Zone de secours

Incendie de Falmignoul : les pompiers ont enfreint la loi pour sauver la vie des habitants

publié le:16/08/2022 15:19:00 - mis à jour: 16/08/2022 17:01:55

photo Dinaphi

Vendredi soir à Falmignoul, des pompiers dinantais ont enfreint les règles pour sauver deux habitants pris au piège des flammes. L'incident relance le débat sur la suppression des gardes sous toit à Dinant.

Vendredi soir à Falmignoul, quatre pompiers et une autopompe arrivent sur un incendie en cours dans un appartement à Falmignoul.

>> Lire aussi: Deux personnes sauvées dans un incendie à Falmignoul

Informés par les voisins de la présence de deux personnes à l'intérieur, les pompiers comprennent qu'il faut agir vite.

Un binôme d'attaque pénètre ainsi dans le bâtiment en feu à la recherche des victimes. Ils les sauveront toutes les deux. L'une est intoxiquée par les fumées, l'autre grièvement brûlée.

"Ils seraient morts"

Pour les riverains qui ont assisté impuissants à la scène, le geste est héroïque. Mais aux yeux de la loi, il est illégal. D'après l'arrêté royal du 10 novembre 2012, qui exige la présence de six hommes par autopompe, les pompiers auraient dû attendre le renfort de deux pompiers supplémentaires avant d'intervenir. Dans le cas présent: 5 minutes selon la hiérarchie de la zone, 15 minutes selon les témoins. 

En réalité, les pompiers ont encore la possibilité d'intervenir à quatre mais pour des missions limitées et strictement encadrées dans un arrêté ministériel. Celui-ci autorise les hommes du feu à pénétrer dans un bâtiment en flammes, mais à 10 mètres maximum de la porte d'entrée, et interdit aux secouristes de changer d'étage. Règle qui, selon nos informations, aurait aussi été enfreinte à Falmignoul vendredi soir puisque l'une des victimes se trouvait à l'étage.

Quoiqu'il en soit, selon les personnes qui ont assisté au drame, les victimes seraient mortes sans l'ombre d'un doute si les pompiers avaient respecté à la lettre ces différents textes de lois.

Et si le même incendie avait eu lieu en septembre ?

Ce sauvetage « hors-la-loi », qui prouve, s'il le fallait, que chaque minute est capitale en situation d'urgence, intervient à quelques jours de la suppression des gardes sous toit à la caserne de Dinant.

A partir du 1er septembre, les pompiers volontaires dinantais fonctionneront via un système de Bipper en semaine. Cette réforme voulue par l'Etat-Major a pour objectif d'effectuer des économies (chaque garde de nuit étant défrayée ) et de rétablir une équité entre les casernes (Dinant étant la seule caserne de la zone Dinaphi a fonctionner encore de la sorte).

Mais cette réforme est vivement critiquée depuis des mois par les pompiers dinantais qui craignent qu'elle ne mette en péril la sécurité des Dinantais.

Les citoyens s'en inquiètent également, comme en atteste ce post Facebook publié par une riveraine de l'incendie de Falmignoul et partagé plus de 500 fois sur la plateforme:

Depuis quelques semaines, je lis dans la presse et sur les réseaux sociaux que la caserne de Dinant n'aura plus de personnels pompiers de permanence à la caserne la nuit et le week-end (dans quelques jours/semaines) augmentant ainsi considérablement le temps de départ des véhicules de secours. Pour avoir été témoin de l'incendie de vendredi, je suis certaine qu'un délai d'intervention plus long n'aurait plus permis le sauvetage de mes voisins. Je me pose donc la question à avoir si les décideurs et le monde politique pensent réellement à la sécurité du citoyen ... citoyens qui financent. Soutenons nos pompiers dinantais !!!!

Une réforme « criminelle »

L'incendie de Falmignoul « doit servir de signal d'alarme, sinon il y aura un drame », avertit un pompier qui ne souhaite pas s'exprimer publiquement. « Toutes les zones de secours du pays fonctionnent avec des gardes sous toit dans au moins une de leur caserne. Dinaphi sera la seule zone à fonctionner avec des volontaires rappelables », nous confie un autre secouriste.

La réforme du commandant Lallemand est vécue comme un retour en arrière. « Si il y a toujours eu des gardes sous toit à Dinant, c'est pour de bonnes raisons », renchérit notre intervenant.

Ces raisons, ce sont notamment la toponymie de Dinant et la situation de la caserne qui empêche un accès rapide. C'est aussi la crainte qu'il n'y ait pas suffisamment de volontaires en « vert » habitant dans un rayon de 6 minutes de la caserne. Le commandant Lallemand défend son plan:

On va changer les habitudes à Dinant dans un souci d'harmonie zonale. Il est vrai que les interventions à l'avenir seront peut-être un peu plus longues de deux ou trois minutes depuis la caserne de Dinant, mais le plan du personnel qui a été voté par 21 bourgmestres sur 22 en avril dernier, permettra d'avoir un départ d'une autopompe avec un équipage complet de six hommes et non de 4 grâce à une mixité de pompiers pro et de volontaires. Contrairement aux autres casernes, il y aura deux roulements de pompiers pro sur la journée pour assurer une permanence de 4 à 6 hommes entre 6h et 20h00. Dinant dispose par ailleurs d'environ 25 pompiers volontaires. Ce qui nous laisse une bonne marge de fonctionnement. 

>> Lire aussi: Dinaphi: voici le plan de personnel approuvé par les bourgmestres

Mais pour notre source, « travailler dans une ville comme Dinant, qui s'est développée touristiquement, sans pompier volontaire en garde sous toit est criminel. ».

Les conseillers dinantais, inquiets de l'impact que pourrait avoir la réforme sur la sécurité des Dinantais, ont envoyé il y a un mois une lettre au commandant de la zone Dinaphi Alain Lallemand. Celle-ci est restée sans réponse. 

Morgane Halloy, Rédactrice en chef adjointe
morgane.halloy@matele.be

 

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