Un monument en hommage aux civils tués par les Allemands durant la Première guerre mondiale va être restitué à la ville. Une issue inespérée tant ce bronze commémoratif semblait perdu à jamais.
Dinant, ville martyre de la Première Guerre mondiale. Elle a été ravagée par les bombardements et marquée par l'horreur des exactions allemandes. Le 23 août 1914, 674 civils y sont exécutés. Un bronze rendant hommage aux victimes de l'une de ces tueries va bientôt faire son retour à Dinant. Il avait été installé sur le mur Bourdon, à côté du rocher Bayard, là où l'un des pires massacres de la ville a eu lieu : 77 civils y ont été abattus, explique Michel Coleau, historien et archiviste pour Dinant.
Dans cette masse d'otages figurent une trentaine de jeunes filles, des femmes d'âge mûr, des écoliers, des étudiants et des enfants en bas âge qui seront tous assassinés. C'est un moment très dur, qui n'est pas justifié. Cela n'a aucun intérêt de fusiller de prétendus francs-tireurs.
Une œuvre commémorative avait été réalisée en souvenir de ce drame. Mais en 1942, les Allemands, de retour à Dinant, emportent cette trace du massacre, comme de nombreux autres monuments liés à la Première Guerre mondiale. Longtemps, les historiens la croient détruite et fondue. Jusqu'en 1962, lorsqu'une rumeur évoque la présence possible du monument en Allemagne, détaille Marc Baeken, directeur honoraire du centre culturel de Dinant.
Au niveau du centre culturel, on a commencé à écrire un peu partout, en vain. Aucune réponse n'arrive. On ne sait d'ailleurs pas très bien où écrire. On contactait des institutions militaires, des associations d'anciens combattants… mais sans résultat. En 2014, on relance la démarche, et ce n'est que deux ou trois ans plus tard que le musée de Berlin nous répond.
Avec une bonne nouvelle : le bronze dinantais tant recherché a été retrouvé. Plusieurs années de démarches seront encore nécessaires pour obtenir sa restitution.
Une œuvre majeure du souvenir
Aujourd'hui, l'ambassadeur d'Allemagne en Belgique, Martin Kotthaus, s'est rendu à Dinant. Il a confirmé qu'il remettrait officiellement l'œuvre à la Ville dans une semaine.
Cela ne va pas changer l'histoire, cela ne fera pas revenir les morts, mais cela participe au devoir de mémoire et montre qu'aujourd'hui, nos deux pays sont aussi proches que possible. Cela contribue également à l'amitié entre Dinant et l'Allemagne.
Pour Dinant et son bourgmestre, Richard Fournaux, le retour de cet élément majeur du devoir de mémoire constitue un moment particulièrement fort.
Cette pièce a une valeur historique extraordinaire, car elle illustre concrètement ce que furent ces massacres. C'est plus évocateur que des noms gravés sur un monument. C'est une œuvre d'art à part entière. La récupérer à Dinant est donc quelque chose d'exceptionnel.
Reste une question : où sera installé ce monument ? Pour l'heure, rien n'a encore été décidé. Le conseil communal devra trancher, en tenant compte des impératifs de préservation de cette pièce du patrimoine.