Un projet agrivoltaïque est à l'étude du côté de Bièvre. Il permettrait la production d'énergie solaire pour 4.000 ménages tout en laissant la parcelle aux vaches. Ce serait une première en Wallonie.
La filière agrivoltaïque se développe en Wallonie. Elle permet notamment d'allier l'élevage à la production d'énergie solaire. À Wierde, sur les hauteurs de Namur, un projet est dans sa dernière phase. Des moutons ont déjà pris possession des lieux. Florence Posschelle, du promoteur Ether Energy, donne plus de détails:
Il n'y a pas de modification du projet agricole. Le nombre de bêtes est le même, avec ou sans panneaux photovoltaïques. Il y a également de grands espaces entre les panneaux pour permettre aux engins de circuler. C'est l'avantage puisque l'agriculteur peut continuer à exploiter la terre.
À Bièvre, en Ardenne namuroise, un projet presque similaire est à l'étude sur une parcelle de 15 hectares, cachée par les arbres. Mais à la place des moutons, des vaches pâtureront sous les panneaux, ce qui serait une première en Wallonie. Une telle installation permettrait surtout de produire de l'électricité pour environ 4.000 ménages.
Ces projets permettent de garantir la continuité de la surface agricole tout adjoignant de grandes productions solaires.
Mais le développement de l'agrivoltaïsme ne convainc pas tout le monde. David Dupuis, un éleveur de moutons rochefortois, redoute, en autres, une baisse de rendement et de qualité des prairies.
Même s'il s'agit d'une prairie permanente, il y a tout de même un entretien nécessaire. On fait des sur-semis, parfois on retourne complètement la terre pour renouveler la prairie. Je doute également qu'épandre du fumier autour des panneaux, cela plaise aux promoteurs. De mon point de vue, on se dirige assez vite vers un terrain qui perd progressivement sa fonction nourricière, dans ce cas-ci celle d'alimenter un troupeau. On tend vers une friche agricole.
Des effets positifs lors des épisodes de sécheresse
D'après le promoteur du projet, les avantages sont pourtant bien réels. Financièrement d'abord, en échange de la mise à disposition de son terrain, le propriétaire reçoit un loyer conséquent, près de 2.000€ par hectare chaque année. D'un point de vue technique, les panneaux servent d'abri pour les animaux, ils préserveraient aussi la qualité de l'herbe en été, comme le souligne Frédéric Lebeau, ingénieur agronome et chargé de cours à Gembloux Agro-Bio Tech:
Chaque année est différente. Lors des années humides avec peu d'ensoleillement, les panneaux solaires auront un effet assez négatif parce qu'ils vont prélever une partie de la ressource nécessaire. D'autres années, il y a des excès d'ensoleillement et de sécheresse. Là, la présence de panneaux pourrait avoir des effets positifs sur le rendement.
Un foncier qui grimpe en flèche
D'autres griefs sont adressés à l'encontre de l'agrivoltaïsme. D'après David Dupuis, l'éleveur est également chargé de mission à la coopérative Terre-en-vue, l'agrivoltaïsme entre en compétition avec la fonction nourricière de l'agriculture, celle qui permet de nourrir les gens. Elle pousse à la hausse le prix des terres agricoles, ce qui rend encore plus difficile l'accès à la terre. La problématique se pose déjà avec la culture des sapins de Noël et celle des agro-carburants. L'éleveur rochefortois craint surtout de voir les terres agricoles se réduire à peau de chagrin dans les années à venir.
L'ASBL terre en vue n'est pas contre le photovoltaïque, elle milite simplement pour que les centrales solaires soient installées sur des friches industrielles, dans des zonings, sur des parkings ou sur les toitures. Mais d'après Frédéric Lebeau, ingénieur agronome de Gembloux, placer des panneaux sur des terres agricoles nous aidera respecter les engagements européens en matière de production d'énergie renouvelable. L'objectif est d'être neutre à l'horizon 2050.
Placer en toiture, c'est trop lent. À long terme, on sera obligés d'investir les terres agricoles.
Colza vs panneaux
Frédéric Lebeau prône une alternative qui arrangerait peut-être tout le monde. D'après lui, il faudrait transformer les champs de colza, pas suffisamment rentables, en terres agrivoltaïques. Ils représentent 10 % de la surface cultivée du pays.
Cultiver un hectare de colza, utilisé pour le biodiesel, permet à une voiture de rouler 30.000 kilomètres. Un hectare de panneaux photovoltaïques permet à une voiture électrique de rouler 3.000.000 de kilomètres. On pourrait couvrir l'ensemble des déplacements de tous les Belges avec l'agrivoltaïque.
À noter que nos pays voisins ont déjà franchi le pas de l'agrivoltaïsme. En France, les projets se multiplient aux quatre coins de l'Hexagone. En Allemagne, on ne compte plus le nombre de panneaux photovoltaïques le long des autoroutes. Quant au projet bièvrois, l'enquête publique se termine ce 31 août. La Région wallonne a le dernier mot quant à l'obtention du permis de construire.