Hastière organisait une réunion d'information sur le projet d'incinérateur de Givet ce jeudi soir. Avec les autres communes belges voisines, elle se dresse contre ce projet qui présente de nombreux risques.
Plus de 350 personnes dans la salle des Minouches, à Heer-sur-Meuse, brandissant chacune une affiche jaune "Non à l'incinérateur". C'est l'image frappante de la réunion d'information qui était organisée ce jeudi soir par les autorités hastiéroises, concernant le projet d'incinérateur de Givet.
Après une première réunion publique houleuse avec les promoteurs du projet lundi, le bourgmestre d'Hastière Simon Bultot souhaitait organiser une rencontre pour les citoyens hastiérois qui n'avaient pas pu assister à la réunion précédente et leur présenter les risques du projet.
La Commune d'Hastière s'est clairement positionnée contre l'incinérateur de Givet, tout comme les autres communes du sud de la province de Namur.
Un projet quasiment "expérimental"
Pour rappel, le projet, porté par la société Givet Recycling, consiste à l'installation d'un incinérateur de déchets dans le parc d'activité communautaire de Givet. Parmi ces déchets, des enrobés de voirie goudronneux, considérés comme déchets dangereux, mais aussi des déchets non-dangereux issus de la construction comme des inertes, du bois ou encore des métaux, ainsi que des terres polluées.
La technique utilisée pour brûler ces déchets est la désorption thermique, qui consiste à chauffer ces matières à une température de mille degrés pour les transformer en granulats et extraire les polluants volatiles.
Selon les observateurs, il n'existerait aucune unité d'incinération similaire dans le monde qui pourrait servir de point de comparaison au projet. Actuellement, il existe seulement des incinérateurs de terres polluées et de déchets ménagers, non-dangereux. Raison pour laquelle certains qualifient ce projet "d'expérimental".
Des risques pour la population locale
Le projet d'incinérateur de Givet suscite de nombreuses craintes, concernant d'abord le bruit que va générer l'installation, qui tournerait près de 20 heures par jour. Deuxièmement, le trafic des camions pour amener les 950.000 tonnes de déchets par an sur place et évacuer les différentes matières est évalué à 10 camions par heure, ce qui risque d'augmenter fortement la circulation sur les différents axes autour de Givet.
Enfin, la population locale craint la pollution de cet incinérateur de déchets. Pour le Professeur Alfred Bernard, toxicologue à l'UCLouvain, les risques de ce type d'installation sont nombreux.
On a des risques d'émissions de toute une série de polluants : des hydrocarbures aromatiques polycycliques, qui sont des cancérogènes bien connus chez l'homme, mais aussi des émissions de particules fines et un risque de formation de dioxine sur ces particules. On a également un risque de pollution par des métaux comme le vanadium et le nickel, qui comportent des risques pour l'environnement et le système respiratoire. Ils augmenteraient la mortalité quand ils sont associés aux particules fines, selon des travaux récents. Enfin, cerise sur le gâteau, tout cela fonctionne avec du gaz donc il y a probablement des émissions importantes de dioxyde d'azote, dont on a longtemps sous-estimé les effets toxiques chez l'homme.
Ces différents polluants n'apparaissent pas dans la présentation du projet.
L'étude d'impact du projet? "De l'enfumage"
De nombreuses questions restent en suspens, comme la gestion des eaux polluées qui sortiront de l'incinérateur sous forme de boue, après le lavage des fumées.
Mais pour Alfred Bernard, le problème principal est que le projet reste très lacunaire et ne comporte pas de réelle étude d'incidence. Selon le toxicologue, c'est une opération d'enfumage de la part du porteur de projet.
On ignore les quantités de polluants qui seront émises et où le panache de fumée va se disperser. Tout dépend de la hauteur de la cheminée, de la température des gaz... Cela permet de déterminer les concentrations de polluants où les gens vivent, et si ces concentrations respectent les normes en vigueur. Mais pour ce projet, nous n'avons pas les éléments que l'on trouve habituellement dans une étude d'incidence.
Voici l'interview complète du Professeur Alfred Bernard concernant le projet :
Et maintenant ?
Le projet en est à l'étape de l'enquête publique pour la demande de permis, ce qui veut dire que le terrain n'a pas encore été vendu à la société Givet Recycling.
Les citoyens belges peuvent encore envoyer leurs remarques à la Commune jusqu'au 7 février. Mais ils doivent aussi envoyer une copie à l'autorité française avant le 22 février. Notons qu'une dernière réunion d'information avec le porteur de projet aura lieu le mercredi 7 février au Manège à Givet.
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