Portrait de poilu: Maurice Fondaire, "li vî mayeûr" de Spontin

publié le:26/11/2015 13:23:25 - mis à jour: 08/12/2015 14:32:55

Portrait de poilu: Maurice Fondaire, "li vî mayeûr" de Spontin Maurice Fondaire (coll. privée)
Portrait de poilu: Maurice Fondaire, "li vî mayeûr" de Spontin

« Mémoire vive » dresse le portrait de soldats de notre région pris dans la tourmente de la Grande Guerre. Maurice Fondaire, de Spontin, s’est battu au fort d’Andoy autour de Namur.

A Spontin, au début du XXème siècle, les hommes sont carriers ou tailleurs de pierres. Ce sera également le cas de Maurice Fondaire qui naît en 1889 dans une famille qui compte six garçons et deux filles. L'été 1914 fait basculer la vie jusque-là tranquille du jeune homme. Le 1er août, il est mobilisé et envoyé au fort d'Andoy défendre la place forte de Namur (voir ci-dessous).

Une guerre de trois jours

Du 1er au 20 août, c'est l'attente. Le soldat Fondaire et la garnison du fort d'Andoy se préparent à recevoir l'ennemi. Le 21, les Allemands attaquent et pilonnent la ceinture fortifiée de Namur. Trois jours plus tard, le 24 août, les garnisons qui tenaient les intervalles sont en fuite, les canons du fort d'Andoy sont inutilisables, les hommes se rendent. La veille de ses 25 ans, Maurice Fondaire est fait prisonnier et envoyé en Allemagne. Il écrit dans son carnet : 

24 août 1914 - Continuation du bombardement. Désertion d'une partie de la garnison. Reddition du fort et départ pour Mozet escortés par des soldats allemands. Nous passons la nuit dans une grange, couchés sur une botte de paille prise dans un champ le long de notre route. C'est maintenant que commence notre vie de prisonnier.
25 août 1914 - Jour où mes 25 ans vont sonner.
Nous sommes dirigés sur l'Allemagne. Voici quelques détails sur ce triste voyage. À 4 h du matin, départ pour Huy où nous arrivons vers 4 h, ayant fait escale à Ohey. Nous devons faire ce chemin à pied, environ 30 km sous un soleil d'Afrique. À 5 h, on nous embarque dans un wagon à bestiaux. Nous sommes à 45 hommes dans chaque wagon et nous faisons une longue escale à Kinkempois près de Liège où la population nous salue.
Ensuite, nous filons vers le pays d'exil par la gare frontière Herbestal. Nous passons alors par Aix-la-Chapelle, Cologne, Hanovre, etc. Partout sur notre passage, nous ne voyons que des menaces de mort lancées par les quelques hommes que l'on voit encore, par les femmes et surtout par tous les petits gosses. Cela nous montre combien ce peuple fanatique a l'âme guerrière en venant au monde.

Quatre ans en Allemagne

Maurice Fondaire passe toute la guerre dans différents camps de prisonniers en Allemagne. Les conditions de vie y sont très difficiles. Le Spontinois est notamment obligé de travailler pour les Allemands. Il raconte : 

1er mai 1915 - Voilà 9 mois de guerre écoulés. Ici à Münster, nous recevons comme nourriture 300 gr. de pain le matin avec ¼ de litre de café. À midi un demi-litre de soupe et le soir un morceau de viande ou de fromage avec un demi-litre de soupe. Pour le couchage, c'est la même chose que partout ailleurs : sac à paille rempli de petites bêtes qui vous rongent toute la journée et surtout la nuit.
7 mai 1915 - […] Comme travail, je charge le coke au fur et à mesure qu'il sort des fours au moyen de grandes fourches à 10 dents. Je le charge sur des grandes brouettes à 2 roues sur lesquelles on charge de 4 à 500 kg. Nous devons charger par jour 4 fournées de coke qui contiennent environ 6.000 kg, ce qui fait que nous devons charger par jour environ 24.000 kg pour la somme de 1 mark.

« Mayeûr » de Spontin

Maurice Fondaire est libéré le 6 décembre 1918 et rentre en Belgique en passant par les Pays-Bas. Il arrive à Spontin le 15 décembre. En 1921, il devient bourgmestre de Spontin et le restera jusqu'en 1926. Toute sa vie, les habitants le surnommeront « li vî mayeûr », lui dont la grosse voix terrorisait les enfants. 

Analyse historique : le siège de Namur

Après la prise de Liège dans la première quinzaine du mois d'août 14, les troupes allemandes se dirigent vers Namur, la deuxième place forte sur leur chemin. La ville est protégée par une ceinture fortifiée composée de 9 forts placés de manière concentrique. Dans le sens horloger, on trouve les forts de Cognelée, Marchovelette, Maizeret, Andoy, Dave, Saint-Héribert, Malonne, Suarlée et Emines.
Aux garnisons des forts s'ajoutent 30.000 hommes chargés de tenir les « intervalles », les zones entre les forts. Avant l'attaque allemande, à Namur, on est plutôt confiants. Liège, qui n'avait pas eu le temps de se préparer, a tenu trois semaines face à l'envahisseur et s'est couvert de gloire devant le monde entier. A Namur, les troupes ont eu l'occasion de s'entraîner, elles sont prêtes !

Les Allemands changent de tactique

Les Belges sont prêts mais les Allemands ne vont pas refaire la même erreur qu'à Liège. Plutôt que de se lancer à l'assaut des intervalles, l'armée allemande amène la grosse artillerie et pilonne les forts. Ses canons plus modernes que ceux des forts sont hors de portée des Belges.
Dans un premier temps, l'Allemagne attaque l'est de la ville, c'est-à-dire les forts d'Andoy, Maizeret et Marchovelette. Puis, le 21 août, elle oriente ses forces plutôt au nord. Cognelée, Marchovelette et dans une moindre mesure, Maizeret, subissent un bombardement massif. Les Allemands utilisent des obus de 30 ou 42 centimètres qui pèsent une tonne (à l'époque, l'armée belge dispose seulement d'obus de 20 centimètres).
A plusieurs endroits, on assiste à des scènes de panique. Une partie de la garnison du fort de Marchovelette, complètement terrorisée par les obus qui tombent sans arrêt, prend la fuite. Des soldats expliqueront préférer se battre à découvert plutôt qu'être piégés dans un fort en attendant l'explosion.

L'attaque allemande

Le 23 août, les Allemands donnent l'assaut et très vite, les premières lignes belges sont enfoncées. Les troupes qui devaient défendre les intervalles parviennent à s'échapper vers Bioul et la France en empruntant la route de Saint-Gérard. Elles continueront la guerre à Anvers et sur l'Yser. 
Les soldats restés dans les forts sont, quant à eux, attaqués les uns après les autres. Le dernier fort se rend le 25 août. 


Merci à Jean Germain et à Axel Tixhon.

Avec le soutien de la province de Namur

 

Céline Sérusiaux, Rédactrice en chef
celine.serusiaux@matele.be

 

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