Artisans locaux

Havelange : Nathalie Stockman, designeuse maille, transforme la laine locale

publié le:20/10/2026 11:03:00 - mis à jour: 20/10/2026 14:24:07

Cette designeuse spécialisée dans les fibres naturelles conçoit des objets divers à partir de laine de mouton. Elle travaille notamment avec un éleveur de Buzin et son troupeau de brebis anglaises.

Son atelier dans le centre d'Havelange, Nathalie Stockman aime l'appeler sa micro-factory. C'est là qu'elle imagine puis fabrique toutes ses pièces en laine de mouton, d'une écharpe au motif jacquard à une robe haute-couture dessinée pour le défilé du salon du chocolat, en collaboration avec une chocolatière de Gesves.

Toutes les fèves de cacao ont été incrustées à la main dans la maille. 

L'effet Madeleine de Proust 

Formée à l'école des arts de La Cambre à Bruxelles, Nathalie Stockman a d'abord entamé une carrière d'artiste avant de se diriger vers le design textile. C'est lors d'un hiver particulièrement froid qu'elle a redécouvert sa passion pour la laine.

Il y a une quinzaine d'années me suis rendu compte que trouver un pull en pure laine, c'était vraiment compliqué. Je me suis souvenue qu'à 10 ans, j'avais fait une collection de bonnets pour ma belle-maman qui avait tout le temps des otites. Ça m'a vraiment fait l'effet Madeleine de Proust. Dès que j'ai commencé à reprendre des crochets et des aiguilles, j'ai adoré. Donc je me suis lancée.

Une matière chaleureuse et durable

La designeuse a choisi de travailler la laine pour son côté utile et écologique.

La laine a des qualités techniques extraordinaires. Elle peut thermoréguler, absorber jusqu'à 30 % d'humidité sans qu'on ait la sensation qu'elle soit humide, et elle pousse sur le dos des moutons tous les ans. Donc c'est vraiment une matière très contemporaine et intéressante à valoriser.

Nathalie Stockman est aujourd'hui ce qu'on appelle une designer maille. Elle a appris beaucoup en autodidacte, comme l'art de maîtriser une ancienne machine à tricoter. Elle a aussi investi dans une nouvelle machine industrielle en 2021, grâce à un financement de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

De la laine de mouton 100% locale

Nathalie Stockman a développé un partenariat avec Bruno Greindl, un éleveur de moutons à seulement quelques kilomètres. Son troupeau de brebis Shropshire, qui pâture dans des vergers à Buzin, est désormais fournisseur de laine locale. Loin du Mérinos, la race n'en est pas moins exploitable, explique le fermier :

C'est un mouton anglais qui a la particularité de ne pas manger les écorces des arbres. Dans les vergers, c'est très intéressant parce qu'ils vont manger les feuilles qu'ils peuvent attraper, mais ne vont pas attaquer les écorces des arbres. Une fois qu'ils ont fini de tondre les vergers, on tond les moutons en décembre. Cela peut paraître paradoxal, juste quand il fait froid, mais c'est parce que les agnelages commencent en janvier. La laine est de meilleure qualité quand ils sont tondus avant, car l'agnelage demande beaucoup à la brebis.

Après la tonte, la laine est lavée à Verviers puis envoyée dans une filature en France, avant d'être transformée par la designeuse à Havelange, qui précise :

Ce qui est difficile, c'est que c'est un petit peu comme un vigneron. On travaille avec une matière vivante. Le matériau va évoluer en fonction de la santé des moutons, de la saison. En fonction d'un tas de paramètres, la récolte sera à chaque fois différente.

Si vous voulez en apprendre plus sur le travail de Nathalie, elle expose ses créations dans une boutique éphémère à Namur avec d'autres stylistes jusque fin décembre.

Élisa Sidérius, Journaliste
elisa.siderius@matele.be

 
 
 

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