Il y a deux ans est entrée en vigueur une taxe kilométrique appliquée aux transporteurs. Cette taxe concerne les grands axes wallons. Des communes se plaignent du passage des camions sur des voies secondaires.
Au printemps 2016, les routes et l'économie wallonnes ont été paralysées plusieurs semaines par les transporteurs. Ceux-ci protestaient contre l'instauration d'une taxe kilométrique dont le principal objectif était de faire contribuer à l'entretien des routes les responsables de leur dégradation. En ligne de mire surtout: les transporteurs étrangers. Raison pour laquelle, comme le rappelle aujourd'hui le cabinet du ministre de la mobilité Di Antonio, cette taxe s'applique uniquement aux grands axes routiers.
Les "petits" transporteurs avaient tiré la sonnette d'alarme en expliquant à quel point cette taxe allait grever leurs finances et menacer même la survie de certains d'entre eux. Deux ans plus tard, où en est-on?
Pour le transporteur Lecaillé à Sinsin, cette taxe coûte 35.000€ par an, pour quatre camions et demi:
Notre marge a disparu. Nous transportons du bois et nous avons calculé que l'AR vers la Flandre nous coûte 50€ de taxe. Si nous devions répercuter la taxe vers nos clients, quand nous transportons 50 stères, il faudrait faire payer 1€ de plus par stère, c'est impossible pour notre client.
Pour Philippe Paquet, transporteur à Yvoir, c'est le consommateur final qui paie la facture:
Chez nous, la taxe est répercutée aux clients, qui la répercutent eux-même sur leurs clients. Au final, c'est le consommateur qui paie cette taxe. D'ailleurs, on a vu dans le calcul de l'index que l'indice du transport avait augmenté.
La "camionnettisation" du transport
Mais ces transporteurs nous alertent aussi sur d'autres effets induits par la taxe: d'une part, le report de la circulation sur des voies secondaires, certes marginal, est réel, et d'autre part des transporteurs étrangers n'hésitent pas à faire rouler de grosses camionnettes échappant à cette taxe plutôt que des camions, ce qui accroît encore la pression sur les routes, l'environnement et le trafic routier! Philippe Paquet:
Ces camionnettes circulent la nuit et échappent à la règlementation sur les temps de conduite et les horaires des poids lourds. Il eût été plus intelligent de diminuer la taxe kilométrique sur les heures de nuit, ce qui aurait incité les patrons à faire rouler les camions de nuit, ce qui aurait eu un effet positif: moins de trafic et d'embouteillages en journée. Certains rings, à Anvers ou Bruxelles, sont complètement congestionnés.
Une autre conséquence imprévue de cette taxe, on l'a dit, est le report de la circulation sur des voies secondaires. Pour nos interlocuteurs, c'est marginal. Lucie Lecaillé:
C'est un mauvais calcul. Ce qu'on économise d'un côté, on le perd de l'autre, avec le temps supplémentaire passé sur la route et donc le coût de la main-d'œuvre, le coût de l'essence augmentent.
Mais cette pratique existe, assurent néanmoins les transporteurs. "C'est l'esprit de fronde" souligne Philippe Paquet. Traduction: chez certains transporteurs qui n'ont toujours pas digéré cette taxe, on préfère faire un détour par des routes sinueuses plutôt que payer le pricx plein en empruntant une grande nationale.
Il y a donc des villages qui ont vu exploser le trafic de camions sur des voiries inadaptées. Un rapide coup de sonde dans quelques communes nous a confirmé cette observation. A Gedinne, le village de Louette-saint-Denis est désormais traversé par des camions alors qu'ils étaient inexistants il y a deux ans. A Rochefort, le village de Villers-sur-Lesse. A Beauraing, la commune de Focant est pareillement impactée, et les conséquences sont douloureuses, comme en témoigne cette riveraine:
Les bourgmestres sont en première ligne pour observer les dégâts d'une déviation importante et recueillir les doléances des riverains. A Somme-Leuze, la N969 est devenue, sinon une autoroute, du moins un "boulevard" pour les camions. Avec des dégâts sur les accotements de routes non calibrées pour un tel trafic, et des nuisances importantes pour les riverains.
La bourgmestre Valérie Lecomte explique qu'elle a multiplié les interpellations auprès des autorités mais en vain:
A la demande du cabinet Di Antonio, j'ai même fait constater ce trafic par la police, qui relevé le passage de 150 camions par jour à Heure, mais le cabinet ne trouve pas cela probant, j'attends donc depuis un an qu'ils envoient un fonctionnaire constater le trafic.
Que répond le cabinet Di Antonio à ces remarques? Selon le porte-parole François Dubru, contrairement à des impressions, on ne constate pas de report massif de la circulation de camions sur des routes secondaires:
On peut suivre les camions par GPS et le trafic n'a globalement pas varié. Par contre, l'impression qu'il y a plus de camions est sans doute réelle, mais la taxe n'est pas en cause, c'est plutôt l'embellie économique qui explique cet accroissement du transport routier. Quand on est alerté sur une situation locale problématique et nous ne nions pas que cela existe, on procède à des mesures et ensuite on peut agir. Cela peut aller jusqu'à l'interdiction du passage de camions en transit. Et on peut vérifier cela en plaçant des radars-tronçons: un radar à chaque extrémité de la route qui mesure le temps qu'il faut à un véhicule pour parcourir le tronçon. Mettons qu'il faut dix minutes pour traverser deux villages. Si un camion met effectivement dix ou quinze minutes à les traverser, cela veut dire qu'il ne s'est pas arrêté pour desservir un client dans l'entité, et il est sanctionné.