Aurait-on pu éviter les quatre licenciements à la Maison des jeunes de Rochefort ? Lundi soir, au conseil communal, l’avenir de l'ASBL et de son personnel licencié a donné lieu à des échanges tendus.
Il est des sujets plus sensibles que d'autres. Celui des licenciements à la Maison des jeunes de Rochefort en fait partie. Pour rappel, trois animateurs emblématiques du CJC et une secrétaire ont été licenciés de manière pour le moins soudaine.
Comment en est-on arrivé là ? Et surtout, la situation aurait-elle pu être évitée ?
Un manque d'anticipation ?
C'est le conseiller communal Ecolo de l'opposition, Bernard Convié, qui a mis le sujet sur la table ce lundi soir:
Il nous revient que cinq travailleurs de la Maison des jeunes de Rochefort auraient dû recevoir leur préavis. L'un est parti juste avant. Les quatre autres sont en préavis. Il reste donc deux travailleurs épargnés. On parle de réengagement de personnes plus jeunes ou moins qualifiées par la suite pour maintenir un subside. La communication officielle du CJC évoque un contexte économique désastreux lié aux différents pouvoirs subsidiants. Qu'en est-il ?
Avant toute chose, le bourgmestre Julien Defaux a d'abord exprimé, au nom du collège, son soutien au personnel licencié. Il a ensuite rappelé que la Maison des jeunes dépend avant tout de la Fédération Wallonie-Bruxelles.
Les autorités communales ont ensuite défendu leur gestion du dossier en soulignant les démarches entreprises pour tenter de trouver une solution:
Début janvier 2026, avant donc que les difficultés ne soient connues, nous avions adressé un premier courrier d'opportunité à la ministre suite à l'arrêt des activités de la maison des jeunes de Beauraing. Nous voulions savoir si un transfert des emplois subsidiés par la FWB dans cette autre maison des jeunes était possible dans l'espoir de renforcer notre maison des jeunes.
Coup d'essai manqué : le transfert n'était juridiquement pas possible.
« Aucun signal d'alerte ne nous est parvenu »
La gravité de la situation financière n'a été mise au grand jour qu'en avril dernier, lors de la présentation des comptes 2025 par l'expert-comptable.
Le choix était alors le suivant : licencier une partie du personnel ou risquer la faillite.
« Il n'y avait pas d'alternative au licenciement », explique le bourgmestre.
Puis, il insiste: « aucun signal d'alerte ne nous est parvenu avant le mois d'avril 2026 ».
Comment ces difficultés sont-elles passées inaperçues ?
La question est légitime, car le problème de fond n'est pas nouveau. Le décret de la Jeunesse, qui date de 2000, ne prévoit en effet pas d'adaptation des subsides de la Fédération Wallonie-Bruxelles à l'évolution des barèmes salariaux et des indexations. Au fil des années, l'écart se creuse inévitablement, jusqu'à rendre la situation financière intenable.
Sur cette question, les différents groupes politiques se renvoient la balle.
Julien Defaux a accusé le groupe Ecolo de récupération politique à la suite d'une publication sur Facebook aux titres sans équivoque : « Les licenciements de la honte » ou encore « La jeunesse abandonnée ».
La conseillère communale d'Avenir citoyen, Florence Dalem, s'est quant à elle montrée particulièrement critique envers le collège, qu'elle a accusé de lâcheté : « Ils sont là, dans le public, à nous écouter depuis quatre heures et vous n'avez aucune solution à leur proposer. »
Le bourgmestre a enfin rappellé que tous les groupes politiques rochefortois étaient représentés au sein de l'Organe d'Administration (OA) de la Maison des Jeunes : deux membres du MR, deux d'Avenir citoyen, un du groupe Pour et une observatrice Ecolo.
« Personne n'a pourtant rien relevé… », souligne-t-il.
La Ville précise également qu'un second courrier a été adressé à la ministre en septembre, dans l'espoir de trouver une ultime solution. Une rencontre avec cette dernière est également envisagée.
"On est un peu tous responsables"
Joint par téléphone ce mardi matin, le conseiller écologiste Bernard Convié reconnaît que les responsabilités sont finalement partagées. « Les choses n'ont peut-être pas été présentées suffisamment clairement aux réunion de l'OA ces dernières années », estime-t-il.
L'échevin de la Jeunesse, Arthur Zabus, avance une autre explication : plusieurs absences de longue durée, des congés de maternité et des départs en voyage auraient pu, selon lui, masquer la réalité de la masse salariale de la structure.
Et si l'on s'y était pris plus tôt ?
Si les difficultés avaient été identifiées plus tôt, les licenciements auraient-ils pu être évités ?
L'échevin de la Jeunesse n'en est pas convaincu. Selon lui, la CJC ne dispose pas des moyens nécessaires pour compenser durablement le manque de financement structurel.
On n'a pas la possibilité, dans ce genre de situation, de lever des fonds structurels. L'indexation de la masse salariale qui ne suit pas celle de la dotation de la fonction publique a visiblement été faite pour maintenir des jeunes dans ce genre de structure.
Pour le bourgmestre Julien Defaux, le problème pourrait même se reproduire à l'avenir : « À conditions inchangées, la problématique se reposera dans quelques années. »
Une aide ponctuelle
Julien Defaux a également tenu à rappeler le soutien financier apporté par la commune à la Maison des jeunes depuis de nombreuses années.
Nous apportons une aide d'environ 28.000 euros chaque année à la MJ au travers d'une subvention de fonctionnement, de la prise en charge des assurances, du gaz et de l'électricité, de l'entretien du bâtiment. Et cela ne compte même pas la mise à disposition des locaux.
Aujourd'hui, la Ville propose à la CJC une aide ponctuelle pour l'aider à sortir de la crise.
L'échevin de la Jeunesse se dit également prêt à jouer les médiateurs entre les membres du personnel licenciés et l'OA, avec lequel le dialogue serait rompu.
On leur a suggéré de reprendre le contact, de rechercher des solutions, de mettre en place une médiation.
Pour rappel, les personnes licenciées doivent prester des préavis allant de 6 mois à 1 an et demi.