Politique

Pitance ira en justice contre la nouvelle taxe kayaks de Dinant : « C’est du délire »

publié le:25/10/2022 15:30:00 - mis à jour: 27/10/2022 12:16:58

Le conseil communal de Dinant modifie sa taxe « kayaks ». Le seul opérateur concerné, Olivier Pitance, la juge impayable et injuste. Il annonce qu’il ira au Conseil d’Etat.

Le conseil communal de Dinant a adopté ce lundi toute une série de règlements concernant les taxes pour la période de 2023-2025. Parmi eux, celui concernant la mise à l'eau d'embarcations, comprenez la taxe « kayaks ». Elle sera désormais modulée en fonction du nombre de bateaux mis à l'eau : plus il y a de kayaks sur la Lesse, plus la taxe augmente. Les 500 premiers coûtent 80 euros par an, puis cela augmente pour arriver à 130 euros à partir de 1.000 kayaks. L'échevine des Finances, Chantal Clarenne, explique :

 

Il s'agit de favoriser une réduction du nombre de kayaks sur la Lesse. Pour 2.000 kayaks, sur trois ans, on passera de 650.000€ à 663.000€. L'augmentation n'est que de 13.000€.

Taxe votée à huis clos

On n'aura pas le détail des votes puisqu'il a eu lieu à huis clos, mais la taxe "kayaks" a bien été adoptée par le conseil communal ce lundi.

Aux premiers mots d'Alain Besohé de l'opposition, « on est allé voir Olivier Pitance… », le président du conseil, Lionel Naomé, a déclaré le huis clos arguant qu'on ne cite pas de nom en séance publique. Même si tout le monde sait qui se cache derrière l'opérateur cité dans le règlement - Dinant Évasion dirigée par Olivier Pitance étant la seule entreprise qui loue des kayaks à Dinant - rien n'y fera.

 

Ce mardi matin, Alain Besohé débriefe en insistant sur le fait qu'il ne trahit pas le huis clos :

 

Ils ont été très adroits sur mon erreur ou mon manque d'expérience politique. Je voulais dire que c'est une taxe fondamentalement injuste, qu'il n'y a pas de modulation en fonction des jours d'ouverture de la Lesse. J'allais proposer une commission où on rencontre Olivier Pitance. C'est un acteur important du secteur touristique, il fournit une centaine d'emplois. Il faut être ouvert au dialogue.

« C'est du délire »

 

Contacté par nos soins, Olivier Pitance réagit. Il a fait ses propres calculs et estime que la taxe dans deux ans, avec le système de pénalités, aura été multipliée par 2 voire 2,5 pour atteindre 400.000€ par an.

 

C'est du délire. C'est la troisième augmentation depuis le début de la législature. C'est la seule commune qui augmente la taxe malgré la sécheresse ou les inondations. C'est la mentalité de la majorité à Dinant, ils veulent tuer les entrepreneurs. C'est une dictature, si le pauvre citoyen a l'outrecuidance de se rebeller, ils peuvent doubler la taxe.  

«J'irai devant le Conseil d'Etat »

 

Olivier Pitance conteste également la justification écologique de la taxe.

 

Toute taxe doit faire l'objet d'une justification. Ils disent avoir des arguments environnementaux, lesquels ? Ils n'ont aucune étude ! Moi, j'en ai une. On mesure depuis 4 ans l'incidence des kayaks, on compte par exemple le nombre de martins-pêcheurs. Eux, ils ne font rien pour la Lesse, il n'y a pas de surveillance, pas de nettoyage. Nous, on a un service de nettoyage, c'est nous qui avons nettoyé la Lesse après les inondations.

Dinant Evasion ira devant le Conseil d'Etat pour faire valoir ses droits. Il n'exclut pas non plus de ne pas mettre de kayaks à l'eau au printemps.

 

Quand on est poussé dans ses derniers retranchements, rien n'est impossible. Il faut qu'on réfléchisse avec les avocats. Les kayaks, c'est 1,1 million de chiffre d'affaires. Avec 400.000€ de taxe, ce n'est pas tenable. On n'a pas les moyens de la payer. Je n'exclus rien.

« Il faut trouver un juste milieu »

 

Au lendemain de la séance, Chantal Clarenne la justifie :

 

C'est quand même évident que de voir des centaines de kayaks racler le fond de la Lesse, ce n'est pas bon pour l'environnement. C'est vrai que je n'ai pas d'études mais il y a un juste milieu à trouver. Il faut une activité raisonnable. Olivier Pitance doit apprendre à partager la Lesse.

Quant à l'absence de modulation en fonction des périodes de fermeture de la Lesse, elle ajoute : "C'est une moyenne qui se lisse, il y a des bonnes et des mauvaises années."

Céline Sérusiaux, Rédactrice en chef
celine.serusiaux@matele.be

 

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