20 août 1914: les éclaireurs allemands à nouveau à Dinant comme chez eux
20/08/2014 07:00:00
Après le déferlement inouï de forces engagées dans la bataille du 15 août 1914, si chèrement gagnée, c'est à peine croyable, mais les éclaireurs allemands sont à nouveau à Dinant comme chez eux. L'atmosphère est calme.
Pendant la journée du 20 août 1914, arrivent de tous côtés des messages de plus en plus précis annonçant la marche en avant de l'ennemi et une nouvelle rencontre inévitable.
Le futur bourgmestre de Dinant François Bribosia fait consigner dans son journal à cette date:
"On barricade complètement le pont. Les habitants de la rive droite ne peuvent plus se rendre dans le quartier de la gare. Les troupes françaises sont toutes cantonnées sur la rive gauche. Les éclaireurs allemands en profitent pour traverser la ville, ils sont très paisibles, la population ne leur témoigne aucun sentiment hostile."
De fait, l'atmosphère lourde de menaces ne trouble pas outre mesure les Dinantais, qui croient tout au plus avoir à se cacher dans leurs caves durant la bataille, comme ils l'ont fait le 15 août. Ils n'imaginent pas un instant le déferlement de violence et de meurtres à venir. La confiance dans la force et la bravoure des Alliés est inébranlable.
Pourtant, le même jour, M.Lamotte, président du Tribunal de Première Instance de Dinant, qui habite Buissonville, recueille des propos on ne peut plus alarmistes:
"Le colonel Meister, le major von Albeke et plusieurs officiers soupèrent et logèrent chez moi. Je m'aperçus bientôt que j'avais affaire à des hommes extraordinairement énervés. (...) Au souper ils dirent "Ah vous êtes de Dinant? Les Dinantais sont de méchants hommes! Ils sont les amis des Français, ils ont fait un trophée à leur hôtel de ville des armes prises à un uhlan tué par des francs-tireurs. Cela est écrit dans vos journaux! Il avait sur lui Le Patriote. Ces propos et d'autres semblables me paraissaient très étranges."
Le lendemain matin, en prenant congé, l'un d'eux me dit: "Monsieur, dans votre intérêt, ne retournez pas à Dinant." Le soir, le lieutenant-aviateur von Platz dit à mes filles: "Dinant sera brûlé! On prendra les meubles, on coupera les portes, on chassera les habitants!" (Source: L'invasion allemande, Schmitz et Nieuwland)