A Mont, un comité d’opposition ne veut pas du projet immobilier d'une centaine de maisons et appartements. " "C'est un projet démesuré d’une autre époque”.
Une vingtaine d'habitants du village de Mont, dans la commune d'Yvoir, ne veulent pas d'un projet de construction de 77 maisons et 21 appartements dans leur village. Et ils viennent de constituer un comité d'opposition. L'enquête publique autour de ce projet est en cours. Elle se termine dans une semaine. Les opposants voudraient susciter des réactions des villageois.
Leurs inquiétudes sont des préoccupations environnementales, des craintes sur les nuisances des futurs chantiers et des soucis de mobilité. C'est ce qu'explique Geoffroy Mirgaux, premier voisin du futur éventuel nouveau quartier. Il est membre du comité d'opposition:
Nous sommes dans un village qui n'est absolument pas desservi par les transports en commun. ça nécessite donc une à deux voitures par ménage. Ça va avoir un impact de 400 véhicules sur l'ensemble du village. Si les gens ne sortent qu'une fois par jour et ne rentrent qu'une fois par jour vers leur habitation, ça fait déjà 800 déplacements sur une route qui est déjà saturée et où on a déjà des engorgements aux heures de pointe, notamment près des ronds points de l'école.
La résistance s'organise
Devant la difficulté de se défendre devant un tel projet, le comité a reçu le soutien d'une association qui les épaule dans leur combat. Pour ce collectif, qui s'est baptisé “Occupons le terrain”, le statut de zone habitable de la parcelle concernée est dépassé. Il date de 1962 et ne correspond plus aux préoccupations contemporaines. C'est l'avis de Maurice Goethals du Collectif “ Occupons le Terrain ”:
On ne parlait pas encore de réchauffement climatique. On n'avait pas encore découvert l'intérêt d'avoir des chemins forestiers, d'avoir des endroits de promenade, d'apprécier les paysages qui nous entouraient et donc, ce caractère anachronique parce qu'on a accordé un permis il y a plus d'un demi siècle, avant le Cwatup, avant l'instauration du plan de secteur, ca ne donne pas un droit.
François Hela est naturaliste à Durnal. Il soutient le comité d'opposition de Mont. Pour lui, la menace de ce projet sur la biodiversité est immense. L'accumulation des projets urbanistiques d'une telle ampleur doit cesser:
Ce qui m'inquiète particulièrement, c'est, tout d'un coup, des projets immobiliers dans des sites remarquables au point de vue paysager, au point de vue faune et flore qui constituent des maillages écologiques entre différentes zones protégées. Ca m'inquiète très fort d'autant que le bâti devient de plus en plus important. Donc, des projets comme ça, c'est catastrophique. On détruit des haies, des espaces comme forêt-haie-prairie de fauche qui sont des milieux remarquables pour la faune et la flore.
L'enquête publique se clôture dans une semaine. Les dossiers sont consultables en ligne ou au service urbanisme de la commune d'Yvoir.
Le Collège communal: " Ni pour, ni contre; bien au contraire..."
De son côté, l'échevin de l'Aménagement du Territoire et de l' Urbanisme, Étienne Defresne, s'exprime sur le projet et sur l'avis du collège à son sujet. C'est, en effet, le collège qui délivrera, ou pas, le permis
Etienne Defresne explique d'abord que les autorités locales sont sollicitées presque quotidiennement par des citoyens qui souhaitent s'installer sur le territoire de la commune.
Ensuite, sur le projet précis de Mont, il exprime le sentiment global du collège.
Pour nous, c'est un dossier qui nous rend prisonniers du passé. Le plan de secteur a été élaboré dans les années 60 et, tel qu'il existe aujourd'hui, il ne serait plus accepté en l'état. On peut comprendre une artificialisation des sols qui gêne aux entournures. On peut comprendre que les projets de grande ampleur sont susceptibles d'apporter des nuisances à différents niveaux. Néanmoins, il est vrai que ce plan de secteur existe. Et donc, nous sommes partagés entre un aspect juridique qui est fort et des sensibilités locales qui sont fortes aussi et justifiées.
C'est la commune qui délivrera, ou pas, le permis. C'est une compétence du collège. Il pourrait être bloqué au niveau de la Région.
A la question de savoir si l'échevin espère ce blocage, il répond:
Nous ne sommes ni pour, ni contre; bien au contraire...
La réaction du groupe EPY
Pour le groupe EPY (Ensemble pour Yvoir) le projet de construction d'une centaine de maisons à Mont n'est pas dénué de sens. Il pourrait même apporter une solution au problème de l'envolée des prix de l'immobilier dans la région. À travers un communiqué, Bertrand Custinne, conseiller et membre du groupe EPY, rappelle :
Il s'agit d'un terrain à bâtir défini au Plan de Secteur et dont l'urbanisation fait l'objet d'un Schéma d'Orientation Local depuis 1979 donnant plusieurs précisions sur l'avenir du site. Il n'est donc pas anormal que des habitations y apparaissent un jour ni que le propriétaire cherche à en tirer profit. Bloquer la moindre construction pourrait être assimilé à une modification de la destination de la zone et de facto, à une dévaluation de la parcelle.
Mais le groupe EPY s'oppose à la validation du projet en l'état. Il doit être revu et amélioré.
- L'égouttage et toute la problématique des eaux de ruissellement qui, selon les documents présentés et les informations reçues, sont clairement insuffisants pour garantir qu'il n'y aura pas de problème en aval de la zone.
- La préservation de plus d'espaces verts permettant le maintien d'habitats naturels de certaines espèces clairement identifiées
- Le nombre de places de parking qui doit être revu à la hausse pour davantage correspondre à la « vraie » réalité de nos villages en termes de mobilité (imaginer que 1,3 voitures/ménage sera suffisant relève de l'utopie…).
- Une réduction du nombre d'habitations pour se rapprocher du nombre retenu dans le S.O.L. de 1979 (7,4h/ha) nous parait essentielle.
En plus de ces quatre points, le groupe Ensemble pour Yvoir soulève des questions quant à la mobilité mais également la création de nouvelles écoles/classes.
Il faut s'attendre à 150 voire 200 voitures qui, soit prendront la direction de la vallée, soit se dirigeront vers Maillen. Tant la largeur des voiries que leur état ne sont appropriés pour accueillir un tel trafic. On ne peut envisager ce lotissement sans avoir une solution à ce problème.
La position du groupe EPY par rapport au projet immobilier est clair : "Non... sauf si la commune d'Yvoir met en place des dipositions afin de répondre aux problèmes engendrés par un tel projet"