Elections 2024

DOSSIER ÉLECTIONS 2024 | Pas de place en crèche pour votre enfant, quelles solutions proposent les partis ?

publié le:24/05/2024 11:09:00 - mis à jour: 28/05/2024 18:44:45

DOSSIER ÉLECTIONS 2024 | Pas de place en crèche pour votre enfant, quelles solutions proposent les partis ? Image d'illustration Freepik

Trouver une place en crèche est un casse-tête pour de nombreux parents, tant le manque de places est criant. On vous dresse le constat de la situation en Wallonie, suivi des solutions proposées par les partis.

De nombreux parents en Wallonie sont aujourd'hui confrontés à la pénurie de milieux d'accueil. Selon les derniers chiffres de l'ONE, le taux de couverture, soit le nombre de places en crèche disponibles pour 100 enfants entre 0 et 2 ans ½, sur l'ensemble de la Fédération Wallonie-Bruxelles en 2022, était de 37,2%. Autrement dit, presque deux enfants sur trois n'ont pas de place en milieu d'accueil.

À l'échelle de la province de Namur, cette proportion est encore plus élevée et touche près de 41% des enfants. Les disparités peuvent être très fortes d'une province voire d'une commune à l'autre. À titre d'exemple, chez nous, Yvoir affichait en 2022 68% de taux de couverture alors que Houyet n'est qu'à 9,3%.


CHIFFRES PAR COMMUNE | Si vous souhaitez connaître la situation dans votre commune, la Ligue des familles a établi une cartographie de l'état du manque de places dans chaque commune de la FWB, toute crèche confondue (source ONE 2021) via  manquedeplaces.be 


Les conséquences qui en découlent sont multiples : stress, difficulté d'organisation familiale, réduction du temps de travail, impact financier et problèmes socio-économiques.

À Winenne, dans la commune de Beauraing, Alexandra Croibien vit cette situation. Enceinte de quatre mois, elle va devenir maman pour la première fois. Comme beaucoup de parents, elle galère à trouver une place pour son futur petit garçon Mattéo.

Près de 1.300 places en moins depuis 2019

Le phénomène s'est accentué à Bruxelles et en Wallonie ces dernières années avec la fermeture de milieux d'accueil suite aux crises sanitaires et énergétiques. D'après les chiffres de l'ONE, depuis 2019, 1.284 places ont été perdues. C'est énorme et cela rend aujourd'hui la recherche d'une place en crèche extrêmement compliquée.

Le baromètre des parents réalisé cette année par la Ligue des familles (sondage Ipsos) estime que :

  • 61% des parents ont eu du mal à trouver une place en crèche
  • 33% des parents n'ont pas trouvé de places en crèche au moment où ils en avaient besoin
  • 23% des parents doivent prendre un congé parental ou réduire voire arrêter leur activité professionnelle faute de place en crèche
  • Quand un enfant ne va pas à la crèche, dans 53% des cas, c'est la mère qui s'en occupe

A LIRE: Pénurie de places en crèche: j'ai du démissionner de mon emploi pour m'occuper de ma fille


5.000 nouvelles places d'ici 2026, "c'est insuffisant"

Pour enrayer la problématique, le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles a lancé en 2022 le Plan Cigogne. Celui-ci a pour objectif de créer 5.200 places d'ici 2026 au plus tard.

Mais d'après les acteurs du terrain, cela ne suffit pas. Ces ouvertures serviraient uniquement à combler les fermetures et la fin prochaine de co-accueils engendrée par la réforme des milieux d'accueil (réforme MILAC mise en place par la cdH Alda Greoli, l'ex-ministre de la Petite Enfance). Celle-ci prévoit, entre autres, de faire évoluer le statut, jusqu'ici précaire, des accueillantes à domicile vers le salariat. Mais ce dernier ne propose aucune solution pour les puéricultrices travaillant en co-accueils (deux accueillantes conventionnées qui travaillent ensemble dans un lieu mis à disposition par un tiers). La directrice des Arsouilles expliquait en 2022 sur notre plateau :

Si rien n'est décidé en 2025, ces structures vont disparaître. Le Plan Cigogne est une bonne chose, mais il ne viendra jamais compenser cette perte. Il faudrait les deux. Il faut être créatif, on ne peut pas mettre à mal ce qui fonctionne actuellement.

"Il en faudrait 10.000 de plus"

Pour en finir avec la pénurie, la Ligue des familles estime qu'il faudrait créer 10.000 places supplémentaires lors de la prochaine législature afin d'atteindre un taux de couverture de 50%, "hors perte de places comme c'est actuellement le cas". "Il y a urgence", poursuit l'association:

Nous avons eu vent du risque d'abandon d'une partie de ces projets. Les délais de création de nouvelles places couplés à l'aggravation de la pénurie ces dernières années et à l'abandon de certains projets nous laissent craindre une situation plus tendue que jamais pour les parents dans les prochaines années. Les parents dont l'enfant va naître dans les prochains mois ne pourront pas attendre 2026 pour mettre leur enfant en crèche.

Alors, que défendent et proposent les partis en la matière ? Voici les grandes idées que nous avons relevées des programmes.

LES ENGAGÉS – Une crèche pour tous à terme gratuite

Les Engagés souhaitent doubler d'ici 2030 les places d'accueil subventionnées, ce qui représente la création de 35.000 nouvelles places afin de permettre à toutes les familles qui le souhaitent et qui en ont besoin d'y mettre leur enfant. Ils revendiquent :

  • Le droit à l'enfant/droit à la crèche : même principe que pour l'école, chaque enfant a droit à une place en milieu d'accueil, quelle que soit sa situation socio-économique.
  • La gratuité pour tous d'ici 2030 : les Engagés en font un de leurs objectifs prioritaires.

PARTI SOCIALISTE – Atteindre un taux de couverture de 50%

Les socialistes souhaitent également augmenter le nombre de places en milieux d'accueil. Ils visent :

  • Un taux de couverture de 50% contre 37,2% actuellement, c'est-à-dire une place d'accueil pour deux enfants de 0 à 2,5 ans.
  • Un monitoring des places existantes afin de mieux exploiter l'offre existante, notamment celles dont l'occupation des enfants n'est pas à temps plein.
  • Une réduction des coûts de la crèche, notamment pour les bas et moyens revenus.
  • Étudier la possibilité de prioriser l'accès à la crèche aux parents solo.

D'après les socialistes, une famille consacre en moyenne 463 euros par mois pour une place en milieu d'accueil, "mais cela peut monter bien plus haut". Actuellement, la participation financière des parents au sein des milieux d'accueil subventionnés est calculée sur la base de leurs revenus mensuels nets, selon une clé de répartition.

Depuis le 1er janvier 2023 et grâce à l'action du PS au sein du gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, les parents aux faibles revenus (c'est-à-dire les parents bénéficiaires de l'intervention majorée (BIM)) bénéficient de la gratuité pour la fréquentation d'un milieu d'accueil. Les familles monoparentales bénéficient également d'une réduction que le PS souhaite accroître.

PTB – Une crèche pour deux enfants d'ici 2030

Le PTB partage des points très similaires à ceux des socialistes. Ils visent :

  • Une crèche pour deux enfants d'ici 2030, soit un taux de couverture de 50% dans toute la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Les marxistes préconisent également :

  • Un plan pour créer des places (au lieu des actuels appels à projets) pour répertorier les besoins et créer les crèches en fonction de ceux-ci.
  • Une réduction de la participation financière des parents

ECOLO - 5.000 places supplémentaires

Les écologistes souhaitent:

  • créer 5.000 places supplémentaires d'accueil d'ici 2030 avec pour "objectif ambitieux" de parvenir à une place subventionnée pour trois enfants.

La moitié du chemin a été faite entre 2019-2024 avec la création de plus de 5.000 places. Nous voulons poursuivre cet effort avec un objectif de 5.000 places supplémentaires d'ici 2030.

  • Prioriser les communes et quartiers les moins bien dotés, en tenant compte également des situations de pauvreté et de monoparentalité.
  • Réformer et réduire la participation financière des parents pour les crèches subventionnées

MR – Priorité aux parents qui travaillent

  • Accès prioritaire et un soutien financier (par exemple dans le package salarial) aux parents qui travaillent 
  • Une liste unique et digitalisée des demandes de places en crèche afin que les parents ne remplissent qu'un dossier partagé avec l'ensemble des milieux d'accueil de la zone géographique souhaitée.

Une telle liste unique permettra de quantifier le nombre de places uniques manquantes, de localiser précisément la demande et d'orienter ainsi efficacement les moyens publics de création de places.

  • Multiplier les structures privées

DéFI – Aider le secteur privé non subventionné

Pour DéFI, il faut prendre des mesures structurelles plutôt que de colmater les brèches. Pour cela, DéFI souhaite:

  • Aider le secteur privé non subventionné "qui assume une mission de service public et qui fait face à des problèmes de rentabilité" via des incitants 
  • Un financement correct des milieux subventionnés via des subventions conformes aux normes d'encadrement exigées par l'ONE 
  • Donner plus d'autonomie aux crèches subventionnées 

Morgane Halloy, Rédactrice en chef adjointe
morgane.halloy@matele.be

 

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