À Leignon, le projet d'élevage de 39.000 poulets continue de diviser. Alors que les travaux ont débuté, plusieurs recours sont en cours.
Le projet fait grincer des dents. Sur les hauteurs de Leignon, un élevage de 39.000 poulets pourrait bientôt voir le jour. Un projet qui, selon les riverains, aurait des conséquences importantes sur l'environnement, mais aussi sur leur qualité de vie, comme l'explique Nicolas Le Hardy, un riverain :
Le premier enjeu majeur, c'est l'eau. On n'a eu aucune étude d'incidence par rapport aux conséquences sur l'eau. Leignon est connue comme une région qui est un puits, une réserve d'eau, autant pour l'AIEC que la SWDE qui alimentent les foyers de la région. Il y a aussi le problème du tourisme. Ici, on est quand même sur une superbe crête, on est sur un tige. Les gens, pourquoi est-ce qu'ils se promènent ici ? Pour nos vues !
Une décision contestée
Malgré les avis défavorables des opposants et de la commune, le ministre wallon François Desquesnes a finalement accordé le permis nécessaire à sa construction. Initialement refusé, le dossier a été réexaminé après l'intervention du Médiateur wallon. Une décision que la Commune peine à comprendre. Lundi prochain, le conseil communal de Ciney devra se prononcer sur l'introduction éventuelle d'un recours en annulation devant le Conseil d'État. Frédérick Botin, échevin de l'Aménagement du territoire :
On veut faire trancher par le Conseil d'État ce qui est, pour nous, une première, c'est-à-dire l'intervention du médiateur qui entraîne un retrait de la décision du ministre et finalement un octroi du permis, sans que nous ayons eu l'occasion d'exposer nos arguments et d'exposer les éléments qui, pour nous, justifiaient l'avis défavorable qu'on a rendu. On n'est pas contre, dans l'absolu, la création de poulaillers. On a d'ailleurs d'autres dossiers qui sont instruits à Ciney et qui, sans doute, vont déboucher sur des avis favorables parce qu'on estime que l'endroit est plus adéquat. Ici, c'était principalement la localisation qui, pour nous, posait problème.
"Deux visions différentes de l'agriculture"
L'agriculteur porteur du projet n'a pas souhaité s'exprimer devant notre caméra. Il nous a toutefois expliqué que ce projet est essentiel au développement de son exploitation. Il rappelle qu'un projet d'élevage de poules pondeuses en plein air lui avait déjà été refusé par le passé et estime que la configuration des lieux ne lui laisse pas d'autre option sans impacter son élevage bovin. Face aux opposants, il évoque deux visions différentes de l'agriculture. Il juge cette bataille particulièrement éprouvante et souhaiterait simplement pouvoir poursuivre son activité. Une position bien comprise par les riverains, mais nuancée. Pierre Grandville, membre de l'association Ciney-Environnement :
On n'est pas contre le travail du fermier, mais on lui a proposé des variantes comme de la culture de fruits, de légumes, la viticulture. En Flandre, ce type d'activité est interdit sur le plan environnemental notamment, et ici, on continue.
En attendant la décision de la commune, un agriculteur voisin a déposé un recours suspensif en extrême urgence afin de faire interrompre les travaux, débutés ce mardi.