Il pleut depuis plusieurs semaines de manière exceptionnelle. Cette situation serait l’occasion pour certains agriculteurs de s’adapter et de devenir plus résilient face à ce nouveau climat.
Des prairies détrempées, de la boue jusqu'aux genoux, c'est le résultat des pluies diluviennes de ces dernières semaines. Tous les matins Marc-André Henin, agriculteur bio à la Ferme d'Esclaye, met son troupeau à paître sur ses parcelles. Il lui faut 1h30 de travail supplémentaire pour accomplir ses tâches quotidiennes.
On ne peut pas aller pâturer les parcelles comme on le voudrait. Il faut prendre d'autres accès, parfois plus long, pour éviter des zones trop boueuses. J'ai dû aussi diviser mon troupeau en deux. Dernièrement, les vaches se sont montrées très réticentes à emprunter des chemins à cause des cailloux qui leur font mal aux pattes. Il faut donc beaucoup insister pour qu'elles avancent.
On ne se laisse pas abattre, on imagine des solutions
Avec l'humidité, leurs sabots deviennent plus mous, les petits cailloux viennent s'y loger, ce qui peut provoquer des abcès. Sur les 60 vaches de cette exploitation, quatre sont blessées et doivent rester à l'étable. Mais l'agriculteur ne se laisse pas abattre, et imagine des solutions.
Nous avons des parcelles de 5 hectares et une autre de 15. Nous les avons divisées en plus petites parcelles de 2 ou 3 hectares, ce qui nous permet d'y laisser les vaches un à deux jours maximum sans trop abîmer le terrain. En plus, nous voulons faire un nouvel investissement et aménager des chemins d'accès qui ne blessent pas les animaux et qui leur éviteraient de passer par d'autres parcelles.
Une météo inédite qui risque de devenir une norme
Il faut dire que la météo actuelle est inédite. Rien qu'au mois de mai, 150 litres de précipitations sont tombés par mètre carré dans la région de Rochefort, c'est le double de la normale, analyse Pascal Mormal, météorologue à l'Institut Royal Météorologique de Belgique (IRM).
D'une manière plus générale, pour le pays, on constate que pour le moment, le printemps 2024 est le deuxième plus arrosé de l'Histoire, donc depuis 1833. C'est même la valeur la plus élevée jamais observée sur les six derniers mois. Cela montre le caractère assez exceptionnel de l'épisode que nous connaissons pour l'instant.
Pourtant, il ajoute que les analyses météorologiques semblent indiquer que ces longues périodes de pluies risquent de devenir la norme.
Si, sur base annuelle, les totaux de précipitations ne devraient pas beaucoup évoluer, on remarque qu'ils vont probablement être répartis d'une manière différente. On risque d'avoir des pluies plus abondantes durant la période hivernale suivie de périodes de sécheresse en été.
S'adapter et faire preuve de résilience
Pour Marc-André Henin, il est donc nécessaire d'adapter son activité face à ce nouveau climat.
Il est clair que si l'on ne s'adapte pas, les conséquences sont lourdes à chaque fois. Nous avons des terres très sèches et donc très sensibles à la sécheresse. Quand nous avons connu des épisodes de sécheresse, ça nous a coûté énormément d'argent. Depuis, nous avons réalisé des changements. Maintenant, il faut se rendre plus résilient face à la pluie. Il faudra tirer le meilleur de ces conditions climatiques et adapter sa ferme en fonction.
Voilà des pistes de solutions à long terme. Pour l'instant, il faudra être patient, les dix prochains jours s'annoncent encore et toujours pluvieux.