21 août 1914: une incursion barbare des Allemands à Dinant

21/08/2014 07:00:00

Après une journée calme, les Allemands mènent en soirée une équipée meurtrière et incompréhensible dirigée contre les civils. Sept civils sont tués, d'autres grièvement blessés, des maisons sont incendiées.

La tragique journée du 21 août dissipe les derniers vestiges de nonchalance des Dinantais. Après une après-midi calme, vers 21h30, sans que rien ne l'ait annoncé, de nombreux soldats allemands dévalèrent la rue Saint-Jacques "vociférant comme des démons, tirant à droite et à gauche, brisant les vitres, enfonçant les portes et jetant dans les maisons des bombes qui propagèrent l'incendie".

Rien n'avait préparé les Dinantais, qui vivaient dans une fausse impression de relative sécurité depuis la bataille du 15 août, à ce déferlement subit de violence.

Vivant malgré sept coups de baïonnette

Jules Sohet, propriétaire de l'hôtel de l'Etoile, est un des rescapés de cette folie meurtrière, malgré sept coups de baïonnette. Son récit est stupéfiant:

"Entendant frapper à la porte, je m'y rendis pour l'ouvrir. Je l'avais à peine entr'ouverte que je reçus un coup de baïonnette au ventre et un second à la tête; en voulant protéger ma figure, j'en reçus encore un à la main gauche, deux au poignet, un à la main droite et, en me sauvant, un dernier dans la cuisse. Les soldats ne m'ont pas poursuivi à l'intérieur de la maison et je suis allé me cacher dans le fenil. Ne m'y trouvant pas en sûreté, je grimpai à grand'peine sur les terrasses, où j'ai fini par rejoindre les miens. On a pansé sommairement mes blessures et l'on m'a descendu dans une maison de la rue Petite, où le docteur Remy est venu me soigner. Le lendemain, on m'a couché sur une échelle et on m'a transporté chez les Sœurs de Charité, où je suis resté en traitement pendant dix semaines." (Source: L'invasion allemande, Schmitz et Nieuwland)

La famille Petit, rue Saint-Jacques, a aussi subi la violence de l'ennemi. Le père raconte:

"Entendant beaucoup de bruit, je me rendis à la fenêtre et j'écartai le rideau pour mieux voir. Aussitôt une grêle de balles vint s'abattre dans la chambre où je me trouvais avec ma femme, mon fils et mes deux filles. Ma femme fut atteinte par une balle qui, lui ayant traversé la cuisse, pénétra dans le bas-ventre. La petite Elvire, âgée de 9 ans, que j'avais dans les bras, eut trois orteils emportés et la jambe transpercée à hauteur du genou; moi-même je reçus une balle dans la cuisse. Le lendemain je transporte Elvire et ma femme à l'hôpital civil, où ma femme meurt le jour suivant dans de grandes souffrances. Quant à ma petite Elvire, elle fut conduite huit jours plus tard à Ciney où le docteur Gathy lui amputa la jambe à hauteur du genou." (Source: L'invasion allemande, Schmitz et Nieuwland)

Une probable mutinerie dans les rangs allemands

Les habitants de la rue Petite et de la rue Adolphe Sax passèrent eux aussi des moments angoissants, car les soldats tiraient partout en poussant des hurlements sauvages. Les énergumènes, ivres sans doute, se risquèrent jusqu'à la Collégiale.

Les officiers se démenèrent pour empêcher leurs hommes de s'aventurer plus loin et de tomber ainsi sous les balles françaises. Sans que ce fait soit certifié historiquement, il est plausible qu'il y eut une mutinerie dans les rangs allemands, des coups de revolver furent tirés pour ramener le calme.

Quand l'artillerie française envoya deux obus rue Saint-Jacques, les soldats allemands se hâtèrent de remonter par où ils étaient venus, laissant derrière eux cinq personnes carbonisées dans l'incendie de l'immeuble "La Cité" abritant dix familles ouvrières, un homme tué sur le coup, une femme grièvement blessée qui mourut le surlendemain, plus d'autres civils grièvement blessés, des maisons détruites...

Etaient-ils saoûls?

Quel fut le motif de cette équipée meurtrière? L'armée allemande se justifia par la suite en évoquant des coups de fusils tirés des maisons par des civils sans uniforme. Cette justification est unanimement rejetée par les historiens aujourd'hui: d'une part, il n'y avait plus aucun soldat français sur la rive droite, d'autre part l'état d'excitation et le comportement aberrant des soldats allemands font penser à une ivresse, suivie d'une mutinerie. Ils étaient peut-être saoûls au moment de ces actes inqualifiables...

Cet épisode, on le verra ce 22 août, transforma complètement l'atmosphère dinantaise. Au lendemain de cette tragédie, ils furent nombreux à essayer de fuir la ville, en vain. Ils étaient pris au piège.

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CDJ

22H30