Axel Tixhon et Philippe Goffinet présentent une conférence intitulée « Marcher hier, marcher aujourd’hui, une église toujours en marche ».
Pour l'abbé Philippe Goffinet, ancien Doyen de la Collégiale de Dinant et aujourd'hui directeur des pèlerinages namurois, l'être humain est par essence un « Homo viator », un homme en chemin, autrement dit un pèlerin.
Bien au-delà de l'acte religieux, la marche est un acte anthropologique : nous cherchons nos racines, nos repères et, finalement, un sens à notre existence. Le pèlerinage se distingue d'une simple randonnée par sa dimension spirituelle, articulée autour du cheminement, de la force d'un lieu sacré et du renouvellement personnel qu'il procure.
Dans la tradition chrétienne, la foi elle-même est présentée comme une marche. Philippe Goffinet rappelle que, dans la Bible, Dieu est le premier « pèlerin », un Dieu nomade qui fait les premiers pas vers l'humanité. Cette marche se poursuit avec Jésus, dont toute la vie est un pèlerinage vers Jérusalem, puis avec les disciples qui portent ce mouvement jusqu'aux extrémités de la terre.
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Un territoire marqué par le sacré : le bassin de la Lesse
Axel Tixhon, professeur d'Histoire contemporaine à l'UNamur, poursuit en apportant sa vision historique du pèlerinage, une pratique qui s'inscrit dans la très longue durée de notre territoire.
Il démontre que la région de la Lesse, de Rochefort à Foy-Notre-Dame, est habitée par une dimension sacrée depuis des millénaires. Dès 1000 ans avant Jésus-Christ, le site des Grottes de Han servait de sanctuaire où l'on déposait des offrandes venues de toute l'Europe.
La christianisation de la région s'effectue à partir du Ve siècle, mais c'est surtout au VIIe siècle qu'elle connaît une véritable explosion, portée par des évangélisateurs étrangers : Saint Monon, irlandais, à Nassogne ; Saint Hadelin, aquitain, à Celles ; Saint Perpète à Dinant. Les tombes de ces évangélisateurs deviennent des lieux de dévotion spontanée, puis, à partir du Xe siècle, l'Église institutionnalise ces pratiques, déplace des reliques, construit des cryptes adaptées à l'accueil des fidèles.
Du Xe au XVIe siècle, les pèlerinages connaissent un véritable essor, alimenté par les grands sanctuaires : Jérusalem, Rome, Compostelle, Rocamadour. La fin du Moyen Âge voit surgir une crise : les humanistes comme Érasme critiquent des pratiques jugées superstitieuses et les Réformateurs protestants vont encore plus loin :
La condamnation va encore beaucoup plus loin chez les protestants. Luther, par exemple, ou Calvin, vont voir dans ses cultes, notamment celui des Saints, quelque chose d'absolument abominable, tout à fait contre la foi réelle.
Un héritage toujours vivant
Aujourd'hui, l'héritage des pèlerinages reste d'actualité. Les sanctuaires de la région (Saint-Hubert, Foy-Notre-Dame, Beauraing) ont miraculeusement survécu aux combats de 1944, renforçant la ferveur des pèlerinages de l'après-guerre.
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Cette continuité historique et spirituelle a été couronnée en 2023 par la reconnaissance du pèlerinage de Rochefort à Foy-Notre-Dame comme chef-d'œuvre du patrimoine oral et immatériel de la Fédération Wallonie-Bruxelles.
Conférence enregistrée à l'église de Rochefort, le 28 mars 2026
Production : Confrérie Notre-Dame de Foy