Un projet agrivoltaïque à Louette-Saint-Pierre prévoit 47.630 panneaux solaires sur 60 ha, cohabitant avec 200 vaches. Il suscite débat entre opportunité énergétique et défense du foncier agricole.
À Gedinne, 47.630 panneaux pourraient bientôt pousser dans les prairies du domaine de Longchamps et abriter un troupeau de 200 vaches blondes d'Aquitaine. Ce projet agrivoltaïque dépasserait de loin le seul existant en Wallonie, celui de Wierde et ses 15.000 panneaux, explique la cheffe de projet de la société Ether Energy, Florence Posschelle.
On parle d'une plaine qui fait 60 hectares. On aura un espace de 6,50 m entre les rangées de panneaux, et donc ça permet de cohabiter avec l'activité agricole. Ici, le projet prévoit un élevage bovin, et donc on a des panneaux qui démarrent à deux mètres de haut et qui permettent la cohabitation entre les deux activités. Donc ce n'est pas remplacer une pâture par un champ solaire, mais c'est faire cohabiter les deux activités sur un même site.
La société prévoit aussi de créer des mares et de planter un kilomètre de haies pour favoriser la biodiversité. Aucun béton ne sera coulé : le champ solaire, conçu pour durer 30 ans, devrait être réversible. Florence Posschelle ajoute :
Il y a également des bénéfices agricoles pour l'exploitant, qui va pouvoir rester pendant 30 ans sur cette pâture. C'est important de le souligner, parce qu'aujourd'hui, il y a un problème d'accès à la terre, et grâce à ce type de projet, on maintient pendant 30 ans un accès gratuit au foncier.
Une production équivalente à 10.000 ménages
Les panneaux produiront 42 GWh par an, soit l'équivalent de la consommation de 10.000 ménages. Une des pistes pour exploiter cette électricité serait de créer une communauté d'énergie pour les Gedinnois. Jean Frippiat, de l'association Énergie Commune, spécialisée dans l'accompagnement de ce type de projet, explique l'intérêt de cette communauté.
On peut voir justement qu'avec le partage d'énergie, les citoyens peuvent accéder à de l'électricité moins chère et produite localement. C'est surtout avantageux pour certains citoyens qui n'ont pas accès directement à la production renouvelable. Ils n'ont pas la possibilité, par exemple, de mettre des panneaux solaires sur leur toit. Grâce aux communautés d'énergie, ils pourront recevoir de l'électricité renouvelable chez eux, issue de leurs voisins.
Une réunion d'information qui a suscité de vives réactions
Présenté aux habitants mercredi soir, le projet a provoqué de vives réactions, en particulier chez les agriculteurs, qui redoutent une pression supplémentaire sur le foncier agricole.
Ça n'a rien à faire sur nos terres agricoles. Sur des toits, je veux bien, sur des routes, je veux bien, sur des parkings, oui, mais pas sur une terre agricole ! Une terre agricole est avant tout nourricière et ne sert pas à produire de l'énergie. C'est de la bêtise humaine.
Le propriétaire de la ferme Longchamps est lui aussi inquiet. Il a racheté la ferme voisine du site il y a deux ans, cherchant la tranquillité. Aujourd'hui, il redoute de se retrouver au cœur d'un parc photovoltaïque.
Autour de la clairière, il y a des bois. C'est un environnement qui est simplement magnifique. Je me demande même pourquoi ce n'est pas classé. Cet endroit est tellement extraordinaire que je trouverais ça totalement idiot de tout détruire avec un projet comme celui-là.
Le projet n'en est qu'à ses débuts et pourrait encore évoluer. L'enquête publique débutera à la mi-juin et durera deux semaines. Une pétition a aussi été lancée par des citoyens.