Environnement

ENTRETIEN | Colibris cherchent soutien : qui pour soutenir la transition citoyenne ?

publié le:20/04/2026 11:18:00 - mis à jour: 20/04/2026 16:11:36

Proximity et Le Bon Moment : deux outils pour que les colibris citoyens ne restent pas seuls avec leurs projets. Rencontre avec ceux qui font vivre ces dispositifs de terrain.

Le « Journal sur pause » s'intéresse aux colibris, aux initiatives citoyennes en faveur de l'environnement qui fleurissent un peu partout. Elles ont besoin de soutien, parfois technique, mais surtout financier : où vont-elles le chercher ? Comment ces aides fonctionnent-elles et avec quels résultats ?

 

Pour illustrer cette thématique, nous nous appuyons sur une double actualité : ce jeudi 16 avril, avait lieu la proclamation des lauréats de la cinquième édition de Proximity, portée par la Fondation Cyrys et Be Planet. Ce 23 avril, commencera la deuxième édition du Bon Moment, portée par Be Planet, dont les médias de Proximity sont partenaires.

 

Sur le plateau, nous accueillons Gilles Carlier, directeur de Be Planet, Anne-Christine Otte, coordinatrice de la Fondation Cyrys et un petit colibri : Régine Florent, porteuse de plusieurs projets financés par Proximity et la Fondation Cyrys.

 

Gilles Carlier, Anne-Christine Otte et Régine Florent

 

La Fondation Cyrys, c'est l'abbaye de Leffe qui se cache derrière ce nom ?

 

Anne-Christine Otte : Oui. C'est elle qui est à l'initiative de cette fondation, avec la volonté de développer sa philanthropie de manière plus professionnelle, en mettant en avant à la fois le social et l'environnemental.

 

Parmi tous les projets soutenus par cette fondation, il y a le programme Proximity : en cinq éditions, - la proclamation des lauréats de la 5e avait lieu ce jeudi - , 78 projets ont été soutenus et 560 000 euros de budget. La philosophie, c'est d'allier l'environnement et le social ? 

 

A-C. O. : Oui, parce qu'il n'y a pas une seule crise mais une double crise, à la fois sociale et environnementale. L'attention de la Fondation est portée sur ces deux dimensions simultanément.


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Quel genre de porteur de projet visez-vous particulièrement ?

 

A-C. O. : Cela dépend des dispositifs. Pour Proximity, on a travaillé avec Be Planet depuis cinq ans : on est allé les chercher pour activer les colibris citoyens. En dehors de ça, la Fondation soutient des projets portés par des associations ou des coopératives, et nous avons désormais un appel à projets destiné aux indépendants, toujours dans le cadre de la transition.

 

C'est Be Planet qui a créé l'outil Proximity, qui est tout un processus sur lequel nous sommes venus greffer d'autres choses, car la Fondation souhaitait un accompagnement plus complet. Grâce aux expertises de l'équipe de Be Planet, cela permet aux projets citoyens d'aller encore plus loin. En plus, des 558.000 euros pour les projets, tout l'accompagnement de Be Planet est pris en charge par la Fondation.

 

Parmi les lauréats, on retrouve presque comme chaque année Régine Florent, cette fois pour un projet à Falmignoul.

 

Régine Florent : Oui, c'est un projet qui s'appelle Le Coin Fleuri. Il y a deux acteurs principaux : le Foyer Camélia, qui héberge des adultes souffrant de troubles autistiques, et l'ASBL des Echos de la Lesse. Il y a très peu d'interactions entre ces deux mondes et c'est ce que nous avons voulu créer. Sur la Place Tombois, très proche du foyer, sera aménagé un coin fleuri entretenu conjointement par les résidents et les villageois. 

 

Le Bon Moment, saison 2

 

La semaine prochaine commence la deuxième édition du Bon Moment, portée par Be Planet. Première édition l'année dernière : 460 000 euros récoltés, 75 projets soutenus. Le Bon Moment est un peu différent de Proximity, car il intègre du crowdfunding.

 

Gilles Carlier : Tout à fait. Après une campagne de recrutement, nous sélectionnons les dossiers, 75 l'année passée, 70 cette année, un peu partout en Belgique, et nous les accompagnons dans une campagne de récolte de fonds. Chaque projet sollicite ses réseaux et sa géographie pour récolter de l'argent, et la fondation, grâce à ses partenaires, double ce qu'ils ont pu récolter.

 

Chaque projet mobilise un réseau local, ce qui permet de récolter de l'argent mais crée aussi énormément de liens. Les médias partenaires, avec leur connaissance du territoire, permettent d'identifier des bénéficiaires supplémentaires et offrent une reconnaissance précieuse à ces colibris. On s'inscrit dans la même philosophie : permettre à des collectifs un peu partout en Belgique de se lancer ou de renforcer leurs actions.

 

Quand on voit ce que les lauréats font de l'argent récolté, on se rend compte que cela finance des points très concrets de leur projet. Pour vous, c'est ça la philosophie du Bon Moment, des petites choses mises bout à bout ? 

 

G. C. : Complètement. Notre démarche, c'est montrer septante histoires positives, des choses tout à fait concrètes. Mais derrière ces histoires, il y a toujours un collectif. On a beaucoup parlé des petits gestes citoyens. Ici, on est déjà sur une échelle un peu plus conséquente. 

 

Mais évidemment, tout ça ne remplace pas ce qu'on pourrait attendre des pouvoirs publics, c'est tout à fait complémentaire. Ces projets sont portés par des associations, des ASBL, avec énormément de bénévoles, et à un moment donné, pour des achats de matériel, on ne peut pas attendre d'eux de financer ça de leur propre portefeuille. C'est donc très bien qu'il y ait des initiatives comme la Fondation Cyrys ou la Loterie Nationale pour les aider.

 

Ce ne sont pas des doux rêveurs, des idéalistes. 

 

A-C. O. : Tout à fait. Ce sont des citoyens qui décident et qui activent également les autres citoyens autour d'eux pour travailler ensemble, réfléchir ensemble, voir comment améliorer le cadre local. Mais c'est aussi améliorer les conditions de vie pour certaines personnes. On a déjà eu un projet qui consistait à créer des outils pour les jeunes, pour pouvoir s'établir ailleurs dans un appartement, etc. Il y a ce côté inclusion qui est très important.

 

Est-ce qu'il y a une réflexion sur la façon dont ces expérimentations micro-locales pourraient grandir et profiter à un plus grand nombre, ou ce n'est pas l'objectif ? 

 

A-C. O. : Pour chaque projet, à mon avis, ça reste au niveau local. Par contre, que ça puisse se répliquer, oui. L'accompagnement de Be Planet permet à ces groupes de citoyens, qui ne savaient pas toujours comment porter un projet ou établir un budget, de monter en compétences et de partager leur savoir-faire sur l'élaboration du projet.

 

R. F. : Il y a un savoir-faire qui se développe dans la recherche de bénévoles. Par exemple, il y a un lien très clair entre le premier projet développé avec la Fondation Cyrys, « Planter aujourd'hui les arbres remarquables de demain », et la campagne Yes We Plant : ce sont les mêmes équipes de bénévoles qui sont actives.

 

Donc ces expérimentations micro-locales grandissent d'elles-mêmes ?

 

R. F. : Oui, ça fait tache d'huile. Ces mêmes équipes sont toujours en contact, et quand il y a besoin de planter des arbres, on sait à qui s'adresser.

 

Comment mesurer l'impact des colibris?

 

Comment mesure-t-on l'impact d'un projet : avant, pour savoir à qui on donne de l'argent, mais aussi ce qu'il en reste une fois terminé ?

 

A-C. O. : Sur Proximity, il y a des grilles d'éligibilité établies. Mais la force, c'est que le projet retenu l'est par des citoyens : le jury est composé de trois professionnels et de six citoyens,  un par commune, puisque la Fondation Cyrys couvre six communes, qui ont lu tous les dossiers et qui réagissent par rapport à l'intérêt local. Le local décide pour le local, et cela répond à des besoins connus ou non selon la réaction du jury.

 

Et a posteriori, peut-on mesurer l'impact environnemental ou sur le tissu associatif ?

 

G. C. : On s'intéresse à deux choses. D'abord l'impact environnemental, il dépend fortement de la nature du projet : énergie, alimentation, biodiversité, mobilité douce, repair cafés… Les mesures sont différentes à chaque fois. Mais ce qui est encore plus important, c'est le réseau et les liens : le nombre de gens qui ont bénéficié du projet, qui ont été impliqués dans sa construction, qui l'ont vu prendre forme dans une atmosphère parfois morose. 

 

La mise en lien est la clé pour créer un mouvement. C'est aussi une des ambitions du Bon Moment, et c'est pour ça qu'avoir un partenaire médiatique comme les médias de Proximity est précieux : ces gens se retrouvent souvent isolés, et les rapprocher crée un mouvement autour d'eux. Il y aura d'ailleurs une grande soirée festive, d'ailleurs, le 18 juin, tout le monde est le bienvenu.

 

A-t-on plus le droit à l'échec sur des petites initiatives comme ça ? Plus le droit d'expérimenter ?

 

A-C. O. : L'important, c'est tout le chemin parcouru. Même si le résultat n'est pas à la hauteur des attentes, il y a tout ce chemin entre l'idée et la réalisation, et ça vaut déjà beaucoup.

 

R. F. :  C'est vrai. On essaie toujours de faire de son mieux, et il y a parfois des petits obstacles en route, mais on passe à autre chose.

 

N'y a-t-il pas un risque de dispersion :  financer plein de petits projets plutôt qu'un seul gros ?

 

G. C. : On croit beaucoup à ce qui émerge, on parle en mauvais français de bottom-up. On met les moyens à disposition pour que des initiatives émergent sans être trop contrôlant sur leur nature. Cela permet d'avoir des initiatives pertinentes là où elles se situent, soutenues par de la motivation intrinsèque : ce sont des gens qui ont vraiment envie de faire ça. Ça n'empêche pas d'avoir par ailleurs des initiatives beaucoup plus grosses, mais c'est l'affaire d'autres structures.

 

Pourquoi se mobiliser? 

 

Pourquoi se mobilise-t-on de cette façon ? À quel besoin cela répond-il ? Y a-t-il un besoin de reprendre les choses en main localement, de lutter contre un sentiment d'impuissance face aux enjeux climatiques ?

 

R. F. : Je ne parlerais pas principalement de réchauffement climatique. Pour l'ASBL de Les Echos de la Lesse, le démarrage a été le besoin de recréer du lien. Et il y a un lien amusant avec le réchauffement climatique : notre premier projet s'appelait « Isoler pour rassembler ». On voulait isoler la salle de Falmignoul, qui était une vraie passoire thermique. Le fait que la Fondation Cyrys et Be Planet aient pu nous aider dans cette démarche a vraiment été un atout pour le village. Ça a été rassembleur.

 

Quelle est la première motivation des gens qui viennent déposer un projet dans le cadre de Proximity ? Ce n'est pas nécessairement l'environnement ?

 

A-C. O. : C'est d'abord un groupe de personnes, avec ou sans inclusion, qui recherche un lien plus social. On retrouve le côté humain qui crée le groupe. Pour certains, l'environnement est un objectif à part entière. Pour d'autres, c'est un dommage collatéral positif, mais une attention nécessaire qui finit par s'intégrer au projet. 

 

Pour le Bon Moment, s'ajoute la sensibilisation comme motivation ? 

 

G. C. : Ce sont des histoires positives, concrètes, ancrées dans leur territoire. Il y en a partout, il y a une histoire à moins de 10 km de chez vous. On espère que cela peut créer une forme de contagion, ou en tout cas la volonté d'aider ces histoires naissantes. C'est de la sensibilisation par le passage à l'action et ce n'est pas rien.

 

Interpellation citoyenne à Dinant

 

On n'a pas encore parlé des autorités politiques. Ce lundi, vous étiez au Conseil communal de Dinant, Régine Florent, avec une interpellation citoyenne et la volonté de créer une commission consultative de l'environnement. Une demande qui n'a pas reçu un accueil favorable. Y avait-il une volonté de ne pas rester entre citoyens et d'associer les pouvoirs publics ?

 

R. F. : Oui. À un certain moment, on a besoin d'autorisations, on a besoin de faire bouger les choses à des niveaux que nous ne contrôlons pas en tant que citoyens. Une action de collaboration entre citoyens, pouvoirs publics et collège communal est vraiment porteuse, c'est ce que nous recherchons.

 

Ce n'est pas un soutien financier que nous cherchons. Nous voulons avoir un impact plus concret sur des problématiques auxquelles le collège s'intéresse trop peu. Nous avons un savoir, un savoir-faire, une capacité à monter des dossiers pour aller chercher des fonds. Le collectif que je représentais lundi a vraiment l'impression d'avoir des choses concrètes à apporter, et il serait dommage que le collège se passe de ce savoir-faire. On savait que la commission consultative était une cause perdue, mais nous avons tout de même obtenu un futur rendez-vous et une page dans le bulletin communal.

 

Les initiatives citoyennes en faveur de l'environnement, c'est aussi une forme de démocratie participative, peut-on aller jusque-là ?

 

R. F. : Bien sûr. Je pense que les deux se rejoignent. La Place Tombois, à Falmignoul, par exemple, est un projet sur lequel j'ai travaillé dans le cadre du PCDR (Plan communal de Développement Rural, ndlr.). Il va y avoir un aménagement qui se fera en dehors de la procédure officielle, mais qui sera tout aussi intéressant.

 

Toutes ces initiatives citoyennes peuvent-elles vivre et grandir complètement déconnectées des pouvoirs publics ?

 

G. C. : Non, pas vraiment. Dans notre vision, on cherche à créer des ponts, non seulement avec le monde public, mais également avec le monde de l'entreprise. Quand c'est ancré dans un territoire, on s'adresse à des gens qui le connaissent, qui s'y intéressent, qui en sont passionnés. Cela permet de se préparer à des chocs, d'améliorer la résilience à travers les liens sociaux et les projets environnementaux. 

 

C'est un levier de démocratie directe et participative. Cela permet de se parler, de démystifier certaines choses, de créer de la confiance et de s'entraider, car nous avons besoin de tous les leviers, entreprises, société civile, citoyens et pouvoirs publics, face à l'urgence et au besoin d'accélération.

 

A-C. O. : Quand on est sur une commune, les élus communaux ont leur importance et ont des clés en main. Ce n'est pas toujours facile, mais modestement on essaye de les inclure et de travailler ensemble, parce que nous avons les citoyens, les associations, les entreprises mais les élus communaux, il faut aussi les embarquer. 

 

C'est dans cet esprit que, avec les nouvelles mandatures, nous avons proposé d'intégrer un mandat transition dans un échevinat pour tisser des liens et les amener avec nous vers nos objectifs. Il faut se comprendre et avancer progressivement, mais le pouvoir politique doit absolument être présent, car il a une responsabilité envers ses citoyens et son territoire.

 

Faut-il aussi tisser des liens avec les citoyens pas encore convaincus ? Vos appels à projets touchent surtout des gens déjà conscientisés. Comment aller chercher ceux qui s'y intéressent peu ?

 

A-C. O. : En organisant des événements comme jeudi, une soirée qui met en lumière les lauréats et leurs projets de manière concrète et festive. On essaie de prendre chacun là où il est et de trouver les leviers pour toucher différentes personnes. Ce n'est pas toujours facile, mais petit à petit on avance.


Prochain événement Proximity : "Le Village Proximity" le 6 juin 2026 de 14 à 17h devant le Centre Culturel de Dinant avec des rencontres avec les associations er les acteurs locaux


 

 

Céline Sérusiaux, Rédactrice en chef
celine.serusiaux@matele.be

 

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