Histoire

ex cathedra : "C'est quand demain?", l'enfance cachée d'Adolphe Nysenholc

publié le:17/04/2026 11:36:00 - mis à jour: 17/04/2026 11:49:29

Adolphe Nysenholc raconte son histoire d’enfant juif caché pendant la Seconde Guerre mondiale.

Invité par l'Athénée royal de Rochefort-Jemelle, Adolphe Nysenholc, écrivain et essayiste, raconte son enfance pendant la Seconde Guerre mondiale.

 

Né en Belgique, en 1938, de parents juifs originaires de Pologne, la vie d'Adolphe Nysenholc bascule en mai 1940 lorsque l'Allemagne nazie envahit notre pays. La famille tente alors de fuir vers l'Argentine via Ostende.

 

On est arrivés sur un quai qui était archibondé. C'était impossible de passer. A un certain moment, le bateau était plein. Il ne pouvait pas embarquer plus de passagers, sinon il aurait pu couler. Ils ont tiré la passerelle et nous, on est restés là. On a vu le bateau partir. 

S'ensuit une terrible progression dans les persécutions - interdiction pour les médecins et professeurs juifs d'exercer, exclusion des enfants des écoles, obligation de s'inscrire dans les communes comme Juifs, port de l'étoile jaune - jusqu'aux rafles en direction des camps de la mort. 

 

Ses parents arrêtés en septembre 1942

 

Les parents d'Adolphe Nysenholc sont arrêtés le 9 septembre 1942. Ils transitent par la caserne Dossin à Malines, dont les registres ont été retrouvés, avant d'être déportés. Pour la maman d'Adolphe, toute trace s'arrête à Auschwitz. Elle a vraisemblablement été gazée dès son arrivée. En ce qui concerne son père, un témoignage d'un ouvrier rescapé atteste qu'il était encore en vie à l'hiver 1944, quelques semaines avant la libération du camp en janvier 1945. 

 

Avant leur arrestation, ses parents avaient confié le petit garçon à une famille flamande, à Ganshoren. Le jeune Adolphe ne comprend pas pourquoi il ne peut plus rester avec ses parents et a le sentiment d'être puni, d'être « mis au coin ». 

 

Adolphe Nysenholc garde un souvenir très fort de la famille qui l'accueille. 

 

Pour eux, je n'étais pas la vermine ou inférieur, j'étais un égal. Ils me considéraient comme eux. En m'accueillant, ils allaient contre les lois injustes de la tyrannie hitlérienne. Ils ont fait la désobéissance civile, ils ont écouté leur conscience. En plus, ils m'ont élevé, aimé comme leur fils. Ils m'ont donné un trésor pour la vie, les valeurs fondamentales de la démocratie. 

Après la guerre, Adolphe Nysenholc grandit dans des orphelinats. Devenu adulte, Adolphe Nysenholc mènera une carrière universitaire et professorale à l'ULB. D'abord reconnu comme un spécialiste de Charlie Chaplin, il écrit et publie beaucoup : essais, pièces de théâtre, des romans… 


POUR EN SAVOIR PLUS, rendez-vous sur le site web d'Adolphe Nysenholc


L'attente

 

Au cœur de son exposé, Adolphe Nysenholc décrit l'expérience de l'enfant caché comme un « long marathon sur place», où le temps semble s'être figé. Cette attente, illustrée par la question enfantine, « C'est quand demain ? » qui ouvre son ouvrage autobiographique « Bubulè, l'enfant à l'ombre », révèle l'incapacité d'un très jeune enfant à se situer chronologiquement dans un quotidien dominé par la peur et la clandestinité.

 

Posté durant des heures derrière une fenêtre, il observait le monde à travers le rideau en espérant ne pas être « transparent comme la vitre », conscient que le simple fait d'être soi-même était devenu « mortel ». Ce sentiment de solitude immense, où il se décrit comme étant « seul comme un vieux » sans parents pour le protéger, est accentué par la sensation que le temps « n'avançait pas » derrière les vitres de sa cachette. Cette épreuve ne s'est pas achevée avec la fin des hostilités ; elle s'est muée en une attente désespérée du retour de ses parents. 

 

Conférence enregistrée à l'Athénée royal de Rochefort-Jemelle, le 23 mars 2026

Production : Athénée royal de Rochefort-Jemelle

Céline Sérusiaux, Rédactrice en chef
celine.serusiaux@matele.be

 

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