Portrait de poilu : mon grand-père, ce héros

publié le:10/12/2015 10:13:00 - mis à jour: 30/06/2017 17:08:59

« Mémoire vive » met à l’honneur les poilus de chez nous. Dans ce numéro, Jacques de Cartier d’Yves raconte l’histoire de son grand-père, Ludovic, l’un des derniers défenseurs d’Anvers.

Né à Namur en 1884, Ludovic de Cartier d'Yves suit des études chez les jésuites et devient ingénieur des mines. Après un stage dans les charbonnages, il part au Congo pour s'occuper du télégraphe. En 1913, il revient définitivement en Belgique. Il envoie une lettre pour expliquer son choix à son directeur : « Monsieur le Directeur, je ne repartirai pas parce que je suis fiancé ».

Ludovic de Cartier d'Yves se marie donc au début de l'année 1914 mais l'orage gronde. Le 4 août, il s'engage comme volontaire en laissant un testament à sa jeune épouse :

« Je te lègue tout ce que la loi me permet. Je te demande pardon de te quitter aussi vite pour faire mon devoir sacré de citoyen. »

Comme ingénieur, il est intégré aux troupes du génie, à la IVème division d'armée de Namur. Rapidement, il se retrouve à Anvers où il participe aux travaux de retranchement et de destruction en prévision du siège de la ville (voir ci-dessous).

Lorsque le Roi Albert décide d'évacuer l'armée belge vers l'Yser, il laisse quelques milliers d'hommes pour faire illusion et réaliser les dernières destructions. Il sait pertinemment que ces hommes vont se retrouver prisonniers. Ludovic de Cartier d'Yves en fait partie.

Interné aux Pays-Bas

Lors de la chute d'Anvers, Ludovic de Cartier d'Yves n'est pas arrêté par les Allemands mais bien par les Néerlandais. Ceux-ci, neutres, ont l'obligation internationale d'arrêter tous les combats sur leur territoire. Ludovic de Cartier d'Yves se retrouve donc prisonnier au camp d'Hardewijk.

Le 13 janvier 1915, il décide de s'évader et rejoint Calais en passant par Folkestone en Grande-Bretagne. Après une formation, l'homme est promu adjudant et, le 15 août 1915, rejoint le front qu'il ne quittera plus.

Quand résonne l'armistice, Ludovic de Cartier d'Yves rejoint Bruxelles où il rencontre pour la première fois sa fille, Marguerite-Marie. L'enfant est née au mois de décembre 1914 alors que son père était interné aux Pays-Bas. La famille de Cartier d'Yves possède une émouvante photo de cette première rencontre.

Analyse historique : le siège d'Anvers

Pour la Belgique, la position d'Anvers est stratégique. Pour le Roi, pour l'armée et pour le gouvernement, la ville est l'endroit où il faut absolument résister. Anvers est le principal port d'approvisionnement mais est aussi le point d'entrée par lequel les alliés, qui ont garanti la neutralité belge, doivent venir aider le pays.

Dès 1830, le port d'Anvers a été sécurisé. Plusieurs ceintures de fortification successives ont été construites autour de la ville. Les autorités belges savent aussi qu'en cas d'attaque, la ville subira un siège, on y regroupe donc du ravitaillement. En 1914, le port est censé tenir six mois, le temps que les alliés arrivent à son secours.

L'armée se regroupe à Anvers

Le 20 août 1914, le gouvernement et la famille royale quittent Bruxelles pour Anvers. La plupart des troupes belges sont également regroupées dans la ville. Entre 100.000 et 150.000 hommes se retrouvent à devoir cohabiter avec la population. La promiscuité n'est pas toujours facile à gérer mais globalement tout se passe bien.

Entre la fin août et la mi-septembre, l'armée belge n'est pas vraiment inquiétée : les Allemands appliquent le plan Schlieffen. Ils foncent à travers la Belgique pour tenter de prendre Paris et d'encercler les troupes françaises dans l'est.

Trois sorties

Pendant cette période de calme relatif, l'armée belge va opérer trois sorties. A trois reprises, elle va quitter Anvers et attaquer l'armée allemande. Ces sorties sont organisées à des moments clés en coordination avec les alliés. Elles n'ont pas une grande influence sur le cours de la guerre mais elles coûtent de nombreuses vies humaines à la Belgique. Plus tard, sur l'Yser, le Roi Albert, se remémorant ces sorties, sera beaucoup plus prudent à l'idée de participer à des offensives au profit des alliés.

En représailles, les Allemands détruisent les villes de Louvain et Aarschot.

La ville tombe

Le 27 septembre 1914, l'armée allemande s'est rendue maître de toutes les places fortes jusqu'à la Marne, elle se retourne donc vers Anvers. Le siège de la ville est épouvantable. On entend le canon tonner jusqu'à Namur. Les Belges résistent mais les forts d'Anvers ne tiennent pas plus longtemps que ceux de Liège ou de Namur, ils sont simplement plus nombreux.

Après quelques jours, le 9 octobre, le roi Albert commande la sortie d'Anvers. L'armée quitte la ville, seuls quelques milliers de soldats restent sur place. Le lendemain, le Bourgmestre offre la capitulation de la ville aux Allemands.

L'armée allemande entre en ville où elle ne fait que 4000 à 5000 prisonniers. Le siège d'Anvers se solde par une grande victoire militaire mais avec un gain très faible. L'armée belge réussit miraculeusement à se rétablir sur l'Yser.

Merci à Jacques de Cartier d'Yves et à Axel Tixhon

Avec le soutien de la province de Namur

Céline Sérusiaux, Rédactrice en chef
celine.serusiaux@matele.be

 

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