Forêt

Ouverture de la chasse : pourquoi réguler le gibier ?

publié le:01/10/2025 06:00:00 - mis à jour: 01/10/2025 17:34:54

En forêt, trop de gibier nuit à la biodiversité. Cerfs, chevreuils et sangliers freinent la régénération naturelle, d'où le rôle de la chasse et de certaines pratiques sylvicoles.

Ce mercredi 1er octobre, marque l'ouverture de la chasse. Et derrière le mot "chasse", on entend souvent parler de "régulation" : celle des populations de gibier. Mais pourquoi régule-t-on ce gibier dans nos forêts ? L'un des objectifs est de permettre à la forêt de mieux se régénérer.

Le risque d'une forêt dominée par le hêtre

Aussi majestueux soient-ils, les cerfs, chevreuils et sangliers, lorsqu'ils sont trop nombreux, deviennent un frein à la biodiversité. En se nourrissant, ils ciblent certaines espèces d'arbres, comme les jeunes pousses de chêne.

Dans la forêt entre Alle-sur-Semois et Sugny, Romain Candaele, chargé de mission Forêt-Climat au Parc National de la vallée de la Semois, explique :

Si l'on observe les jeunes pousses de chêne, on remarque que leur sommet a été brouté. Leur croissance verticale est donc limitée. Les hêtres, eux, sont aussi consommés, mais dans une moindre mesure. Ils parviennent à se développer davantage.

Dans certaines trouées forestières, cette pression excessive du gibier peut mener, à long terme, à une forêt dominée par une seule espèce, comme le hêtre, réduisant ainsi la diversité biologique. Romain Candaele poursuit :

Sur une petite parcelle où les semis ont une quinzaine d'années, ceux qui ont dépassé deux mètres de haut sont presque exclusivement des hêtres. Si cette tendance se généralise, on aboutira à une forêt pauvre en diversité.

Des coupes forestières pour favoriser la biodiversité

La régulation seule du gibier ne suffit pas pour garantir un mélange équilibré entre chênes et hêtres dans la forêt ardennaise, car le hêtre est naturellement dominant dans ces conditions de sol et de climat. Pour rétablir un équilibre et favoriser la diversité, certains travaux forestiers sont nécessaires.

À proximité d'Alle et Sugny, une parcelle dite "en coupe progressive" illustre cette démarche : de larges trouées y sont aménagées pour faire entrer la lumière et favoriser la régénération, détaille Romain Candaele :

Cette coupe progressive permet une arrivée massive de lumière au sol, déclenchant la régénération sur une grande surface. Elle favorise les espèces héliophiles, qui ont besoin de lumière, tout en rendant la zone moins vulnérable à la pression du gibier, puisque la végétation devient plus abondante.

Cependant, cette méthode ne remplace pas la régulation. La pression exercée par le gibier reste un facteur clé à maîtriser et la tendance actuelle dans nos forêts est plus celle du déséquilibre, avec une trop forte pression du grand gibier. 

 

Un rôle contesté

 

La chasse joue donc un rôle parmi d'autres pour veiller à l'équilibre forestier bien que certains, comme le collectif « Stop dérives chasse » qui regroupe 78 associations, conteste l'efficacité de la chasse dans ce contexte : 

 

Le chasseur, à qui l'on confiait la mission de réguler les populations là où leur densité pose problème, a échoué dans ce rôle pourtant revendiqué comme d'intérêt collectif et dont il se sert pour justifier une activité qui est devenue, en réalité, un loisir individuel pratiqué au détriment d'une partie de la faune sauvage.

Le collectif plaide pour une gestion adaptative qui ajusterait les prélèvements selon les dégâts constatés et la productivité animale en associant l'ensemble des acteurs concernés (forestiers, agriculteurs, chasseurs, naturalistes…). 

Benjamin Mars, Journaliste
benjamin.mars@matele.be

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