Mardi soir, le conseil communal de Houyet a rejeté la demande de prolongation du bail du gestionnaire du camping de la Lesse. La raison: l'échevin Didier Rouard est actionnaire de la société-holding.
Situation délicate à Houyet, à la fois politiquement et juridiquement. Le conseil devait se prononcer mardi sur une prolongation de 5 ans du bail permettant à la société La Familiale de gérer le camping de la Lesse.
L'opposition Union Villageoise a tiré la sonnette d'alarme dans ce dossier en découvrant que la société Familiale avait été "reprise" par la société Lo-Di-Se, détenue par trois frères dont Didier Rouard, 1er Echevin de Houyet.
Selon le conseiller d'opposition Etienne Marot, la demande de prolongation du bail posait plusieurs problèmes:
- Le point proposé par le Collège ne contenait aucune motivation de l'intérêt de la commune à prolonger le bail: "Le bail correspond-il encore à la vraie valeur du terrain? Le camping est-il bien géré? Le dossier ne l'explique pas."
- La présence de Didier Rouard parmi les actionnaires suscite un conflit d'intérêts évident, selon M.Marot: "Cela n'est pas contesté, puisque Didier Rouard est sorti de la réunion, ce qui est très particulier puisque le conseil était censé se pencher sur une décision qui a des aspects financiers pour la commune en l'absence de son échevin des Finances!"
- L'opposition a aussi relevé un vice de forme: La Familiale devait contractuellement avertir le Collège avant le changement d'actionnariat mais ne l'a pas fait (ce qui est confirmé par le bourgmestre).
Conclusion d'Etienne Marot:
J'y vois beaucoup de maladresse de la part de l'échevin, plus qu'une occultation délibérée de sa prise d'actionnariat, mais il faut reconnaître néanmoins que l'information du changement d'actionnariat est arrivée très, très tardivement.
Le conseiller Union Villageoise Christian Matagne va plus loin dans son analyse:
Le Code de la démocratie locale interdit à tout mandataire de participer à une décision ou un acte contraire à l'intérêt de la commune. Du simple fait que Didier Rouard, en tant qu'actionnaire privé d'une structure qui gère un bien communal, a pour objectif de veiller à son profit, il nuit donc aux intérêts de la commune. C'est donc illégal.
Le bourgmestre Yvan Petit n'était pas présent lors de la réunion du Collège qui a inscrit le point à l'ordre du jour, mais est formel pour affirmer que l'information selon laquelle Didier Rouard était actionnaire du holding est parvenue après l'envoi de la convocation aux membres du conseil:
Il est apparu lors du conseil que le point méritait une analyse plus attentive, et je pèse mes mots. J'ai plaidé pour un report du point mais aussi bien l'échevin Ledent (tourisme) que l'opposition voulaient un vote le jour-même.
Le vote s'est soldé par 5 non, 4 oui et 5 abstentions. Le "groupe" du bourgmestre Petit s'est abstenu, l'échevin Ledent et le groupe "Didier Rouard" ont voté pour (mais une personne s'est abstenue) et l'opposition Union Villageoise a voté contre.
L'échevin Didier Rouard, au lendemain de ce conseil, assure que l'opération était légale:
Je ne suis pas fou et je sais ce que je fais en année électorale. Mais la famille qui gère le camping avait besoin de nouveaux fonds et mes frères ont eu envie de relever le défi. J'ai apporté de l'argent à titre privé mais les statuts sont clairs: je ne gèrerai rien au niveau du camping. J'ai sollicité les avis de mon notaire, de mon comptable et d'un juriste, et tous m'ont assuré que l'opération était légale. En ce qui me concerne, comme la prolongation du bail a été refusée, l'histoire s'arrête là. Il est impossible de rentabiliser l'investissement en trois ans. Je regrette cette décision qui complique la future gestion de la plus grosse ressource touristique de la commune.