Les députés de la Commission d'enquête parlementaire sur les inondations de juillet 2021 ont présenté et approuvé 170 recommandations qui serviront à mieux gérer et limiter l'impact de prochaines inondations.
En juillet 2021, la Wallonie a vécu une situation météorologique extrême et exceptionnelle. Néanmoins, d'après de nombreux scientifiques auditionnés pendant la Commission d'enquête, ces inondations pourront se reproduire prochainement. Les recommandations adoptées ce jeudi 24 mars par le Parlement wallon devraient permettre, à l'avenir, de mieux anticiper, gérer et limiter l'impact potentiel de ces catastrophes.
Avec ces 170 recommandations, la Commission d'enquête a voulu dégager plusieurs axes forts: la communication interne (entre les différents services publics régionaux, provinciaux, communaux, Police, protection civile), externe (vers le grand public), la prévention des risques, la surveillance des cours d'eau et la reconstruction.
Toutes les informations mais une mauvaise communication
Dans un premier temps, la Commission d'enquête a révélé que les différents services de la Région Wallonne possédaient toutes les informations météorologiques et hydrologiques de la mi-juillet, mais que ces données paraissaient souvent incompréhensibles pour leurs destinataires, les rendant impossible à interpréter. De plus, François Bellot, Député wallon et membre de la Commission d'enquête, explique qu'au sein de la Région Wallonne, il existe un service qui enregistre la quantité d'eaux tombées, un autre les débits et un qui mesure les hauteurs d'eaux atteintes, mais que l'échange d'informations entre ces différentes entités ne se s'est jamais produit.
Le 12,13 et 14 juillet, on mesurait des pluies de 141 litres/m2. Si les services avaient collaboré et estimé une hauteur d'eau, on aurait pu prévenir les gens et les faire évacuer. Ce travail n'a pas été fait. Il y a un tel morcellement des responsabilités des services à la Région Wallonne sans coordination, que les autorités communales n'ont pas eu d'autre choix que d'agir comme elles le pouvaient et sur base de leurs expériences.
La Commission recommande également de mieux préparer les services publics à la planification d'urgence et pour ce faire, un plan de gestion de crise doit être instauré au niveau de la Région.
Dès que des pré-alertes sont lancées, il faut qu'une personne d'autorité, comme un gouverneur ou un bourgmestre, puisse donner des injonctions à tout qui doit agir. Ensuite, il y a des plans de crise dans les communes mais pas au niveau de la Région alors qu'ici, nous faisons face à des rivières qui traversent différentes communes et qui sont gérées par la Région Wallonne. C'est à la Région de gérer ses responsabilités comme on le fait au niveau des communes, des provinces et de l'État fédéral.
Des aménagements et une meilleure gestion des cours d'eau
Un autre point important abordé dans ces recommandations est la gestion des cours d'eau et leur catégorisation. Des aménagements vont être envisagés afin de mieux appréhender l'impact d'une crue majeure sur le territoire.
Par exemple, dans les zones urbanisées, des curages doivent être réguliers, continus et optimaux. Il ne faut plus avoir d'accumulation de galets ou autres dans des endroits agglomérés. Par contre, en dehors de ces zones, il faut pouvoir organiser des bassins de rétention d'eau.
En Wallonie, les rivières d'un même bassin sont gérées par les communes, les provinces ou la Région en fonction de leur importance, mais d'après François Bellot, il est nécessaire de se munir d'une vision plus globale et d'une réflexion qui doit se faire au niveau des bassins versants.
S'il pleut beaucoup à Libramont, à Saint-Hubert, ou à Champlon, on sait qu'il arrive beaucoup d'eau sur la Lomme et la Wamme. Donc nous ne devons plus raisonner par des risques au niveau des communes mais plutôt au niveau des bassins versants. Et ça, il n'y a que la Région Wallonne qui peut le faire.
Reconstruire et aménager le territoire en tenant compte de l'eau
Finalement, pour les recommandations sur l'aménagement territoire et la reconstruction des zones sinistrées, les députés demandent dans un premier temps des évolutions au niveau législatif. Par exemple, lors de la délivrance des permis d'urbanisme il faudra prendre en compte de manière stricte la carte des zones d'aléas d'inondations, des zones où il y a des restrictions de construction en fonction de la situation du terrain par rapport à un cours d'eau.
Si l'on devait interdire de reconstruire là où cela été inondé, on raye de la carte la moitié de Jemelle, un quart de Rochefort centre, Pepinster, … C'est impensable !
Un comité technique, le GISER (Gestion Intégrée Sol - Erosion - Ruissellement), du SPW examinera s'il est possible de construire ou non dans certains endroits. Si l'autorisation de construction est donnée, les auteurs de projet seront dans l'obligation de rendre leurs maisons la moins vulnérables aux risques climatiques et environnementaux grâce à des aménagements spécifiques.
Le texte comprenant les 170 recommandations devra encore être approuvé en séance plénière, le jeudi 31 mars. Ensuite, le Gouvernement wallon ainsi que les administrations concernées devront les mettre en pratique pour améliorer la prévention et la gestion d'une telle catastrophe.