de tenter d'apaiser les tensions.