Le rendez-vous de midi

"Les courriers du Forem sont si agressifs qu'une peur s'installe"

publié le:17/11/2017 11:04:00 - mis à jour: 17/11/2017 19:35:04

Le musicien de Dinant Quentin Dujardin adresse une lettre ouverte au Forem et à l'Onem: "Cette volonté "d'activer" les gens pousse à l'absurdité".

Après la diffusion d'une lettre ouverte aux responsables de l'Onem, du Forem et du 1er Ministre, le musicien Quentin Dujardin est l'invité du Rendez-vous de midi:

J'ai voulu répondre à une convocation du Forem qui est normale en soi, à la différence près que je suis artiste depuis une vingtaine d'années. Je vis en balancement entre l'intermittence et les contrats. Je suis protégé par un statut d'artiste. J'ai tous les jours énormément d'activités liées à mon métier: la scène, mais aussi l'écriture pour des films, la composition, et les studios. J'ai beaucoup de contrats et de C4, que je compile. L'Onem, via le Forem, me demande constamment de prouver que mon métier est bien la musique, et c'est aberrant. Je dois imprimer les centaines de C4, on me demande de répondre à une convocation qui est on ne peut plus agressive dans la formulation. J'en ai ma dose et je ne suis pas le seul dans le métier de l'art. On est des artistes de l'ombre: on ne bénéfice pas d'une grande médiatisation, mais on travaille énormément et on fait vivre des gens, dans les centres culturels, dans les radios, des attachés de presse.

Je pense que la question dépasse le cas des artistes: au niveau de la société, cette volonté "d'activer" les gens pousse à l'absurdité. (...) Ces lettres qui sont reçues sont tellement agressifs qu'une peur s'installe, pas seulement liée au secteur de l'art, mais à la société en général. Les gens ont peur de s'exprimer, d'utiliser leur droit démocratique de la liberté d'expression. Il est temps d'arrêter ce fachisme, cette manière de dénigrer les gens, de précariser les gens, de leur faire croire qu'ils ne sont pas destinés à certaines choses mais à d'autres pour correspondre à un système, à des statistiques de chiffres qui félicitent un certain gouvernement. Il est temps de dire les choses, en toute simplicité.

Je ne suis pas tellement sur les réseaux, mais ici j'ai suivi à distance les partages de ma lettre ouverte sur Facebook. Merci à tous, mais j'ai envie de lancer un message: agissez localement pour construire quelque chose de positif, d'entraînant, de les protéger de cet instinct vulgaire, de mainstream qui s'installe et qui plaît aux politiques qui peuvent jouer sur l'instinct de masse. Agissez localement, dans les écoles, dans vos cercles. Partagez non seulement sur les réseaux sociaux mais dans la vie. Il est illusoire de croire que les choses bougent parce qu'il y a un buzz sur les réseaux sociaux."

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CDJ

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