Le CDJ juge non fondée la plainte d’Andenne contre nos confrères de Boukè et pointe une atteinte à la liberté de la presse. L’occasion de s’interroger sur le financement de Matélé par les communes.
Vous l'avez sans doute lu ailleurs, le Conseil de déontologie journalistique (CDJ) alerte sur les atteintes à la liberté d'information que subit Boukè Media de la part de Claude Eerdekens, bourgmestre sortant d'Andenne et du Collège communal de cette ville. Cela va sans dire que du côté de Matélé, nous sommes totalement solidaires de nos confrères namurois.
Il s'agit là d'une prise de position rare de la part du CDJ suite à une décision encore plus rare de la part d'Andenne. Cela valait bien un OFF pour vous expliquer d'une part, l'affaire « Boukè vs Andenne » et d'autre part, ce qu'il en est chez nous, à Matélé.
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Solidaire de Boukè
On vous replante rapidement le contexte. Avant les élections communales d'octobre, Boukè, comme Matélé l'a d'ailleurs également fait, a produit des séquences destinées aux réseaux sociaux dans lesquelles il présentait les enjeux électoraux de chaque commune de son territoire. Celle consacrée à Andenne, où Claude Eerdekens est notamment comparé au Parrain, ne plaît pas du tout au bourgmestre sortant (PS). Le Collège communal et le bourgmestre déposent plainte, notamment devant le CDJ.
Celui-ci vient de juger cette plainte non-fondée. Les parties plaignantes dénonçaient un traitement inéquitable de l'information, qu'elles estimaient favorable à l'opposition, et une atteinte aux droits de la personne du bourgmestre. Le CDJ a estimé que la vidéo n'était ni orientée à l'encontre du bourgmestre sortant, ni n'adoptait un parti pris favorable à l'égard de l'opposition.
Le CDJ a notamment retenu que « le terme « parrain » et les références au film éponyme auxquels le bourgmestre sortant était associé n'étaient ni exagérés, ni stigmatisants, ni injurieux, ni empreints de stéréotypes, et qu'il aurait été excessif d'y voir une atteinte à sa dignité ou à sa réputation, dès lors que dans une précédente interview à Boukè, il avait lui-même renvoyé à ce film pour se décrire. »
Dont acte. Mais le CDJ va plus loin encore et alerte par voie de communiqué sur les différentes tentatives d'immixtion du Collège communal et de l'ancien bourgmestre d'Andenne dans la liberté rédactionnelle de la journaliste, Lyla Montout, et de Boukè :
Le CDJ retient ainsi les pressions exercées pour obtenir la suppression de la capsule en cause du site et de la page Facebook du média, au détriment du droit à l'information du public. Ou encore les tentatives de remplacement de la journaliste à la présentation du débat électoral d'Andenne, ainsi que celles visant à obtenir une représentation surnuméraire de la liste du bourgmestre dans le cadre de ce même débat. Il remarque que s'y ajoute désormais le retrait du subside 2025 de la ville au média, une mesure que les intéressés justifient non seulement par des impératifs d'économie, mais également par l'action qu'ils mènent en justice à l'encontre de la capsule vidéo et « le manque de dialogue et de suivi au niveau communal sur les choix opérés » ces dernières années par le média en matière de collaborations et de partenariat.
Alors que ce dossier n'a aucun lien avec notre zone de couverture, nous, média local de l'arrondissement de Dinant, avons néanmoins décidé de relayer ce communiqué en solidarité donc, avec nos confrères du média de proximité namurois. Tout comme nous sommes également solidaires de Wilfried et de sa journaliste, eux aussi, traînés devant les tribunaux pour un article dressant le portrait de Claude Eerdekens, qui n'a pas eu l'heur de lui plaire.
Voilà qui est fait mais allons, si vous le voulez bien, un pas plus loin pour nous arrêter sur un fait, le retrait de la subvention de Boukè par Andenne. Cela nous donne l'occasion de vous (ré)expliquer le mécanisme de financement de Matélé par les communes et ses implications.
Le financement de Matélé par les communes
Attention, c'est le passage chiffré de cet article mais rassurez-vous, on a fait les règles de 3 pour vous !
Les 15 communes contribuent à hauteur de 153.975€ dans le budget de Matélé (chiffres de 2024). Ciney verse évidemment plus que Vresse puisque le montant est calculé par habitant. En réalité, les communes octroient un subside de 1,36€ (indexé) par an et par habitant. A l'échelle de notre budget total qui est 2.572.000 – vous voyez, on ne vous cache rien -, la part communale représente donc 5,98% très précisément.
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Ce subside n'est assorti d'aucune condition au contraire de celui – beaucoup plus important - octroyé par la Fédération Wallonie-Bruxelles qui est lié à une convention. Celle-ci prévoit une série de missions que nous devons remplir (information, culture, éducation permanente…) et qui sont contrôlées par le CSA, le Conseil supérieur de l'audiovisuel. Cette convention ne porte évidemment pas sur le contenu informatif de nos productions, ce qui serait contraire à la liberté de la presse, pilier fondamental de nos démocraties s'il en est.
Pour le subside communal, c'est encore plus simple. Il n'y a pas de texte du tout. Pas d'ingérence dans nos contenus, pas de quota de reportages dans telle ou telle commune, pas d'obligation de relayer la parole de l'un ou de l'autre.
Cela signifie-t-il que jamais aucun bourgmestre, échevin ou autre conseiller communal n'a brandi, comme à Andenne, la menace de couper les subsides si on n'accédait pas à sa demande ? Soyons de bon compte, je suis rédactrice en chef de Matélé depuis 6 ans, et de mémoire, c'est arrivé une fois. De la part d'un bourgmestre qui trouvait qu'on ne couvrait dans sa commune que ce qui n'allait pas et jamais les « trucs positifs ». Est-ce qu'on a changé notre ligne rédactionnelle ? Non. Est-ce qu'on s'est posé des questions ? Est-ce qu'on a vérifié si effectivement, on couvrait cette commune avec un biais ? Oui, bien sûr, parce que se remettre en question fait aussi partie de notre déontologie journalistique.
Pour le reste, évidemment qu'on subit des pressions, on ne va pas se mentir. Des grosses ou des plus insidieuses. Il y a ces petites phrases qui commencent par « Je ne veux pas vous dire ce que vous devez faire mais… ». Il y a ces élus qui boudent et qui ne répondent plus au téléphone même pour parler d'un chantier sur une route ou qui envoient leurs infos à tous les médias, sauf à nous. Cela arrive, on a tendance à dire que cela fait partie du jeu, qu'être un contre-pouvoir, c'est ne pas plaire à tous, tout le temps.