Les chasseurs peuvent désormais vendre leurs gibiers aux particuliers. Avant cette modification de loi, ceux-ci devaient impérativement passer par l’intermédiaire d’un grossiste.
De la forêt à l'assiette, il n'y a maintenant plus qu'un pas. Un changement dans la législation permet à présent aux chasseurs, comme Jean-Denis Losseau, de vendre leurs gibiers directement aux bouchers et aux restaurateurs.
Si cela permet un circuit-court, personnellement ça m'évite de devoir faire 80 kilomètres pour aller conduire un sanglier ou un chevreuil chez un marchand de gibier.
Chaque chasseur peut céder jusqu'à deux pièces de gros gibier et 20 pièces de petit par période de six heures de chasse sur un même terrain.
Un retour en arrière incompréhensible pour le secteur
Moins d'intermédiaires, ça pourrait représenter une économie, mais ça ressemble plutôt à un retour en arrière pour Vincent Blanque, boucher chez Libotte Flahaux à Rochefort.
Quand on est obligé de passer par un grossiste, on paye un peu plus cher vu qu'ils doivent répercuter le coût des analyses qu'ils doivent faire sur les bêtes. Économiquement, ce changement peut être bien pour nous les bouchers, mais je ne comprends pas pourquoi on fait marche arrière. On nous impose certaines mesures et puis ça change à nouveau quelques années plus tard.
Un risque pour la santé publique ?
Il faut dire que la vente de gibier est très contrôlée par les autorités sanitaires. Parasites, bactéries la viande sauvage présente plus de risque de contamination.
Du côté des grossistes, ce changement de loi est un véritable non-sens et impliquerait d'importants problèmes sanitaires, explique Gérald Enthoven, administrateur délégué de Starsavor Group.
Imaginez un instant avoir une bête en peau qui pend dans le même frigo qu'un cochon ou qu'un bœuf qui viennent de l'abattoir. Cela n'a aucun sens ! C'est justement ce que l'on nous demande d'éviter de faire chez Condroz Gibier car cela pourrait provoquer des contaminations croisées avec ces animaux qui viennent de la forêt.
Les grossistes dénoncent un principe de deux poids deux mesures
Auparavant, les viandes des grossistes étaient systématiquement analysées par un vétérinaire de l'AFSCA, désormais c'est un chasseur formé qui peut s'en occuper. Il y aurait deux poids deux mesures pour les fournisseurs, comme Gérald Enthoven, qui dénoncent une inégalité de traitement.
Je pense que l'on aura toujours besoin des grossistes comme nous car un chasseur ne peut vendre que deux gros gibiers à un boucher. De plus, c'est toujours plus compliqué pour un boucher de faire l'équilibre de la bête, c'est-à-dire pouvoir vendre l'entièreté de l'animal. Par contre, je suis très étonné que cela puisse arriver. Nous on nous demande de faire des investissements très importants que l'on doit pouvoir amortir en trois mois (période d'ouverture de Condroz Gibier). Alors qu'un boucher peut simplement récupérer du gibier et le traiter simplement sans avoir notre infrastructure.
En plus des risques pour la santé publique, les professionnels du secteur pointent un problème au niveau de la traçabilité. D'après eux, ce principe de vente directe pourrait ouvrir la porte au braconnage.