Un an après la présentation du projet de réforme des médias de proximité porté par la ministre Jacqueline Galant, l’avenir de Matélé reste incertain.
Et cela fait un an que la ministre des Médias, Jacqueline Galant, a mis sur la table son projet de réforme des médias de proximité. Pour rappel, ce projet vise, entre autres, à faire passer de 12 à 8 leur nombre, en visant un média de proximité par province. En province de Namur, il en existe trois et il ne pourrait bientôt n'en rester plus qu'un. On fait le point avec Laurent Costantiello, directeur de Matélé.
Où en est-on ? Qu'en est-il de la situation aujourd'hui, un an après ?
Laurent Costantiello : Je pense que c'est important de faire le point parce que, tous les jours, on a notre public qui nous demande ce qu'il en est. Il y a un long processus législatif pour amender ce décret et pour modifier certaines choses. Ce qui nous préoccupe le plus pour la province de Namur, c'est de passer de trois médias à un média. Le texte a été validé en deuxième lecture par le gouvernement puis a été renvoyé au Conseil d'État. Le Conseil d'État a émis un rapport de 17 pages avec toute une série de réserves, de recommandations et donc, là, le gouvernement doit encore répondre à cet avis.
Quelles sont justement les recommandations du Conseil d'État ?
Laurent Costantiello : Le Conseil d'État est inquiet pour plusieurs choses. La première chose, c'est le pluralisme au niveau des médias. Il faut savoir qu'à côté de nous, notamment en presse écrite, il y a un rapprochement qui a lieu actuellement entre Rossel, IPM et L'Avenir. Ce qui veut dire qu'après cette acquisition, 94 % des titres de presse francophones seront dans les mains de Rossel. Le deuxième point, c'est le sous-financement des médias car c'est évidemment aussi le projet de la réforme : diminuer les subventions, avec un risque pour les couvertures les plus décentrées, dont évidemment Matélé fait partie. Et donc, il faut d'abord répondre à cet avis du Conseil d'État et nous sommes dans l'attente de cette réponse.
On entend aussi parler de fusion. Est-ce que c'est déjà en cours de discussion ?
Laurent Costantiello : Alors, du côté de Matélé, on a toujours été clairs sur un point : la proximité, c'est quelque chose qui ne se globalise pas. Et ça, c'est vraiment important. C'est un message qu'on porte depuis le premier jour et qu'on continue à répéter : ça n'a aucun sens de vouloir uniformiser, rationaliser la proximité. Alors, on peut faire, et on le fait déjà, énormément de synergies et de collaborations entre médias. On en fait énormément avec nos voisins directs comme TVLux, avec qui notamment on fait le Journal de l'été, avec Bouké, avec qui on fait beaucoup de contenu et avec qui on travaille en coproduction.
Comment est-ce que Matélé se prépare à tout cela ?
Laurent Costantiello : On essaie, via différentes rencontres avec le cabinet de la ministre et différentes notes, d'expliquer qu'on est d'accord de prendre notre part dans l'effort, mais il faut rappeler des ordres de grandeur. En termes de subventions de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Matélé perçoit 570 fois moins que la RTBF. Donc c'est important : on peut prendre notre part en tant que petit média, mais il n'y a pas de raison qu'on prenne une part trop conséquente du fait qu'on est déjà peu financé par rapport à d'autres médias. On essaye de la convaincre. Pour l'instant, on n'y parvient pas, mais on est motivés. En tant que gestionnaires, avec le conseil d'administration, on a décidé de ne pas remplacer deux départs récents. Tout simplement parce qu'on subit déjà un premier effet de la réforme, qui est la diminution de la subvention. On prend une série de mesures mais, comme je dis souvent, on est à l'os et, si on veut continuer à être un média qui peut couvrir l'entièreté de sa zone, on a besoin d'un minimum de moyens et donc on ne peut plus descendre en dessous.
Qu'est-ce qu'on peut encore espérer aujourd'hui ?
Laurent Costantiello : J'en profite encore pour remercier toutes les personnes qui se sont déplacées à notre grande mobilisation et tous les messages de soutien qu'on a reçus et qu'on reçoit encore. Je pense que cet élan-là, pour moi, il est important. Je reste convaincu que le monde politique est là pour écouter les citoyens et, dans notre cas, les citoyens sont unanimes pour nous soutenir. Je ne peux qu'inviter tout le monde à continuer à nous soutenir et à rester attentif, à suivre Matélé pour voir ce qui va se passer à l'avenir.
C'est quoi la suite ?
Laurent Costantiello : Ce qu'on attend de voir, c'est comment justement le cabinet de la ministre va réagir par rapport à l'avis du Conseil d'État. Secrètement, évidemment, on espère avoir une bonne nouvelle avec une adaptation du texte et, comme je l'ai dit, on restera attentifs.