Santé

« L’alcool nuit à la santé » : les brasseurs moussent contre cette nouvelle formulation

publié le:30/08/2026 15:15:00 - mis à jour: 01/09/2026 11:41:54

Photo : Amie Johnson (unsplash)

Le nouveau slogan obligatoire pour les publicités sur l’alcool fâche les brasseurs, mais réjouit le monde médical. « L’alcool nuit à la santé » : une nuance qui change tout.

Les publicités pour l'alcool, dont la bière, sont depuis longtemps accompagnées d'un message de prévention. On se souvient du slogan plutôt sympa des années 90 : " Une bière brassée avec savoir se déguste avec sagesse. "

Le ton se voulait un peu moins sympathique depuis quelque temps, avec un message signalant que "l'abus d'alcool nuit à la santé". La formule devra désormais être plus directe et plus alarmante : " L'alcool nuit à la santé. "

Lettre ouverte

Un changement qui a le don d'irriter une grande partie des brasseurs belges, dont la Brasserie du Bocq, à Purnode, signataire de la lettre ouverte. Gaëtan Flohimont est responsable commercial de la brasserie :

Alors évidemment, si l'État doit légiférer sur tout ce qui est permis, mais qui n'est pas bon pour la santé, comme le sucre, les additifs, l'huile de palme et autres, je pense qu'on ne consommerait plus grand-chose. C'est une question de consommation raisonnée de tous ces ingrédients et aliments. De notre point de vue, la première notion au niveau d'une bière est de partager des moments ensemble et de partager du plaisir autour d'un bon produit fait avec de bons ingrédients. Et donc, on a un peu peur que le fait de stigmatiser, en mentionnant que c'est mauvais pour la santé, en mettant en avant uniquement l'aspect négatif et nous pénalise.

Atteinte au patrimoine brassicole belge

Pour tous ces brasseurs fâchés, ce nouveau slogan obligatoire est considéré comme une atteinte au patrimoine, à la culture et au savoir-faire brassicole de notre pays, poursuit Gaëtan Flohimont :

En tant que brasserie historique, puisque la Brasserie du Bocq date de 1858, on a un vrai savoir-faire brassicole, avec une mise en avant également des matières premières nobles qu'on utilise, de leur origine, du terroir. Et donc, on va pouvoir défendre évidemment ce patrimoine également, et on estime que cette nouvelle législation va porter atteinte à ce savoir-faire.

L'hypocrisie du terme "abus"

Mais derrière cette nouvelle contrainte pour les brasseurs se cache un véritable enjeu de santé. Pour le milieu médical, enlever le terme " abus " du slogan des publicités pour l'alcool est une petite victoire. Pierre Patigny est le psychologue en charge du « dispositif alcool » du CHU UCL Namur :

C'est une excellente chose. Qu'on en finisse avec le terme “l'abus d'alcool nuit à la santé”, qui est un peu hypocrite, parce qu'on le sait aujourd'hui : toute consommation d'alcool représente un risque pour la santé physique. Ça augmente les risques de développer plus de 200 maladies, mais aussi, dès le premier verre, les risques psychosociaux, que ce soit moins bien dormir, être plus impulsif, plus somnolent, moins efficace au travail ou avoir de moins bons réflexes. Donc effectivement, c'est important de communiquer sur les risques dès les premiers usages d'alcool.

Un pas en avant en terme de prévention

Sur un point, l'alcoologue est d'accord avec les brasseurs : toute consommation d'alcool n'est pas forcément problématique, à la différence du tabac. Mais une consommation, aussi faible soit-elle, peut déjà représenter un problème pour certaines personnes, prévient l'alcoologue :

Ça va vraiment nous faciliter la vie en termes de prévention. Jusqu'ici, c'était extrêmement compliqué d'ouvrir le dialogue au sujet de l'alcool parce que, très vite, les patients avaient le sentiment que, si on en parlait, c'est qu'on estimait qu'ils étaient dans l'abus, alors que pas du tout. Et donc aujourd'hui, on va pouvoir, dès les premiers verres consommés, ouvrir le dialogue pour évaluer au cas par cas avec les patients quelles sont les consommations à moindre risque et à partir de quand ils ont une consommation qui est un peu plus à risque. 

L'alcool reste la deuxième cause de mortalité en Belgique, après le tabac. À noter que le site hospitalier de Godinne propose une prise en charge complète des problèmes liés à l'alcool, à travers ses services spécialisés.

Benjamin Mars, Journaliste
benjamin.mars@matele.be

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