André-Marie Poncelet présente une conférence sur les héritiers de Vauban.
Sébastien Le Prestre, plus connu sous le nom de marquis de Vauban, n'est pas qu'un bâtisseur de citadelles. Dans cet épisode d'ex cathedra, André-Marie Poncelet, économiste et ancien directeur des infrastructures de la Fédération Wallonie-Bruxelles, brosse le portrait d'un homme complexe, véritable « premier ingénieur architecte des temps modernes » mais aussi penseur, scientifique et humaniste.
Né en 1633, dans un petit village bourguignon alors appelé Saint-Léger-de-Foucheret — rebaptisé Saint-Léger-Vauban par Napoléon III en son honneur —, Sébastien Le Prestre est issu d'une petite noblesse sans relations à la cour. Il deviendra pourtant l'un des hommes les plus influents de son époque.
Le maître de la guerre scientifique
Vauban est avant tout un expert en stratégie militaire, un « poliorcète » (expert en stratégie militaire spécialisé dans l'art d'assiéger ou de défendre des places fortes) qui excelle tant en attaque qu'en défense : il a supervisé la construction de 150 fortifications aux frontières du Royaume de Louis XIV.
Sa méthode d'attaque est révolutionnaire : il remplace les assauts sanglants par une approche scientifique en 12 étapes. Pour protéger les soldats, il utilise, par exemple, des tranchées en zigzag qui évitent que les tirs de canon ne les atteignent en ligne droite. Il invente également des techniques redoutables comme le « tir à ricochet », où le boulet, avec une faible charge de poudre, rebondit sur le sol pour dévaster les défenses.
Vauban à Dinant
La ville de Dinant garde les traces de son passage. Prise par les Français en 1675, elle voit Vauban y entamer de grands travaux à partir de 1680, sur le site de la Citadelle :
Il fait construire un nouveau château et une caserne qui permet de loger toute une garnison. Alors que les soldats, on n'arrivait pas à en masser beaucoup à l'époque. Il renforce toutes les enceintes par des bastions, des demi-lunes, des petites redoutes inspirées de ce qu'on a fait à Luxembourg.
Le traité de Ryswick en 1697 prévoit la démolition de ces améliorations lors de la restitution de la ville à la principauté de Liège, ce qui explique le peu de vestiges subsistant aujourd'hui.
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Un visionnaire au service du peuple
Le Vauban humaniste est sans doute le moins connu. Il propose la « Dîme Royale », un impôt sur le revenu plus équitable pour soulager la misère du peuple, quitte à déplaire au Roi et s'oppose à la révocation de l'Édit de Nantes :
Vauban connaissait beaucoup d'ingénieurs qui étaient protestants, et leur exil vers l'Angleterre, les Provinces Unies etc. a été un appauvrissement assez spectaculaire. Vauban est un des rares Français à avoir osé écrire qu'il n'était pas d'accord avec ça. Il avait des raisons aussi économiques, pas seulement des convictions religieuses.
Un héritage qui traverse les siècles
Vauban décède le 30 mars 1707 à Paris, à l'âge de 74 ans, d'une congestion pulmonaire. Ses funérailles réunissent plus de 2.000 personnes dans la petite église de Bazoches, dans le Morvan, où il est inhumé aux côtés de son épouse. Un siècle plus tard, Napoléon fait transférer son cœur aux Invalides, où il repose aujourd'hui face au tombeau de Turenne.
Son héritage dépasse les frontières du temps : douze de ses fortifications sont aujourd'hui reconnues au patrimoine mondial de l'UNESCO. Ses techniques de défense — notamment les inondations des plaines flamandes — ont encore été employées lors de la Première Guerre mondiale.
Conférence enregistrée au Centre culturel de Dinant, le 21 mars 2026
Production : Centre culturel de Dinant, UTLD