Environnement

Se chauffer sans se ruiner, ni nuire à la planète, est-ce possible ?

publié le:05/03/2025 12:00:00 - mis à jour: 05/03/2025 15:14:14

L’équipe de "Y a pas de planète B" s'intéresse à un sujet qui touche directement les foyers belges : comment se chauffer sans se ruiner, ni nuire à l'environnement ?

S'il est bien un secteur qui cristallise à la fois des enjeux environnementaux et sociaux, c'est bien celui du chauffage. Un Belge sur cinq est touché par la précarité énergétique, rendant difficile le paiement des factures de chauffage. En parallèle, le chauffage représente 17% des émissions de gaz à effet de serre en Belgique, un impact environnemental considérable.

 

En Belgique, 85% du chauffage repose encore sur des énergies fossiles, avec près de 50% des systèmes fonctionnant au gaz et plus de 30% au mazout. Certains foyers utilisent encore même le charbon, pourtant particulièrement polluant.

 

Des solutions innovantes à travers le monde

A travers le monde, il existe des alternatives innovantes mais pas nécessairement réplicables à une grande échelle. On pointera par exemple, le chauffage par datacenter. En Suisse, un village entier de 6.000 logements sera bientôt chauffé uniquement grâce à la chaleur récupérée d'un centre de données. Une solution similaire pourrait voir le jour à Farciennes en Belgique.

 

À Copenhague, les déchets sont récupérés pour produire de l'électricité et du chauffage pour de nombreux ménages grâce à un réseau de chaleur. En Islande, 90% des besoins en chauffage sont fournis par la géothermie, utilisant l'eau chaude souterraine.

 

La pompe à chaleur : une technologie d'avenir

Les pompes à chaleur se présentent comme la solution la plus prometteuse pour remplacer les chaudières traditionnelles. Ces systèmes permettent de récupérer l'énergie naturellement présente dans l'air, l'eau ou le sol pour la transférer vers l'intérieur des habitations. Actuellement, elles ne représentent que 2% des systèmes de chauffage en Belgique.

 

Pour Quentin Jossen, expert en chauffage chez Climact, deux obstacles principaux expliquent ce retard : le prix mais aussi l'absence de vision : 

 

C'est vrai qu'on n'est pas encore fort au rendez-vous. Il y a le grand défi de sortir des combustibles fossiles dans tous les secteurs et donc dans le chauffage des bâtiments. Il y a 2 grandes possibilités, soit on le fait de manière collective avec des réseaux de chaleur, soit on le fait de manière individuelle avec notamment des pompes à chaleur. On sait que dans certains cas, le meilleur choix, c'est le réseau de chaleur, dans d'autres cas, c'est la solution individuelle. Malheureusement, on apporte pas encore la réponse aux gens de ce qu'ils doivent faire dans quel quartier. Il faudrait une vision beaucoup plus programmatique. Par exemple, aux Pays-Bas, on a défini des endroits où on sait qu'un réseau de chaleur va arriver et donc où ce n'est la peine d'installer une pompe à chaleur et des zones sans réseau de chaleur et où il est attendu que chacun place sa pompe à chaleur. 

L'isolation : une condition préalable indispensable

Toutefois, tout cela n'aura du sens que dans un logement correctement isolé. Contrairement aux chaudières classiques qui peuvent chauffer l'eau jusqu'à 65°C, les pompes à chaleur atteignent généralement 35-45°C, insuffisant pour chauffer efficacement une maison aux déperditions énergétiques importantes. 

 

Le défi est de taille puisqu'en Wallonie, plus de 40% des habitations ont un PEB équivalent à F ou G, un chiffre qui monte à 45% à Bruxelles. Or, selon les estimations, 80% du parc immobilier actuel sera encore occupé en 2050, rendant la rénovation énergétique incontournable.


Pour aller plus loin :

- Sur la part du mazout et du gaz dans nos technologies de chauffage (notamment), une analyse de la consommation énergétique des ménages en Belgique 

- Le baromètre de la précarité énergétique 2024 (édité par la Fondation Roi Baudoin)
- Une étude prospective sur les technologies de chauffage dont pourrait se doter la Belgique d'ici à 2050, éditée notamment par Quentin Jossen (Climact)

 

 

Céline Sérusiaux, Rédactrice en chef
celine.serusiaux@matele.be

 

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