Et si une solution aux alliances hâtives post-électorales existait ? En Flandre, un nouveau décret est mis en place : le droit d'initiative. Il octroie un délai à la liste la plus forte pour former une majorité
À Rochefort et à Yvoir, le résultat des élections n'a permis à aucune des listes présentes d'obtenir une majorité absolue. Les différents candidat.e.s doivent donc se soumettre au jeu des coalitions. Dans certains cas, des accords se jouent dans les coulisses parfois au grand dam du vainqueur. Corine Mullens et Christine Bador, toutes les deux issues de la liste gagnante des élections respectivement à Rochefort et à Yvoir, se retrouvent dans l'opposition au lendemain des résultats.
En Flandre, pour éviter que ces scénarios ne se produisent, il existe un nouveau décret : le droit d'initiative. Concrètement, cette loi octroie au candidat ayant récolté le plus de voix, sur la liste arrivée en tête, un délai de 14 jours durant lequel il possède la main lors des négociations. Pour les partis adverses, il n'est pas possible d'annoncer, durant ce laps de temps, un accord de majorité, détaille Jean Faniel, directeur du CRISP, du centre de recherches et d'information socio-politique.
Il est tout à fait interdit de ne pas respecter cette procédure. Cependant, cela n'exclut pas la possibilité qu'en coulisses des négociations se trament entre les acteurs des autres listes. Ils n'ont toutefois pas la possibilité d'annoncer une coalition avant le 15ème jour. L'idée est de calmer le jeu, de recentrer les discussions sur la commune et permettre à la personne ayant été la plus plébiscitée par les citoyens de rencontrer les différentes formations politiques et peut-être de réussir à former une majorité.
Passé ce sursis de 14 jours, le droit d'initiative revient au candidat ayant obtenu le plus grand score de la seconde liste la plus sollicitée. Puis la troisième liste et ainsi de suite.
Un décret en phase de test contournable ?
Jean Faniel rajoute qu'il ne faut toutefois pas être complètement naïf.
Si des listes ont décidé de s'entendre préalablement, ou bien qu'elles décident de se parler dans le dos de celui qui a le droit d'initiative, c'est difficile de les en empêcher. On peut se dire que dans certains endroits, on va attendre poliment que les 14 jours se passent avant de pouvoir annoncer une coalition.
Ce décret est actuellement en phase de test du côté néerlandophone de la Belgique. Il n'est pas encore question de l'adopter en Wallonie et à Bruxelles. Selon l'expert du CRISP, il faudra attendre de voir comment les négociations communales flamandes vont se dérouler afin de pouvoir tirer des premiers enseignements.
On va voir si cette nouvelle règle permet réellement de calmer le jeu et de permettre à la liste ayant obtenu le plus de sièges, d'être au pouvoir, ou si les autres candidats vont la contourner.
En Wallonie, dans 72% des communes, une liste a obtenu la majorité absolue. Un pourcentage bien supérieur à celui de la Flandre où seules 40% des listes communales ont obtenu un nombre de sièges suffisant pour obtenir une majorité absolue.
Si ce droit d'initiative avait été mis en place préalablement au scrutin communal, nul ne sait si les majorités auraient été différentes à Rochefort et à Yvoir.