Le prix du lait n’avait plus atteint un niveau aussi bas depuis trois ans. En cause : les répercussions de la crise de la fièvre catarrhale, qui a fortement perturbé le marché l’an dernier.
Chaque mois, le prix du lait recule un peu plus, jusqu'à atteindre aujourd'hui un niveau qui n'avait plus été observé depuis 2023. Dans sa ferme de Sovet, l'agriculteur Pierre Pirson encaisse le choc.
L'an dernier, on touchait jusqu'à 55 centimes le litre de lait. Aujourd'hui, on est à 34 centimes. On a donc perdu environ 20 centimes, soit près de 30 %. Forcément, ça pèse lourd sur le chiffre d'affaires. Pour ceux qui n'ont pas fait de réserves financières l'an dernier, il est impossible de se verser un salaire. Produire un litre de lait nous coûte entre 35 et 40 centimes : on vend donc à perte.
L'an dernier, les prix étaient exceptionnellement élevés. Mais la chute est brutale. Pour des exploitations modernes, équipées notamment de robots de traite, la situation devient particulièrement tendue. Car si le prix du lait baisse depuis septembre, certains coûts, eux, continuent d'augmenter. Pierre Pirson pointe aussi le rôle des industriels.
Dans toute cette chaîne, l'agriculteur est le dindon de la farce. Quant au consommateur, l'impact sur les prix des produits laitiers en magasin sera très faible. La différence, elle se fait surtout au niveau des industriels qui vont toucher une plus grande marge.
Des agriculteurs qui changent leur stratégie
À l'origine de cette chute des prix : la crise de la fièvre catarrhale, aussi appelée maladie de la langue bleue, qui a fortement perturbé le secteur l'an dernier. Mathilde Glorieux, conseillère en productions animales à la Fédération wallonne de l'Agriculture, explique :
La fièvre catarrhale a provoqué des retards de fertilité dans les troupeaux. Les vêlages sont arrivés plus tard et, à l'automne, on a connu un pic de production laitière. Résultat : une offre trop importante, ce qui a fait baisser le prix du lait au niveau belge.
Le secteur laitier reste fragile, marqué par une forte instabilité et des prix qui varient d'un mois à l'autre. Pour tenter de sécuriser leur revenu, certains éleveurs modifient leur modèle économique. À Barvaux-Condroz, Claire Vanhoomissen a fait un autre choix : elle ne vend plus son lait, mais le transforme elle-même, principalement en fromage.
L'objectif était d'avoir une ferme la plus autonome possible : dépendre le moins possible des intrants, acheter moins à l'extérieur et surtout vendre un produit avec une vraie valeur ajoutée. Transformer le lait permet d'échapper à un prix imposé par la laiterie, sur lequel on n'a aucune maîtrise.
Le prix du lait remontera-t-il dans les prochains mois ? Difficile à dire. Mais si la tendance actuelle se confirme, certaines exploitations pourraient être contraintes d'arrêter leur activité.