La sécheresse n’épargne pas nos forêts. À la mi-août, certains arbres affichent déjà des teintes automnales. Dans la vallée de la Semois, le massif montre des signes inquiétants de stress hydrique.
Tout devrait être bien vert à cette période de l'année. Et pourtant, la forêt ardennaise a déjà pris, par endroits, ses premières teintes automnales. Au sol, les feuilles mortes garnissent aussi les chemins. Dans le Parc national de la Vallée de la Semois, la sécheresse n'a pas épargné le massif forestier. Romain Candaele, chargé de mission Forêt-Climat au Parc national de la Vallée de la Semois, constate des différences importantes selon les secteurs :
Surtout sur les zones de crête, où le sol est plus superficiel. On voit qu'il y a carrément des poches entières de forêt où tous les arbres ont tendance à perdre leurs feuilles, ou, en tout cas, à avoir des feuilles roussies selon les espèces. Et puis, il y a des zones où c'est un peu moins flagrant, quand on est davantage sur des zones à plat, où le sol est sans doute plus profond. Ce qu'on constate, c'est qu'il y a vraiment une différence entre les espèces. En Ardenne, on a surtout du chêne et du hêtre. Entre ces deux espèces, clairement, le chêne tient mieux face à ces conditions exceptionnelles que le hêtre, qui présente vraiment des pertes foliaires importantes, ainsi qu'une coloration rouge beaucoup plus marquée.
Des signes extérieurs de faiblesse qui sont bien visibles. Le manque d'eau et la chaleur peuvent entraîner, à plus long terme, la mort des espèces les plus fragilisées, poursuit Romain Candaele :
Ils perdent des vaisseaux, ils ne savent plus alimenter certaines de leurs branches. Il y a donc des portes d'entrée pour la pourriture et, finalement, les arbres finissent par se dégrader. Souvent, ça mène à une spirale de mortalité qui s'étale sur plusieurs années, avec un affaiblissement et une prolifération de parasites de faiblesse. Et, à terme, dans certains cas, la mort des arbres.
Des conséquences qui peuvent durer des décennies
Pour les arbres qui vont résister, les répercussions se feront tout de même sentir durant plusieurs décennies. Car la forêt ne se remet pas rapidement d'une telle épreuve. Des études scientifiques le montrent :
En 1976, il y a eu une sécheresse exceptionnelle qui a vraiment marqué les esprits. Il y a eu des études sur la croissance des arbres, qui ont notamment été réalisées à la faculté de Gembloux. Elles ont montré que, par la dendrochronologie, il a fallu plus de trente ans pour que les arbres récupèrent leur croissance d'avant la sécheresse. Et ce qui est effrayant, c'est qu'à l'heure actuelle, les épisodes similaires à cette sécheresse des années 1970 se suivent de manière beaucoup plus rapprochée. Cela cause vraiment davantage de mortalité que ce qu'on observait par le passé dans les forêts.
Miser sur le chêne pour l'avenir
Mais alors, que faire pour protéger nos forêts ? Le Parc national de la Vallée de la Semois mise notamment sur le chêne, une espèce plus résistante. Ce nouvel épisode de sécheresse en atteste.
Le chêne est également une essence particulièrement intéressante pour un massif forestier : il rend service à de nombreuses autres espèces, végétales et animales. Revers de la médaille : il a besoin d'être aidé pour mieux se régénérer. Les semis naturels sont très appréciés des herbivores et sont souvent étouffés par d'autres espèces végétales, comme la fougère, la ronce ou encore le hêtre.
Au Parc national de la Vallée de la Semois, un budget a été consacré à l'adaptation de la forêt aux changements climatiques. L'une des grandes actions consiste à soutenir une expérience de régénération par coupe progressive :
C'est une coupe où on commence par récolter l'ensemble du sous-bois. On laisse les semenciers plus longtemps pour qu'ils puissent continuer à apporter des graines et enrichir le semis de chêne. Et progressivement, on enlève ces semenciers pour terminer avec une parcelle plus jeune et des individus qui vont pouvoir garantir la continuité dans le temps de cette espèce.
Un projet parmi d'autres qui devrait aider la forêt ardennaise à mieux résister au réchauffement climatique. Avec l'espoir de voir, un jour, ce travail récompensé dans plusieurs dizaines d'années.