Portrait de poilu: Julien Dion, interné aux Pays-Bas
publié le:03/12/2015 13:19:47 - mis à jour: 08/12/2015 14:33:21
« Mémoire vive » rend hommage aux soldats de notre région qui se sont battus pendant la Première Guerre mondiale. Julien Dion, de Houdremont, fut l’un d’entre eux.
Julien Dion naît à Houdremont en 1881 dans une famille de neuf enfants. Comme bon nombre d'habitants du sud de la province de Namur, Julien Dion se destine à l'agriculture. En 1901, il joue de malchance et tire au sort un numéro qui l'envoie faire son service militaire. Au début du XXème siècle, le service militaire est encore basé sur le système du tirage au sort. Les plus fortunés pouvaient même payer un « remplaçant » pour l'effectuer à leur place. Ce n'était évidemment pas le cas d'un paysan de Houdremont et Julien Dion passera deux ans sous les drapeaux à Gand.
Quand, en 1914, la perspective d'une guerre européenne se rapproche, Julien Dion se croit à l'abri : il a 33 ans et est persuadé que la neutralité de la Belgique sera respectée. Malheureusement pour lui, son âge ne l'empêche pas d'être rappelé lorsque l'Allemagne viole la neutralité belge.
Rappelé sous les drapeaux
Son parcours dans les premiers jours de la guerre n'est pas clairement établi. Il semblerait que Julien Dion se soit battu autour de Gand puis d'Anvers. Ce que l'on sait avec certitude, en revanche, est son passage de l'autre côté de la frontière néerlandaise où il est arrêté et interné (voir ci-dessous).
Julien Dion passe les quatre années du conflit dans un baraquement en bois dans un camp aux Pays-Bas. L'hiver 1916 est particulièrement rude et l'homme est obligé de faire dégeler ses bas après les avoir lavés.
A la veille de la Noël 1918, il rentre en train à la gare de Gedinne où sa mère est venue l'attendre. Les années qui suivent vont s'avérer très difficiles. Julien Dion n'est pas immédiatement reconnu comme prisonnier de guerre. Certains voient même en lui un déserteur.
Analyse historique: les internés aux Pays-Bas
A partir de fin septembre, les troupes belges en Flandre sont mises sous pression par l'armée allemande. L'Allemagne mène, d'une part, une véritable course à la mer. Elle s'achèvera en décembre avec la fin de la guerre de mouvement et la fixation quasi définitive du front. D'autre part, les troupes allemandes assiègent Anvers.
Dans ce contexte très difficile, des soldats belges vont passer, certains sans même s'en rendre compte, de l'autre côté de la frontière néerlandaise. Là, ils sont immédiatement arrêtés par l'armée néerlandaise. Les Pays-Bas, neutres dans le conflit, ont l'obligation internationale de saisir tout combattant sur leur territoire. On estime que 25.000 à 30.000 soldats belges sont ainsi arrêtés et internés dans des camps.
Des conditions de détention plus favorables
Par rapport aux prisonniers de guerre détenus en Allemagne, les internés bénéficient d'un traitement privilégié. Les Pays-Bas ne sont pas soumis à un blocus, comme le sont l'Allemagne et la Belgique occupée. Conséquence, les internés sont mieux nourris que les autres prisonniers de guerre mais aussi que la population civile qui vit sous l'occupation allemande.
Outre l'alimentation, d'autres éléments rendent les conditions d'internement plus faciles à supporter. Les gardiens néerlandais ne manifestent pas d'hostilité à l'égard des Belges. Certains soldats flamands qui vivent à côté de la frontière peuvent même faire revenir leur famille. D'autres vont parvenir, sans trop de difficultés, à s'évader.
Le retour
En novembre et décembre 1918 ainsi qu'en janvier 1919, les internés sont libérés. Le gouvernement néerlandais finance leur rapatriement, bien content d'être délivré de ses bouches supplémentaires à nourrir.
Quand ils reviennent, les anciens internés ne sont pas bien vus : ils sont considérés comme des fuyards qui se sont planqués aux Pays-Bas plutôt que de continuer le combat. D'autre part, le fait qu'ils aient été bien nourris alors que le reste de la population « crevait » littéralement de faim n'aide pas à redorer leur blason.
Il faut plusieurs années pour que les distinctions s'amenuisent entre les soldats qui ont combattu sur l'Yser, ceux qui étaient derrière le front à Calais, les prisonniers de guerre en Allemagne et les internés. Dans les années 30, on ne parle plus que d'anciens combattants.
Merci à Yvon Barabzon et à Axel Tixhon.
Avec le soutien de la province de Namur