Rendez-vous de midi

Vincent Macq: "Je suis un Procureur en colère"

publié le:08/12/2017 15:05:00 - mis à jour: 09/12/2017 12:13:13

Le Procureur du Roi Vincent Macq, également président de l'Union Professionnelle des Magistrats, tire la sonnette d'alarme: "On recherche désespérément des magistrats".

  • "Je ne suis pas désespéré mais je suis très en colère. Cela fait quelques années que nous disons que nous allons droit dans le mur. Cette fois, on y est. La Justice vit une période comme elle n'a jamais connue en 180 ans. On est au niveau des effectifs dans une situation inédite; le parquet de Luxembourg est à 55% de ses effectifs. Même chose dans le Hainaut. On a des tribunaux de police et de justice de paix qui ne trouvent plus candidats. Il n'y a plus personne pour postuler comme juge dans ces juridictions. Il y a des juridictions très importantes, comme la matière fiscale: on parle beaucoup de lutte contre la fraude fiscale, mais il n'y a plus de candidats non plus.
  • Cette justice en grande difficulté a pour conséquence que Monsieur et Madame-tout-le-monde, lorsqu'ils seront confrontés à une injustice, ne pourront plus voir leurs droits reconnus. Dans une démocratie, cela me met en colère. Alors si on veut prendre le titre d'un film, ce n'est pas "Recherche magistrats désespérément", mais un "Procureur en colère".
  • L'Union Professionnelle de la Magistrature a décidé de sortir de la lamentation ou de la colère. Comme il n'y a rien de proposé qui nous paraisse constructif, on va se mettre autour de la table et réfléchir ensemble pour dégager des pistes. Un des gros problème que nous rencontrons, indépendamment des conditions de travail ou du matériel informatique préhistorique, c'est qu'il n'y a plus de réserve de recrutement pour accéder à la magistrature. Il n'y a plus à l'heure actuelle de lauréats du concours d'accès au stage qui puisse postuler. Si demain le ministre de la Justice, dans un élan de générosité, décidait de publier 100 places de magistrats, il n'y aurait pas de candidats pour l'essentiel de ces places. On sait donc que les choses ne peuvent qu'empirer parce qu'il n'y aura pas de nouveaux candidats avant plusieurs mois ou plusieurs années. On va donc essayer de dégager des solutions qui pourront être prises en considération par le politique.
  • Il y a une volonté politique de faire faire des économies radicales à la Justice. Le résultat, la Justice francophone est à genoux, bientôt elle sera exsangue, et je n'hésite pas à dire que si en 2019, au moment des élections, certains au nord du pays voulaient démontrer que la justice francophone ne fonctionne pas, on aura mis tous les ingrédients pour les aider. Si en 2019, on nous dit: la justice francophone ne focntionne pas, ce sont des incapables, s'il est décidé que chacun repart avec ses billes, on sera dans une situation catastrophique.
  • (...) Je ne voudrais pas entrer dans un jeu régionaliste ou autre mais je crois quand même que si la situation avait été la même au nord du pays, il y aurait déjà eu des mesures prises."

Revoir Le Journal

CDJ

22H30