À Gedinne, des dizaines de poissons morts flottent à la surface de l'eau.
À Gedinne ou à Libramont, l'heure est au constat et les dégâts sont importants. Les poissons n'ont pas résisté à la température de l'eau, qui est montée au dessus des 30 degrés à certains endroits.
En arrivant près des étangs de François Lieffrig, l'odeur âcre en dit déjà long. Des dizaines de poissons morts flottent à la surface de l'eau, témoignant de l'ampleur des dégâts. En 40 ans de carrière, c'est la deuxième année que le pisciculteur subit de telles pertes dans ses bassins.
Encore dix jours de nourrissage et d'engraissement et elles étaient bonnes à vendre. Là, tout est perdu. Il y a l'aspect financier, c'est certain, mais c'est surtout deux à trois ans de travail qui partent en cadavres.
François Lieffrig est le dernier pisciculteur à Gedinne qui produit de la truite. Sur les trois sites qu'il exploite, la canicule en a ravagé deux, soit 75% de sa production. Ses étangs sont alimentés par l'eau de la rivière, dont la température est montée à un niveau beaucoup trop élevé pour les poissons.
Sur le site de la Galette, qui est alimenté par la Houille, qui descend des hauts plateaux de la Croix Scaille, la température la semaine passée, est montée à 31,5 degrés, ce qui est apocalyptique pour la truite. Elle est quasiment pasteurisée à cette température-là.
À Gedinne et Libramont, même constat
À la pisciculture de Freux, près de Libramont, la canicule a aussi fait des ravages. Thomas Lagasse, le jeune pisciculteur qui a repris l'activité il y a deux ans, a perdu près de 30.000 truites.
Même les truites qu'on a essayé de sauver en les stockant dans un bâtiment frais, comme vous pouvez le voir dans les bassins, il ne reste presque plus de poissons.
Ici aussi, la température de l'eau est montée à plus de 25 degrés, le seuil fatal pour la truite. Seuls les poissons élevés dans les étangs alimentés par la source ont survécu aux fortes chaleurs, explique le pisciculteur.
Ce sont les seuls poissons qu'on a pu sauver, car ils sont dans le premier étang en amont de la pisciculture, l'étang qui reçoit en premier l'eau de source qui arrive à neuf degrés.
Tout un secteur qui réfléchit à des solutions
Sur la quarantaine de piscicultures que compte la Wallonie, dont la majorité produit de la truite, plusieurs ont perdu leur production suite à la canicule. Celles qui sont épargnées sont en majorité alimentées par une source, affirme Betrand Hoc, chargé de mission pour la filière aquacole au collège des producteurs.
Ces piscicultures ont des eaux avec une température constante appropriée pour les truites. Donc elles sont très peu impactées par les changements de température. Il y a d'ailleurs un grand intérêt à ce que des sites qui disposent de sources, qui ne sont plus ou pas utilisées, soient mis à disposition de la nouvelle génération de pisciculteurs. Par contre, toute une série de piscicultures sont alimentées par des cours d'eau, et elles sont directement impactées par l'échauffement des eaux.
Avec le dérèglement climatique, les épisodes caniculaires sont amenés à se répéter. Le secteur réfléchit donc à des solutions pour s'adapter dans le futur. Bertrand Hoc les énumère :
On parle de solutions environnementales, techniques et zootechniques. Premièrement, il y a une réelle nécessité à revégétaliser les rives des cours d'eau pour avoir un ombrage naturel qui rafraîchit ces eaux et les empêche de trop chauffer. Deuxièmement, il faut développer des méthodes d'oxygénation optimisées qui ne réchauffent pas l'eau simultanément. Enfin, il y a une nécessité à diversifier les espèces qu'on élève vers des espèces plus résistantes aux températures.
La pisciculture de Freux a, par exemple, commencé à élever d'autres poissons, comme la carpe. Quant au pisciculteur gedinnois, il a planté des arbres aux abords des étangs. Mais les deux veulent diminuer voire arrêter la production de truite dans les prochaines années.