Dès les premiers jours de la Grande Guerre, Léon Parent résiste aux Allemands. Cache puis évasion de soldats français, espionnage, il sera de tous les combats au point d’y laisser la vie.
Lorsque la guerre éclate en août 1914, Léon Parent a 19 ans. Il habite Vonêche avec sa famille. Le 23 août, la région se retrouve au cœur de la bataille des frontières qui oppose de Mons à l'Alsace les armées française, belge et britannique à l'armée allemande. Au cours de ces affrontements, de nombreux soldats français perdent le contact avec leur régiment et errent dans les bois, notamment autour de Vonêche. Léon Parent connaît bien la région et décide de les aider. Il les rassemble, leur apporte de la nourriture et des vêtements et leur indique des cachettes. La famille de Léon est mise à contribution : ses parents, son frère et sa sœur l'aident dans sa mission.
Aider les soldats français à se cacher ne suffit bientôt plus. Les hommes ne peuvent rester dans les bois où ils risquent de se faire prendre. De plus, ils ont l'obligation de rejoindre leurs rangs pour continuer le combat. Les Français ne peuvent cependant pas traverser la ligne de front pour retrouver leur armée. Il faut passer par les Pays-Bas puis la Grande-Bretagne pour enfin poser le pied sur le sol français.
Pour leur permettre de mener à bien ce long périple, Léon Parent rejoint le réseau mis en place par Gabrielle de Monge de Ohey. La jeune fille dirige une filière d'évasion de soldats français et de résistants. L'itinéraire passe par Liège et Maastricht. Léon Parent organisera plus de 15 voyages de Vonêche vers les Pays-Bas au sein de la filière mise en place par Gabrielle de Monge.
Léon Parent devient espion
En parcourant les bois pour rassembler des soldats égarés, Léon Parent rencontre des membres de la résistance française. Le réseau dirigé par Paulin Jacquemin recueille des renseignements sur les positions et les mouvements des troupes allemandes. Le jeune homme les rejoint et commence à espionner au profit de l'armée française.
Lors d'un voyage à Charleville, Léon Parent repère la maison où loge le Kronprinz, fils du Kaiser Guillaume II. Grâce aux renseignements donnés par Léon, la maison est attaquée quelques heures seulement après le départ du Kronprinz. Cette anecdote au regard de la guerre qui se joue va entraîner de graves conséquences pour le jeune homme.
L'arrestation
Le 19 août 1915, à 7h30, une voiture noire s'arrête devant la maison Parent à Vonêche. La filière d'évasion par les Pays-Bas a été infiltrée par les Allemands. Léon et ses parents sont arrêtés et sont emprisonnés à Anvers.
Les renseignements recueillis par les Allemands sont irréfutables. Les interrogatoires se succèdent, Léon Parent innocente ses parents mais pour le reste, il se tait. Le 8 octobre 1915, Léon est condamné à mort, ses parents à 15 ans de travaux forcés en Allemagne. Avant leur départ, le jeune homme qui n'a pas 20 ans est autorisé à les embrasser une dernière fois.
Plusieurs personnalités dont le Cardinal Mercier vont alors tenter de sauver le jeune homme. Malheureusement, sa responsabilité dans l'attaque de la maison du Kronprinz à Charleville rend les Allemands inflexibles. Ils vont jusqu'à introduire un « mouton » (homme à la solde des Allemands qui se fait passer pour un co-détenu) dans sa cellule pour lui soutirer des aveux. Après quelques jours, Léon Parent se confie à lui et avoue sa participation. Son sort est dès lors scellé.
Le 8 décembre 1915, à l'aube, Léon Parent est fusillé après avoir écrit une dernière lettre à ses parents. Son corps est enterré sur place. Après la guerre, les dépouilles des fusillés d'Anvers sont exhumées et après des funérailles nationales sont enterrées dans un cimetière militaire d'Anvers. En 1933, le corps de Léon Parent est ramené, en train, à Vonêche où, à nouveau, seront organisées des obsèques en présence des autorités de la région.
Chère Maman et cher Papa
Chère Sœur et petit Frère bien-aimés
Je dois mourir, l'autorité suprême a rejeté ma grâce. La mort ne m'effraie pas, car je pars pour une meilleure vie et vous soulagerai là-bas.
Je vais mourir en bon chrétien. M. l'aumônier doit être remercié et regardé comme un saint ami: il a fait tout son possible, c'est mon seul consolateur.
Tout m'a fait prévoir que je serais fusillé. Tante Augustine ne m'a plus fait visite, et puis la vente de notre bétail!
Je dois partir pour le supplice. Au revoir chère Maman, j'ai pensé à vous bien des fois et à Papa aussi, le brave.
Au revoir! Et tâchez de mourir comme moi. Au revoir! Cher petit Emest et petite Marie, nous nous reverrons dans un temps assez rapproché.
Je vous embrasse tous car je pleure pour vous.
Votre petit Léon qui pleure avec vous.
Je vais dans une meilleure vie. Au revoir bonne Maman et bon Papa, vos efforts ont été vains, comme vos peines.
Encore une baise pour Maman, Papa, Emest et Marie. Maman et Papa, vivez bien heureux et bien unis pour toujours.
Au revoir! Dans cinq minutes, je suis mort.
Au revoir! Papa et Maman. Je vous embrasse bien fort et prierai pour vous.
M. l'Aumônier ira vous voir.
Votre fils Léon.
(Dernière lettre de Léon à sa famille, 8 décembre 1915)
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Merci à Yvon Barbazon et à Axel Tixhon
Avec le soutien de la Province de Namur
