La commune d’Yvoir rachète la Ferme du Buc, un hectare au cœur du village. Un choix stratégique pour la majorité, mais jugé coûteux et précipité par l’opposition, qui craint un projet bancal.
Au cœur du village d'Evrehailles, la Ferme Château du Buc change de mains et devient propriété communale. Un hectare, un bâtiment chargé d'histoire, un potentiel immense… mais aussi un choix qui divise : la majorité est convaincue, tandis que l'opposition s'inquiète et que les riverains semblent partagés. Le rachat de ce site emblématique ouvre un débat sensible sur l'avenir du village.
Pour le bourgmestre, Alexandre Visée, l'achat s'est imposé dès que les propriétaires ont confirmé leur intention de vendre. La commune a sollicité une estimation indépendante, consulté les riverains et l'ancienne ASBL gestionnaire de la salle, avant de valider le rachat cet été. Le montant total de l'opération est conséquent : 1.350.000 €, selon une estimation du Bureau économique, pour l'ensemble du site, réparti sur deux parcelles de part et d'autre de la route ainsi que les travaux envisagés.
Quand les propriétaires ont confirmé la mise en vente, on a voulu éviter que ce site parte dans le privé. L'estimation indépendante nous a permis d'avancer sereinement et d'obtenir un accord clair du conseil.
Le bourgmestre y voit une opportunité rare : un hectare en plein centre, 80 % de zones à bâtir, un bâtiment patrimonial.
On récupère un morceau d'histoire du village, avec un potentiel énorme. C'est une chance qui ne se présente pas souvent.
L'opposition espérait une autre voie
La cheffe de file de l'opposition, Christine Bador, regrette que la commune n'ait pas suivi les recommandations du BEP, ni relancé la piste du Programme Communal de Développement Rural (PCDR) qui envisageait la reconstruction d'une salle neuve plutôt que la rénovation d'un site jugé trop coûteux.
Le rapport du BEP montrait clairement que la reconstruction était une piste solide. On pensait que la majorité allait revenir à ce scénario.
Christine Bador pointe aussi la quiétude des riverains, qui avaient obtenu la fermeture de l'ancienne salle des fêtes :
Ils ont vécu des années de nuisances. Pour eux, voir revenir une salle des fêtes dans ce quartier, c'est une vraie inquiétude.
Une salle de village prioritaire, un corps de logis en suspens
La commune veut avancer rapidement sur la future salle de village, installée dans la grange : escalier extérieur, conformité incendie, cuisine, finitions. Un gîte pour 20 à 25 jeunes devrait également ouvrir prochainement.
Mais la destination du bâtiment principal, le corps du logis, reste une inconnue.
Le BEP nous a rendu une estimation très lourde. On ne veut pas mettre d'autres projets en pause pour financer ce bâtiment. On avance par étapes.
Pour l'opposition, la commune sous-évalue l'ampleur réelle des travaux.
Il manque des postes entiers dans le budget : isolation, parking, mur de soutènement, mise à sec de la piscine, résistance au feu… On n'a pas une vision complète du coût réel.
L'opposition estime que la commune s'est engagée trop vite, sans garantir l'avenir du bâtiment principal.
Le corps de logis va rester en suspens, sans budget. Et si un jour on veut le vendre, qui achètera une habitation collée à une salle des fêtes ? Pour nous, le projet manque de solidité. Il repose sur trop d'incertitudes.
Une ouverture partielle dans les six mois
Malgré les critiques et les incertitudes qui entourent encore le dossier, certains espaces devraient ouvrir rapidement. Pour la majorité, c'est même l'un des leviers essentiels pour retisser du lien autour du site et montrer que le projet peut avancer par étapes, sans attendre la résolution des zones plus complexes. Le bourgmestre se veut optimiste.
La salle des fêtes et le gîte seront opérationnels dans les six mois. On veut que le village revive autour de ces espaces, que les habitants se réapproprient le lieu et que les mouvements de jeunesse puissent revenir dans un cadre adapté.
Cette première phase doit permettre de redonner une fonction au site, de tester ses usages mais elle n'efface pas les questions plus lourdes : l'avenir du corps de logis, le financement global, la cohabitation avec le voisinage et la capacité de la commune à absorber les travaux. Autant d'enjeux qui continueront d'alimenter le débat dans les prochains mois.