A Ciney, tous les regards se tournent vers le "choc" Cheffert-Deville en vue des élections 2018. Entre les deux hommes, et leurs électeurs, c'est affectif, mais aussi générationnel. Campagne clivante en vue!
On le voit partout. Chaque week-end, inlassablement, Frédéric Deville part à la rencontre des Cinaciens. Toutes les occasions sont bonnes. Soupers, portes ouvertes, anniversaires: le candidat bourgmestre honore un maximum d'invitations. Il serre quelques pinces, fait beaucoup de bises, se montre à l'écoute. A un an des élections, on se croirait au plus fort de la campagne électorale. Hyperactif et hyper-ambitieux, Frédéric Deville invente une nouvelle fonction communale: l'hypercandidat.
Depuis un an et demi, Frédéric Deville investit 100 % de son temps et de son énergie à la politique cinacienne et à son mandat d'échevin. Pour rappel, en avril, l'échevin en pétard avec tout le collège libéral, a lancé sa propre liste ICI, emportant avec lui le PS, le cdH et deux élus MR au conseil communal.
Depuis, la machine de guerre est lancée. « ICI » présentée comme un mouvement citoyen avance tel un rouleau compresseur: voitures floquées, consultations citoyennes, campagne de communication sur Facebook, organisation du premier rassemblement avec 550 sympathisants, liste électorale presque bouclée... Bref, le camp Deville est « chaud boulette » pour 2018.
"Tout va se jouer entre les 30 et 60 ans"
Face à cette agitation frénétique, le camp Cheffert reste très serein jusqu'à présent. Tous les échevins sortants seront candidats sur une liste d'ouverture en préparation (seul Jules Flahaut hésite encore à se représenter). Et une nouvelle génération est prête à relever des défis explique le dauphin du bourgmestre, Frédérick Botin.
Nous avons un avantage par rapport aux autres partis. On a une génération qui termine sa carrière politique et nous avons préparé un renouvellement. Il y a la "classe moyenne" comme moi, au niveau âge.
Au sein du collège, on consacre toutes ses forces à faire avancer les dossiers, poursuit l'échevin Frédérick Botin:
Les élections sont seulement dans un an. On doit travailler maintenant. Nous ferons campagne quelques semaines avant le 14 octobre 2018. Personnellement, je ne battrai pas les records de soupers-boudin.
Mais en coulisses, les bleus analysent la situation et réfléchissent à organiser la riposte face à la liste ICI. Et pour gagner les élections, les libéraux officiels sont convaincus qu'ils doivent faire des efforts en matière de... communication. Jean-Marie Cheffert le reconnaît:
On a un déficit dans ce secteur là. On en a bien conscience. On va faire appel à une boite de communication spécialisée. Notre électorat ce sont les plus de 60 ans. Les moins de 30 ans voteront pour Frédéric Deville. Tout va se jouer entre les 30 à 60 ans.
Une campagne envenimée
Affaibli depuis l'affaire Cheffert-Deville, le bourgmestre craint de devenir la cible idéale durant la campagne électorale:
Ils ne pourront pas nous attaquer sur notre bilan qui est favorable et auquel Frédéric Deville a participé. La critique, ce sera donc sous la forme. "Cheffert est un dictateur", c'est sur ce terrain-là qu'ils vont faire campagne.
Frédéric Deville réagit à cette affirmation:
En campagne, il faut s'adapter au tempo de son adversaire. Nous n'avons pas intérêt à envenimer la campagne mais nous sommes prêts à répondre au cas où. Nos armes sont là. Le dossier Cheffert-Deville ne sera pas clos tant que nous serons tous les deux autour de la table. Quant au bilan de la législature, je n'aurai aucun problème à critiquer le travail de mes collègues du collège après avoir fait ma propre auto-critique.
Et si le duel n'avait pas lieu...
C'est encore une toute petite musique, quelques notes ténues, mais qui sait, l'air pourrait s'imposer dans les prochains mois: et si Cheffert passait la main comme tête de liste? Politique-fiction? Pas tant que cela: le scénario aurait l'avantage d'éviter la confrontation annoncée Cheffert-Deville mais permettrait néanmoins à la future liste de ne pas perdre les voix de Cheffert, qui pourrait se retrouver à "pousser" la liste. Jean-Marie Cheffert lui-même joue les mystérieux:
Les places ne sont pas déterminées, une réflexion est ouverte.
Voilà qui donnerait à la campagne une tournure drastiquement différente...
Sur le fil du rasoir
Un an avant les élections, la position de l'échevin Deville (menacé de se faire éjecter du MR par David Clarinval) s'avère plus que jamais délicate. Siégeant au collège avec la majorité MR, il prépare la campagne avec l'opposition cdH-PS. Une opposition qu'il incarne désormais aussi en tant que leader libéral du mouvement ICI.
En terme de visibilité, ses deux partenaires pourraient-ils perdre des plumes dans l'aventure ? Pour le cdH Gaëtan Gérard, la question ne se pose pas:
Nous avons énormément de militants qui s'impliquent dans le mouvement ICI. Et c'est très bien. Non, Frédéric Deville ne prend pas toute la place. Nous travaillons de façon collégiale. Nous avons des personnalités assez fortes pour se faire entendre. La communication est répartie sur différentes têtes.
Du côté socialiste, la question de la place du PS ne semble pas gêner Guy Milcamps qui promet tout son soutien au jeune libéral s'il est élu:
Si Frédéric Deville remporte le maïorat, il aura besoin d'appui et je siégerai pour l'aider au moins deux ou trois ans. Et si je décide bel et bien d'être candidat, je pousserai la liste.
Pour Ecolo, l'idéal, c'est deux échevins
Ecolo pourrait jouer les faiseurs de roi au soir des élections. Ses sièges vaudront cher. La tête de liste des verts François Bouchat affûte ses armes:
Tout le monde n'a pas envie d'avoir un bourgmestre MR à Ciney. Face au duel Cheffert-Deville, nous représentons la seule réelle alternative démocratique.
François Bouchat ambitionne de faire monter son parti au pouvoir pour mieux défendre ses idées. Il le sait: le soir des élections, l'appoint des verts se monnaiera au prix fort si le camp Deville ou Cheffert n'obtient pas la majorité absolue:
Si nous montons dans un collège, ce sera idéalement avec deux échevins. Et pour pouvoir revendiquer ça, nous devons remporter trois ou quatre sièges.
Pour monter en majorité, les verts devront s'allier avec un partenaire. Peu enthousiaste à l'idée de travailler avec les socialistes, prudent à l'idée de bosser avec Frédéric Deville, François Bouchat pointe le cdH comme le partenaire avec qui Ecolo a sans doute le plus d'affinités au niveau idéologie. Le candidat-bougmestre des verts avoue carrément sa frilosité à monter dans une majorité avec Jean-Marie Cheffert:
On sait que ce n'est pas agréable de travailler avec lui.
On le sent: son hésitation ne sera pas longue, au soir des élections, si d'aventure Ecolo devait choisir entre les deux partenaires...