Axel Tixhon présente une conférence intitulée « 400 années de pèlerinages » qui retrace l’histoire des pèlerinages civils et en armes de Rochefort à Foy-Notre-Dame.
L'histoire que nous raconte Axel Tixhon, professeur d'histoire contemporaine à l'université de Namur, commence en 1609. L'époque est tourmentée, marquée par les ravages de la peste et par les tensions liées aux guerres de religion.
Le 6 juillet 1609, un bûcheron découvre une statuette de la Vierge au cœur d'un chêne. Dès 1610, des récits de miracles se multiplient. Dans le contexte de la Contre-Réforme catholique, la Compagnie de Jésus, installée à Dinant depuis 1563, saisit l'opportunité. Son recteur, Pierre Bouille, va jouer un rôle central : en 1620, il écrit la première histoire de Notre-Dame de Foy.
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En 1618, le prince-évêque de Liège, Ferdinand de Bavière, se déplace personnellement pour enquêter sur les miracles et les valide officiellement. L'année suivante, les archiducs Albert et Isabelle visitent le site, donnant un élan décisif au culte. L'église actuelle est consacrée en 1626. L'édifice et son remarquable plafond (terminé en 1636) s'inscrivent comme un véritable manifeste de la foi catholique face au protestantisme.
C'est une œuvre de pédagogie jésuite, une démonstration de la supériorité de la foi catholique sur la foi protestante. La foi protestante est dite iconoclaste : les protestants refusent toute représentation humaine de Dieu, de Saints, de la Vierge Marie etc. Et le sanctuaire de Foy Notre-Dame de par son lien avec la statuette miraculeuse - l'image de Notre-Dame - et avec son plafond de tableaux qui représente les Saints, les Pères de l'Église, se démarque de la foi protestante. Le message de l'édifice, c'est le catholicisme est plus fort parce qu'il produit des miracles ce que le protestantisme ne fait pas.
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La promesse du comte de Rochefort
C'est en 1626-1627, en pleine épidémie de peste, que naît le pèlerinage en armes.
Jean-Théodore de Löwenstein, le comte de Rochefort qui vient de se convertir au catholicisme, perd son épouse. Les causes de sa mort sont incertaines pour les historiens mais pour certains auteurs, elle aurait été emportée par la peste.
Dans ce contexte, le comte fait le vœu d'organiser un pèlerinage à Notre-Dame de Foy accompagné d'hommes en armes. La promesse est faite en 1627 et, selon la tradition, la peste cesse dès l'année suivante.
Le succès du culte de Notre-Dame de Foy est fulgurant. On évoque un pèlerinage de 5.000 participants en 1641. Les copies de la statuette, notamment celles sculptées dans le bois du chêne original, sont envoyées dans toute l'Europe et jusqu'en Amérique du Nord par les missions jésuites.
Le sanctuaire est abandonné
La fin du 17e siècle marque un tournant. En 1695, des troupes hollandaises pillent le sanctuaire et volent la statuette, qui sera récupérée dans des circonstances peu claires.
La suppression de la Compagnie de Jésus en 1773, puis la Révolution française avec sa politique anticléricale, entraînent l'abandon du sanctuaire. La statuette a probablement été cachée pour échapper aux réquisitions :
Les églises sont fermées, les cloches sont réquisitionnées et les biens religieux doivent être cachés. C'est très vraisemblable que ce soit le cas de la statuette de Notre-Dame de Foy comme c'est le cas, par exemple, à Dinant où les reliques de Saint-Perpète sont cachées pendant la période révolutionnaire.
Renaissance au 19e siècle
Après l'indépendance belge de 1830, le pèlerinage reprend en 1832, mais sans costumes militaires. L'autorité ecclésiastique interdit ces défilés jugés inappropriés.
Pourtant, en 1851, la jeunesse rochefortoise relance le pèlerinage en armes, avec 200 participants en uniformes napoléoniens loués à Givet. Ce renouveau s'explique par les nouvelles épidémies de choléra et surtout par un changement majeur à Rome : la création en 1860 des zouaves pontificaux, qui rend à nouveau légitime le port d'armes lors de processions religieuses.
1er juin 1936
L'évêque de Namur, Thomas-Louis Heylen, nommé en 1899, met fin aux défilés militaires. En 1909, il organise une grande fête pour le 300e anniversaire de la découverte de la statuette, mais la fête est strictement religieuse.
La renaissance décisive a lieu en 1934. Lors du 325e anniversaire de la découverte de la statue, Rochefort présente un cortège hybride, avec des costumes du 17e siècle, qui remporte un vif succès. Le curé de Rochefort décide alors de réorganiser le pèlerinage sous sa forme de 1626. C'est le 1er juin 1936, lundi de Pentecôte, que renaît le pèlerinage en armes tel qu'on le connaît aujourd'hui.
Après la Seconde Guerre mondiale et les nouveaux « miracles » de l'hiver 1944 – l'arrêt de l'offensive allemande à Celles et le fait que la statuette comme l'église s'en sortent indemnes malgré la pluie de bombes -, le pèlerinage se structure définitivement avec de nouveaux costumes en 1957. Il est aujourd'hui reconnu comme chef d'œuvre du patrimoine immatériel de la Fédération Wallonie-Bruxelles.
Conférence enregistrée à l'église de Foy-Notre-Dame, le 8 novembre 2025
Production : Confrérie Notre-Dame de Foy