Johan Michaux présente une conférence intitulée « Quand la nature va mieux, le cas du retour d'espèces emblématiques comme le loup, le lynx ou la loutre en Wallonie ».
« La nature va mal, c'est vrai ! Mais il y a quelques exemples qui prouvent que si on y met les moyens, si on met en place les mesures qu'il faut, il y a moyen de faire changer les choses. » Johan Michaux, professeur de biologie à l'Université de Liège, entame sa conférence par ces mots qui donnent le ton.
Si la biodiversité traverse une sixième extinction de masse, avec notamment 75% de perte de biomasse d'insectes en 25 ans dans des réserves naturelles allemandes, des éléments montrent que la nature peut aussi reprendre ses droits.
Le loup : un retour naturel spectaculaire
La Belgique compte aujourd'hui au moins cinq meutes de loups, dont trois dans le parc naturel des Hautes Fagnes. Depuis 2018, plus de 91 loups ont été identifiés génétiquement, qu'ils se soient installés ou aient traversé le territoire.
Selon Johan Michaux, le loup apporte des bénéfices concrets. Dans le parc des Hautes Fagnes, les agents du DNF ont retiré les barrières de protection forestière car les cerfs, rendus plus prudents par la présence des loups, causent moins de dégâts aux régénérations forestières. Il y a donc un intérêt direct purement économique à la présence des loups.
Lynx et loutre : des arrivées mystérieuses
En 2020, un lynx mâle a été observé dans la vallée de la Semois. L'origine de cet individu reste incertaine : vient-il naturellement d'Allemagne ou s'agit-il d'une réintroduction illégale ? L'animal a disparu en 2022. Des modélisations sont en cours pour évaluer la possibilité d'une réintroduction.
En laboratoire, on fait des modélisations, c'est-à-dire des modèles mathématiques, pour essayer de comprendre si une réintroduction du lynx serait possible notamment dans la vallée de la Semois ou dans le parc naturel des Hautes Fagnes. Dans cinq mois, on aura les résultats de tous nos scénarios qui sont actuellement en train de tourner sur nos ordinateurs.
Quant à la loutre, sa présence en Wallonie relève longtemps du "monstre du Loch Ness", avec des observations sporadiques. En 2020, une caméra piège dans la Haute-Ourthe a enfin confirmé sa présence. Le biologiste prévoit qu'avec la recolonisation progressive depuis la France, des loutres arriveront au Luxembourg et en Ardenne belge dans moins de cinq ans.
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Les success stories : le faucon pèlerin, la cigogne noire et le chat forestier
Le faucon pèlerin, quasi-disparu après 1945, compte aujourd'hui entre 130 et 180 couples en Belgique. Cette résurrection est liée à sa protection et à l'interdiction du DDT, un insecticide, dans les années 1980. La cigogne noire, avec 150 couples en Wallonie, et la cigogne blanche bénéficient également de cette dynamique positive.
Le chat forestier, revenu dans les années 1950, colonise aujourd'hui l'Ardenne et le Condroz. Il fait cependant face à un problème d'hybridation avec les chats domestiques. Les analyses génétiques révèlent 6% d'hybrides en Wallonie. Johan Michaux rappelle l'obligation de stériliser les chats domestiques notamment pour préserver cette espèce sauvage.
Un combat politique et citoyen
Le message de Johan Michaux est clair: "La nature a une résilience absolument extraordinaire. Le problème, il faut que les humains puissent permettre à cette nature de vivre sa résilience". Les exemples du Covid et de Tchernobyl le prouvent : dès qu'on laisse la nature tranquille, elle revient.
Le biologiste va plus loin et appelle à un engagement citoyen en faveur de la nature. Il déplore la suppression de 18 millions d'euros pour la préservation de la biodiversité par le gouvernement wallon et appelle les citoyens à « bien voter », en faveur de ceux qui mettront « en action les bonnes mesures concernant la protection de la vie, des humains et de l'égalité des peuples ».
Conférence enregistrée au centre culturel de Dinant, le 16 octobre 2025
Production : Maison du Patrimoine Médiéval Mosan, Centre Culturel de Dinant, Université du Temps Libre de Dinant