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Pourquoi Matélé "censure" des commentaires sur Facebook

publié le:25/02/2021 13:15:00 - mis à jour: 25/02/2021 13:22:50

Les journalistes de Matélé sont aussi modérateurs sur Facebook. Un nouveau métier pour nous. On vous explique. Bonus: vous pouvez devenir modérateur sur nos groupes. Ça aussi, on vous l'explique!

En tant que journalistes, on est assez farouchement défenseurs d'une version maximale de la liberté d'expression, c'est dans notre nature pour ainsi dire.

Alors nos dents grincent quand des commentateurs Facebook nous accusent d'être des censeurs voire des dictateurs. C'est nouveau dans notre environnement professionnel: on nous accuse de beaucoup de choses mais de pratiquer la censure, cela n'existait quasiment pas il y a cinq ans.

C'est lié à une évolution de notre métier que le grand public ne perçoit pas: nous sommes régulièrement amenés à devoir décider si nous supprimons ou non un commentaire sur Facebook. Quand les plus vieux expérimentés d'entre nous avons débuté dans le métier, on nous demandait déjà de faire de multiples tâches: écrire, photographier, mettre en page, filmer,... On nous appelle les couteaux suisses! 

Vos commentez nos infos en temps réel

Mais le "community management" (gestion de communauté virtuelle comme Facebook) est une casquette supplémentaire qui nous fait basculer mine de rien dans une toute nouvelle manière d'appréhender le métier, et cela s'appelle le "journalisme conversationnel".

Fini d'écrire un édito, réaliser un JT, monter un reportage et de se contenter de "l'envoyer" à une vague audience qui se manifestait de temps en temps par un mail de soutien ou de critique: désormais, c'est quasi en temps réel que les internautes commentent nos infos. 

C'est la raison pour laquelle nous avons créé les groupes Facebook communaux: pour essayer d'entretenir cette conversation avec vous, suivre vos réactions, et y répondre dans la mesure du possible. Mais qui dit "gestion de communauté" dit aussi responsabilité.

Partager un article sur le vaccin ou les migrants, ou sur n'importe quel sujet sensible, puis fermer Facebook en laissant des centaines de commentaires haineux se développer, ce n'est pas acceptable. Quand des incidents / dérapages surviennent sur nos réseaux sociaux, vous êtes les premiers à nous les signaler: "Dites Matélé, pourquoi vous n'intervenez pas ici?"

On supprime les injures mais pas que...

Alors effectivement on intervient. Le plus souvent, c'est pour supprimer des insultes. On ne voit tout simplement pas en quoi le fait de traiter d'imbécile un autre interlocuteur, ou un élu, ou un expert fait avancer la discussion.

Cela c'est pour la partie simple. Plus compliqué est de devoir arbitrer des opinions. Le racisme est un délit, mais la gamme des expressions du rejet des étrangers constitutives de la xénophobie, est infiniment nuancée.

En clair, il ne nous arrive jamais de lire "Je hais les gitans / arabes / juifs / cathos / ..." (cela nous ferait gagner du temps pour décider si on doit enlever le commentaire ou non). On doit donc agir au cas par cas, enlever quand cela nous semble inapproprié, sans savoir si un juge aurait condamné le propos au tribunal car on n'est pas des avocats.

Les décisions qui fâchent

On doit prendre des décisions qui fâchent et qui donnent l'impression aux commentateurs censurés "qu'on ne peut plus rien dire". Ne croyez pas que cela nous plaît! Mais nous voulons maintenir cet effort pour, à notre petit niveau, faire de nos réseaux sociaux des espaces sereins, que n'alimentent pas les torrents de haine qu'on lit si facilement ailleurs. 

Alors dans cet exercice délicat, périlleux même, il nous arrive de nous tromper, on ne va pas se mentir. S'il est 22h et qu'on en a marre de rappeler dix fois les règles de courtoisie, on va arrêter de s'embêter et on va mettre fin à une discussion qui s'enlise, au risque de frustrer les commentateurs de tous bords.

Mais n'est-ce pas préférable à laisser un déluge de dérapages se déverser pendant des heures? C'est ce que nous pensons. Notre satisfaction est de voir que, avec l'aide de quelques modérateurs bénévoles, nos espaces de discussion sont globalement démocratiques et sereins. 

Parfois, on n'y est pour rien!

Il y a aussi ce cas de figure que les membres de nos groupes perdent de vue: parfois des commentaires ou des posts disparaissent et on n'y est pour rien!

  • c'est le cas lorsque Facebook supprime automatiquement des posts et nous avertit seulement après-coup; c'est le cas lorsque leur algorithme détecte des "fake news" ou des "violations des standards de la communauté" (franchement, on est parfois perplexe devant la suppression automatique de certains posts par Facebook mais on ne peut rien y faire),
  • c'est le cas aussi lorsque l'auteur d'un post ou d'un commentaire décide de le supprimer lui-même, ce qui est très fréquent quand des polémiques surviennent; alors non seulement son post ou son commentaire disparait mais aussi tous les commentaires qui suivent, et à nouveau on n'y peut rien et on n'en est même pas informé,
  • et enfin lorsque nous supprimons volontairement un commentaire dans une discussion parce qu'il est insultant par exemple; alors tous les commentaires qui lui répondent sont automatiquement supprimés aussi, même s'ils sont courtois et légitimes, et à nouveau on n'y peut rien.

D'ailleurs, vous voulez nous aider à modérer nos communautés Facebook? Devenir modérateurs avec un accès aux outils qui permettent d'intervenir dans les groupes? Ecrivez-nous à d.legrain@matele.be!

>> Cet article n'est pas un article comme les autres, il est le premier du projet OFF. Pour en savoir plus sur ce projet, c'est par ici

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